A M. A. HATZFELD
Paris, 24 février 1857
Vous êtes d'une obligeance charmante, mon cher
Sluîisieur; j'ai profité de votre cadeau*, j'ai entendu la
1. Une partie des notes du voyage en B.lgique et en IloUande ont paru dans la Revue de Paris (15 juin et 15 juillet 1895). "i, Un billet pour le Conservatoire de musique.
dbyGoogk
symphonie en si biwnol, et je vous remercie crut fois. Mais pourquoi une lettre si coude? C'est a vous dt* ma causer. Songez que je suis Jimlade tiepuis quatre mois, incapable d'écrire et même de lire, ayant une calotte de plomb sur la tôle et eu outre des névralgies frê* quentes. Rien n'y a fait, ni hydrothérapie, ni pilules ferrugineuses, ni régime. Les médecins me disent de me tenir tranquille et d'avoir patience. J'ai renoncé à tout travail, je ne m'occupe plus qu'à faire passer a la Revue des Deux Mondes deux articles qui ont six ou huit mois de date ; je donne trois ou quatre leçons par semaine, et le soir je vais bâiller, dire et écouter des niaiseries dans le monde. A peine si en huit jours de répit accidentel, j'ai fait un petit article sur la Princesse de C lèves pour les Débats. Écrivez-moi et ne m'en veuillez pas de ne pas écrire. C'est vous qui pensez, qui avez des idées nouvelles et qui faites des lectures; dites-moi ce que vous décidez sur votre manuscrit, si en même temps vous faites Thucydide. M. Villemain tient beaucoup à ce second sujet, il m'a engagé à le traiter, mais je suis trop malade. Quel beau travail, si l'on compare cet homme et son pays aux républiques d'Italie du moyen âge et à leurs historiens. Les arts sont nés à deux reprises sous des climats semblables, sous des constitutions semblables, parmi des mœurs semblables. C'est un des plus heureux sujets de philosophie historique, et je serais bien content de le voir tomber sous votre main.
Adieu, et pardonnez-moi de finir si vite; je ne suis
dbyGoogk
plus un homme, mais un mollusque d'ordre inférieur, et je ne sens plus ma cervelle que pour en souffrir.