pages grand format, datées du 20 avril
4. 52 pages grand format. Une note marginale indique que ce manuscrit, fut communiqué à Prévost-Paradol ; on verra par la suite de cette correspondance avec quelle ardente sollicitude llippolyte Taine s'occupait de son jeune camarade. — Le document a été écrit quelques jours après la Révolution de Février; contrairement aux suppositions de quelques critiques, cet événement semble avoir tenu peu de place dans ses préoccupations d'alors. Sa vie était tout intérieure et intellectuelle et les bruits de la rue n'arrivaient pas à le troubler ni à détourner sa pensée.
qu'à me ressouvenir des changements, des incerliludes et des progrès de ma pensée. Si j'écris ceci en ce moment, c'est pour le retrouver plus lard et savoir alors quel j'étais aujourd'hui.
Jusqu'à l'âge de quinze ans j'ai vécu ignorant et tranquille. Je n'avais point encore pensé à l'avenir, je ne le connaissais pas ; j'étais chrétien et je ne m'étais jamais demandé ce que vaut cette vie, d'où je venais, ce que je devais faire....
La raison apparut en moi comme une lumière ; je commençai à soupçonner qu'il y avait quelque chose au delà de ce que j'avais vu; je me mis à chercher comme à tâtons dans les ténèbres. Ce qui tomba d'abord devant cet esprit d'examen, ce fut ma foi religieuse. Un doute en provoquait un autre ; chaque croyance en entraînait une autre dans sa chute.... Je me sentis en moimême assez d'honneur et de volonté pour vivre honnête homme, même après m'être défait de ma religion; j'estimai trop ma raison pour croire à une autre autorité que la sienne ; je ne voulus tenir que de moi la règle de mes mœurs et la conduite de ma pensée ; je m'indignai d'être vertueux par crainte et de croire par obéissance. L'orgueil et l'amour de la liberté m'avaient affranchi.
Les trois années qui suivirent furent douces ; ce furent trois années de recherches et de découvertes. Je ne songeais qu'à agrandir mon intelligence, à augmenter ma science, à acquérir un sentiment plus vif du beau et du vrai; j'étudiai avec ardeur l'histoire et l'antiquité, cherchant toujours les vérités générales, aspirante connaître
l'ensemble, à savoir ce qu'est riiomiiie et la société, .le me souviens encore du transport extraordinaire où je fus, lorsque je lus les leçons de M. Guizot sur la civilisation européenne ^ Ce fut comme une révélation ; je me mis à chercher les lois générales de l'histoire % puis les lois générales de l'art d'écrire. J'osai, dans mon inexpérience et dans mon audacieuse confiance, essayer une foule de questions^ qui ne peuvent être traitées que par des hommes d'un esprit mûr et très instruits. Mais la vanité des efforts et l'insuffisance de mes découvertes me rappelèrent bientôt au bon sens. Je compris qu'avant de connaître la destinée de l'homme, il fallait connaître l'homme lui-même. Alors naquirent mes premières idées de philosophie. — Elles se développèrent pendant tout le temps que je passai dans la classe de rhétorique : cela vint du besoin où je me trouvai de connaître le caractère des personnages que je faisais parler, d'apprécier la valeur de leurs motifs, de juger des passions qui devaient les émouvoir et du ton qu'ils devaient prendre. Il fallait à tout prix s'occuper de philosophie, pour sortir de la monotonie des lieux communs. En même temps beaucoup de travaux particuliers et des lectures sérieuses excitaient l'activité de mon espiit et me donnaient les matériaux de mes recherches.