‹ H. Taine: sa vie et sa correspondance (volume 2)Chapitre 78 sur 131 · Juillet. Non recueilli en volume · texte numérisé non relu

Juillet. Non recueilli en volume

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les Musées de Paris et de Londres : le ministre des Beaux- Arts était à cette époque dans un grand embarras ; le surintendant, M. de Nieuwerkerke, avait fait modifier profondément, par le décret du 13 mars 1865, le règlement de l'École des Beaux-Arts. Les élèves se croyaient lésés par ces innovations et, à tort ou à raison, imputaient à l'influence de Viollet-le-Duc * les transformations qu'ils blâmaient. Celuici avait été nommé professeur d'esthétique et d'histoire de l'art. Quand il voulut monter dans la chaire de l'hémicycle, de violentes protestations éclatèrent parmi les jeunes auditeurs, et le maître, la|iidé de pommes cuites, la voix couverte par les huées, dut renoncer à prendre la parole après deux ou trois séances aussi tumultueuses que la première. Le décret ne fut pas rapporté, mais on résolut en haut lieu de donner à Viollet-le-Duc un successeur qui fût persona grata auprès de la jeunesse des Écoles. M. Duruy, alors ministre de l'Instruction publique, persuada au maréchal Vaillant^ son collègue des Beaux-Arts, que M. Taine était, parmi les candidats possibles, un des plus /capables de rallier les suffrages des mécontents : la nomination fut signée le 28 octobre 1864. Les sages prévisions de M. Duruy ne tardèrent pas à se réaliser: lorsque M. Taine, un peu anxieux d*aborder pour la première fois un nombreux auditoire dans des conditions en apparence peu favQrables, parut eii janvier 1865 dans la chaire de Thémicycle, il fut accueilli par un tonnerre d'applaudissements; la leçon d'ouverture sur l'Œuvre (VArt *, ne fut qu'une longue ovation qui ne resta pas ron-

1. Viollet-le-Duc (Eugène-Emmanuel), architecte, 1814-1879, auteur du Dictionnaire raisonné de V architecture ^ reslaurateur de Notre-Dame, des murailles de Garcassonne, etc. On le considérait alors comme un chef d'École et l'adversaire des classiques, représentés surtout par les membres de l'Académie des Beaux- Arts; le décret du 13 mars diminuait les privilèges de l'Institut et son influence sur l'enseignement de l'École.

2. Cette leçon parut les 4 et 11 février dans la Revue des Cours

finée dans l'enceinte] de l'École; à la sortie, malgré une pluie battante, les auditeurs suivirent en courant le tiacre qui emportait M. Taine, poussant des cris et des vivats, jusqu'à la paisible rue Bretonvilliers, peu coulumière de si nombreuses et de si bruyantes visites. L'entente cordiale ainsi établie entre le professeur et les élèves ne s'affaiblit pas pendant les vingt années de son enseignement et il fut toujours écouté avec un respect religieux*. 11 débuta dans la série de ses leçons par la Peinture en Italie y à laquelle il consacra trois années ; il compléta son enseignement par une année de cours sur VArt dans les Pays-Bas et une année sur VArt en Grèce, Il recommença quatre fois ce cycle de cinq années, remaniant souvent de fond en comble les plans des leçons*, s'appuyant de documents nouveaux puisés dans des lectures récentes, toujours à la recherche du mieux, avec la conscience qu'il apportait dans son enseignement comme dans ses écrits.

La préparation du cours et la rédaction du Voyage en Ilalie absorbèrent la plus grande partie de son temps jusqu'à la tournée d'examen de 1865; il écrivit cependant quelques

illéraires (aujourd'hui Revue blette] que venait de fonder un des camarades d'École de M. Taine, M. Eugène ïung. — Elle a éié refondue dans la Philosophie de l'Art.

1. Un arliclcde Marcelin, paru dans la Vie parisienne du 18 février 1835, nous décrit ainsi une de ces leçons : a Les assislanis. éfagi's en un vaste demi-cercle, font face au professeur qui, de vin l sa lable, dans renfoncement formé par deux colonnes de porphyre, rappelle assez volontiers un minislrc proteslant dans sa chaire, portant barbe cl luneilcs, et parlant simplement à des liommcâ comme lui. L'assistance e^t recueillie plus qu'on ne l'allendrait de ces jeunes têtes barbues, chevelues, aux yeux vifs, aux bouches moqueuses. Le professeur semble aussi jeune que ses élèves. L'cloigncment efface les traces que la fatigue ou la maladie ont pu laisser sur son visap^e. Du reste, vêtu de noir, habit boutonné; sur la table, son chapeau, ses gants, quelques feuillets de notes au crayon : c*e-t toute la mise en scène.

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