‹ H. Taine: sa vie et sa correspondance (volume 2)Chapitre 48 sur 131 · A ERNEST RENAN · texte numérisé non relu

A ERNEST RENAN

Paris, 5 janvier 1857

Un de vos collaborateur S Monsieur, qui a le plaisir de vous lire beaucoup, et l'honneur de vous admirer toujours, vous prie de vouloir bien accepter ce livre. Ce qu'il pense des vôlres, il n'ose pas vous le dire, par pure politique. Il a besoin, pour parler de vous, que vous ayez le dos tourné. En attendant, jugez-en par ses lectures : il aime passionnément l'histoire et dans l'histoire les choses générales ; il a vécu la moitié de sa vie dans la psychologie, et a touché la physiologie pour comprendre ce que sont les crânes, l'hérédité et les races ; il a lu les philosophes allemands et à peu près tous les philosophes. C'est vous dire ce qu'il pense d'Averroès, de VHistoire des langues sémitiques, des articles sur le Langage et de tant d'autres choses. Aujourd'hui il offre un petit livre de critique à un critique, un petit livre de philosophie à un philosophe qui, sous prétexte d'éviter la philosophie, la fait entrer partout, même à l'Académie des Inscriptions et belles-lettres, un petit livre d'histoire à celui qui importe la psychologie dans l'histoire ; et il vous prie d'agréer cet hommage, non pas de votre serviteur dévoué (il a horreur des phrases), mais de votre lecteur le plus ancien et le plus 3ttentif.

4. Celte leUre, déposée chez M. Renan avec le volume des Philosophes français, est le début des relations de MM. Renan et Taine; ils collaboraient tous deux au Journal des Débats.

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ii» COKHESPOMïANCE

A SAINTE-BEUVE

Paris, janvier 1857 Monsieur»,

Quand un commençant, son livre en main, vient trouver un maître, il tourne son chapeau entre ses doigts, il ne sait où s'asseoir, il cache et découvre le pauvre volume, il commence des phrases et se trouve sot. Tout à l'heure, dans l'escalier, il pensait tout haut et sans trop de peine : « Inventeur d'une méthode de critique, le plus fin des psychologues, le peintre le plus amoureux et le plus délicat de la vie. » Sa conscience marmottait tout cela et hien d'autres choses. Une fois dans le salon, la voilà muette. Il tend le livre, salue vite et s'en va. Je salue et je voudrais bien m'en aller. Hélas, j'en ai vingt raisons. J'ai parlé ici de philosophie; à ce nom, je sors encore plus vite. Mais j'écouterais bien volontiers aux portes, s'il s'agissait d'écouter votre jugement, quel qu'il fut.

i. Première lettre de II. Taine à Sainte-Beuve, déposée avec le volume des Philosophes Français; M. Taiiic ne fut présenié à Sainte-Beuve «ju'après les deux grands articles que celui-ci lui consacra dans le Moniteur (9 et 16 mars 1857). Voir p. 03.

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