Yoii' page 500, appendice lll, le plan de ce cours
H. TAIXE. — COUHESPOXDA.NCE. H
rédaction, et leur donne les formules exacics. Emploie ce moyen, il est très bon. Ils voient quatre fois le même sujet : 1"^ ils écoutent la leçon; 2° ils la rédigent; ù° ils entendent lire et corriger la rédaction en classe; 4° je les fais argumenter sur les leçons anciennes, l'un exposant, l'autre contrôlant et refaisant ce que le premier a mal fait. J'emporterai à Paris toutes ces analyses, qui me serviront pour mon agrégation. Mais, mon ami, j'ai peur que tout ce travail ne me nuise. Mes observations personnelles me poussent cbaque jour en des théories plus arrêtées, et en des formules plus originales. Plus je vis, plus je deviens moi-même. Pourrai-je prendre la peau officielle, besoin étant? On verra chaque année passer davantage le bout de l'oreille, et Martin-Bâton- Porlalis ramènera l'âne au moulin. Ajoute les souvenirs de l'an dernier, préventions que j'aurai à vaincre l'an prochain. Enfin, encore une épreuve. Si j'y péris, nous consulterons ensemble pour savoir si je dois passer en littérature. J'y ai fort pensé, il y a un mois. C'est l'approche de 1852, et la chance probable d'un nouveau bureau qui m'a décidé.
Je lis la Logique d'Hegel K C'est une analyse des
j. Les noies sur la Logique remplissent trois caliicn-s formant ensemble 150 pages. On a vu, p. 139 (lettre du 22 octobre), que M. Tainc y a songé comme sujet de thèse. Nous trouvons dans ces notes la page suivante :
« Points à traiter dans un travail [sur la logique de Hegel] : 1° Objet de la métaphysique; 2" Possibilité; 5° Méthode; 4° Utilité; 5° Exposition et critique des principales délinitions de Hegel (Encyclopédie).
« Rechercher théoriquement quels doivent être les élémeuls des expressions niétapliysicjues : 1° L'Être unique abstrait (l'Être
L'ANNEE DE PHOFESSORAT 1G3
principaux modes d'être possibles, les définitions èlant rangées en ordre et s'engendrant les unes les autres. C'est la seule métaphysique qui existe avec celle d'Aristote. — Je suis assez avancé dans un travail sur les Sensations ; je trouve les choses les plus curieuses. Notre École, spiritualiste quand même, a négligé ce point qui pouvait lui nuire, et montrait les rapports de l'àme et du corps. Remarque que cela comprend les sensations intérieures cérébrales ou Images, objets de la conscience dans toutes les opérations supérieures de l'esprit. Elles sont douées de forces et de relations particuliéi'es, que personne n'a étudiées. Voilà mon monde, et je t'y trouve, puisque nous avons touché à tout cela ensemble. La psychologie est notre rendezvous. Feras-tu comme moi une théodicée historicjue'! Cher ami, quel bonheur si nous étions unis par les croyances comme par le sentiment! Je t'avoue que plus je considère le Dieu officiel, plus je le trouve homme, roi, et moins j'en veux, le trouvant petit et ennemi. Quel mot admirable que celui de Rabelais : « 11 est une sphère d'intelligence infinie, dont le centre est partout
plus la négation); 2° Le nombre des abstraits; 5° Le mode de jonction des abstraits. — Si les trois seuls possibles ne sont pas : 1° L'étendue; l'Être purement déterminé par la quantité; 2° La vie, la production d'unités isolées dans cette non-unité, par des négations dillércntiellcs ; 5° La pensée ou la suppression de cette nuilti})licilé et de ces dillorcnces. »
Lu autre plan sans tlate divise le travail en quatre parties : « 1° Objet de la métaphysique ou logique; 2° Exposition de l'ouvrage en forme de classification ; 5" Exposition de l'ouvrage en forme diiistoire; 4° Critique. » M. Taine a en outre rédigé 70 |)ages sur Hegel, conçues sur un autre i)lan et également non datées.
104 COUUESPOMJANCE
et la circonférence nulle part. » Pascal le lui a pris et gâté.
Ton sujet de thèse sur la mémoire me paraît beau, vaste. L'autre me plaît moins. Il est trop grand *, le latin est indigne de lui. Cherche quelque chose d'historique, un point d'un philosophe quelconque mal compris. J'ai fait quelques études sur la mémoire ^ Dis-moi ce que tu trouves. Ce que j'ai est à toi.
Fais mes amitiés à Libert. Edmond m'a répondu, il ne peut soYtirde sa vie de distractions.
Adieu, mon Ed. Je te recommande au vrai Dieu. Anatole m'a écrit sur lui une lettre^ magnifique.
A SA MERE
Ne vers, 3 dcceinbre 1851 J'ai écrit à M. N... qui m'a répondu par une lettre affectueuse, mais fort magistrale. Faute de mieux, je m'étais amusé à lui envoyer des épigrammes contre les honnêtes personnes qui m'ont mis dans ce trou. Je comptages sur sa qualité d'hérétique et de railleur pour m'excuser, mais il pai'aît qu'à quarante ans tout homme tourne au fade; la moindi'e vivacité effraie un bourgeois bien établi; une plaisanleiie contre le })ouvoir sent h\ poudre et les coups de fusil. 11 me conseille d'éviter
1. M. (le Siickîui [)eiisail à preiulrc'pour sujet de sa thèse latine : a Du Droit. »
2. Analyse du 4 juin 1851 (voir p. 12'2). 5. Grrard, ib., p. 177 et suivantes.
L'ANNEE DE PUOFESSOUAT 105
toujours la violence et les injures, de no lutter contre rcnnerni qu'avec des armes honorables et chevaleresques{\), et de me garder de la traîtrise et des armes empoisonnées. 11 me reproche d'avoir commencé la bataille avec acJtaiiiement et sans respect humaiii contre le clergé. Que sais-je encore? Il a l'air de me considérer comme une machine infernale prête à faire explosion et me supplie de ne pas mettre le feu à la mèche. Moi, le plus mouton des moutons, le plus sédentaire des ours, la plus cloîtrée des marmottes! Quiconque vit et pense un peu fait peur à ceux qui sont morts.
Vous savez les nouvelles politiques. Je vois des gens qui reviennent de Paris; les troupes sont pour M. Bonaparte, l'Assemblée dissoute est impopulaire, tout le monde est tranquille. Il est clair qu'il va prendre le pouvoir royal avec des formes républicaines. Les campagnes sont pour lui. Les démocrates sont accablés et poursuivis depuis deux ans. Personne ne remuera. En voilà pour quelques années. La France depuis soixante ans est dans un va-et-vient perpétuel, allant de la monarchie à la république, de la liberté à l'autorité. Cela durera longtemps encore. Nous sommes trop et trop peu démocrates pour souffrir l'une ou l'autre; mais les idées libérales pénètrent chaque jour plus avant et s'alTermissent. Dans sept ou huit révolutions sans doute, elles seront entièrement maîtresses. Malades de la monarchie pendant le siècle dernier, nous sommes dans ce siècle en convalescence, mais avec des rechutes, et ce ne sera qu'au siècle prochain que nous recouvre-
rons la santé. 11 faut s'habituer à cela et prendre patience, nos enfants seront plus heureux que nous.
Le recteur et le principal ont hier assisté à ma classe et le recteur m'a fait de grands compliments. Je vis fort seul; mon feu, mon piano, mes livres me distraient quand le travail m'a fait mal à la tète. — 11 y a ici une bibliothèque, où je trouve quelques livres d'histoire; le jeudi et le dimanche soir je relis ceux que j'ai emportés. Le théâtre est mauvais, dit- on. Les affiches marquent qu'on y joue des drames larmoyants et sanglants. Je n'y vais pas pour ne pas m'affadir le cœur.
Notre année à l'École était la dernière des bien pensantes. Mes amis m'écrivent que la nouvelle promotion est toute cléricale. Voilà le sanctuaire lui-même envahi.
Pour moi, je suis heureux. A part quelques contrariétés et inquiétudes inévitables, je n'ai rien à désirer. Je suis occupé d'une façon noble et élevée, j'augmente mes connaissances; je vis dans la science, dans la plus belle des sciences, j'ai de la santé, des amis, assez d'argent, peu de besoins. Que me faudrait-il de plus sinon de vous voir I
A EDOUARD DE SUCKAU
Nevers, 9 décembre 1851
Cher Ed., il était certain a priori que nous penserions tous de même*. On a cru un instant que le vote serait public, et que quiconque refuserait de dire oui serait