‹ H. TaineChapitre 92 sur 160 · Dans la Bévue de ïhnlnulion publique · texte numérisé non relu

Dans la Bévue de ïhnlnulion publique

2. Prévosl-Paradol avait rinlciilioii do jji'csentcr son ouvragée : I\cvuc de illisloirc universelle, à lAcadémie des Sciences morales et politiques.

je ne vois de science possible que comme une guerre. Lucien Sorel* l'a dit, et je l'aime trop pour ne pas approuver ses idées, et craindre qu'elles n'attirent la foudre. Des paratonnerres, mon cher bonhomme, des paratonnerres! L'histoire est, de toutes les poudrières, celle qui fait le mieux explosion!

Crouslé qui m'écrit ne me paraît pas savoir ton dessein, et me dit que l'Ecole est en désarrois 11 a une entorse et le spleen.

Ce pays-ci, mon cher, a son meilleur représentant dans l'abbé Gaume, l'auteur du ver rongeur, dont parle ta Revue. Je m'en ressens, et je commence à cueillir toutes les fleurs du métier ; un polisson de seize ans, noble, qui l'an dernier était le premier, étant tombé audessous du dixième, s'amuse à dire que j'ai fait l'éloge de Danton en classe, et venge sa vanité blessée par des calomnies. Les cancans brodent là-dessus, et je suis obligé de me justifier aupi es du recteur. Il est vrai que mes quinze autres élèves m'aiment, ont demandé au recteur de me conserver ici jusqu'à la fin de l'année, et auraient voulu rosser l'Escobar au maillot. Mais ce petit coquin est un trou à ma cuirasse et, quoi que je fasse, je serai bientôt blessé par toutes les flèches qu'il me tirera.

Réponds-moi avant les congés de Pâques, et prie

1. Prévost-Paradol avait signé du pseudonyme de Lucien Sorcl plusieurs articles dans la Liberté dépenser.

2. Prévost-Paradol annonçait sa décision de quitter l'École. « Il devient presque impossible de travailler, tout le monde est dégoûté.... Les épurations continuent à la Dibliotlicque. On refranche des volumes de Voltaire et de Rousseau.... » (Lettre de M. Crouslé du 24 mars.)

230 CORRESPONDAÎs'CE

M. Vachorot de me répondre. Si je reste ici, et que j'aille aux Ardennes, je t'écrirai d'avance le jour où j'irai te voir à Paris.

Et Planât? Est-il perdu? Par charité réponds-moi sur lui. Nous étions une trinité à Bourbon. Veux-lu qu'une des trois personnes périsse? L'artiste surtout?

LE MINISTRE DE l'iNSTRUCTION PUBLIQUE A II. TAINE*

Paris, 50 mars 4852 Monsieur, en vous informant de ma décision du 25 mars qui met un terme à la suppléance dont vous aviez été momentanément chargé au collège de Nevers, M. le recteur de l'Académie départementale de la Nièvre a diî vous faire connaître que je me proposais de vous donner une autre destination. Par un arrêté en date du 29 mars, je viens de vous confier la suppléance de la chaire de rhétorique du lycée de Poitiers. C'est après avoir pris une connaissance attentive des notes qui vous concernent que j'ai résolu de vous essayer dans un enseignement moins périlleux pour votre avenir. J'ai remarqué, en effet, que vos leçons philosophiques 2, à Nevers, rappelaient trop les doctrines qui

i. Cette lettre, signée du ministre, émane en réalité de M. Lesieur. M. Taine annonça à sa mère sa translation à Poitiers par ce court hillet daté du 5 avril : « Je suis nommé suppléant de rhétorique à Poitiers. Cela vaut mieux à tous égards; mais la lettre du ministre est sévère et menaçante et je sais que j'ai été desservi directement au ministère.,.. Tu ne saurais croire combien ù présent je me moque de mon métier et de ses chances; quoi qu'il arrive, je vivrai toujours à Paris avec des leçons. Une destitution serait peut-être ce qui pourrait m'arrivcr de mieux.... »

Page 1