‹ H. Taine: sa vie et sa correspondance (volume 2)Chapitre 68 sur 131 · AK.NÉES 1860-18C · texte numérisé non relu

AK.NÉES 1860-18C

Anglais. Vous disiez, ce me semble, que char un dViix marche entouré d'une sorte de barrière qui U* iriul inaccessible à tous ses voisins. Eh bien, pour nmn compte, j'ai trouvé en eux des gens aussi aifabU^s, aussi communicatifs que les Français. Je ne parle pas seuiejnent des personnes à qui vous m'avio/ a il liasse, La bonne éducation et l'envie de vous faire plaisir u }iu les rendre aimables. Mais partout, en voiture, m bnî^'fiu à vapeur, à la ville, à la campagne, les gru^ luaut paru complaisants et accueillants ; j'ai demainir v\u<\ cents renseignements dans les rues, toujours li ;* ircnt: me les ont donnés, se sont dérangés pour rno li^s donner; j'entends des gens de toute condition, on li;ibil ou en blouse, gentlemen ou pauvres diables, \ îni:! Tchs, trente fois ils ont engagé la conversation avec nini, sur in pluie, le beau temps, l'empereur Napoléon, h'h uî pliounistes et autres sujets; il m'a semblé encore (|n'ils causaient et riaient entre eux, inconnus avec iînonnus, et de fort bon cœur. Je ne les trouve pas pins Irîslos que les Français; ils sont certainement aussi r /V//k. Ati total, ils me semblent avoir des nerfs plus nuh'^ rinc nous, ils sont plus difficiles à émouvoir, plus nni:iti4irs de gros plaisirs, de hourras et de joie ph\Sît|iio. M;ils la Merry England dont parlent les écrivains dti wr siècle subsiste encore, et nous avons tort de t*!'oîiHM[iiu les affaires et le protestantisme l'ont submergt'n-.

Je ne sais, mon cher ami, si je pourrai, coinirn- je l'espérais, aller vous remercier au Val-Richrr rptje année. Je serai à Paris vers la fin de juilK^t. (>t mn

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mère doit faire à cette époque un voyage dans les Ardennes, pour lequel ma présence lui sera utile. Si vous avez du loisir, répondez-moi un mot, ne serait-ce que pour me dire comment vous passez cette heureuse année, et me donner des nouvelles de Cornélis et de tous les vôtres. Mon adresse est, pour cette semaine, à Manchester, 5, Beaufort Terrace, Cecil Street, chez M. Seillière ; mais si votre lettre arrivait plus tard, on aurait soin de me l'envoyer.

Offrez, je vous prie, mon respect et mes remerciements à M. Guizot, et acceptez pour vous et pour Cornélis une cordiale poignée de main.

A EDOUARD DE SUCKAU

Paris, fin janvier 18C1 Mon cher Edouard, je suis bien affligé de ta lettre. Il faut faire attention à toi, mon ami, et planter là ta boutique si tu sens ta poitrine se prendre. La santé avant tout. Mais que me dis-tu là de ton cours public? Est-ce que le dégoût te fait exagérer ? Je croyais que c'était une sorte de faculté pour les gens bien élevés d'Angers, et Goumy * m'avait dit que ta première leçon avait eu grand succès. — Comment te semblent les autorités, proviseur, recteur, etc.? Sont-ce des gens du monde, compren-

i. Goumy (Jean-ÉJouard), 1832-1891, entre à l'École normale en 1852.

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ANÎiEES 18C0-1863 207

Inent-ils les raénagemi^nts qu'il te faut? Quelles misères! C'en est à quitter la France. Voilà Barni* professeur d'histoire à Genève et Denis' à Turin. Avant tout soigne-toi et tiens-moi au courant.

Depuis ton départ, j'ai été assez vexé. Sluart Mill paraîtra je crois le i5, mais j'ai perdu deux mois à le faire, il ne pourra terminer mon volume sur les Écrivains anglais modernes. C'est trop spécial, cela ne t'a pas choqué parce que tu es spécial. Jamais le public ne lira des théories, de la définition, du syllogisme, etc. J'ai même été obligé, pour ne pas trop rebuter les lecteurs de la Revue, de le mettre en dialogue, et la scène à Oxford. Avec tout cela, l'aridité naturelle du sujet est invincible ; je chercherai quelque autre chose, je pense à un moraliste, au fondateur de Rugby, au D"^ Arnold^; un moraliste terminera bien des études sur l'Angleterre.

Par contre-coup, cela m'a fait réfléchir sur mon liidoire de la Littérature anglaise; j'hésite à la faire, ce sera Irop long, iUaudra entrer dans des jugements sur de [rop petits personnages. Les idées générales se ti-ouveni dans les grands hommes, et Ton n'a qu'à les répéter, quand on rencontre les petits ou les genres aïjcessi lires. Peut-être ne ferai-je qu'une suite d'articles sur les grands hommes et les grands genres, une

t. Voir tome I", page 265, note 2.

2. Denis (Jacques-François), philosoithe, 1821-1897, enlré à l'École normale en 1841.

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