‹ H. Taine; sa vie et sa correspondance (volume 3)Chapitre 128 sur 140 · Cette lettre est écrite en franc ils · texte numérisé non relu

Cette lettre est écrite en franc ils

m'a fait éprouver le compte que vous avez bien voulu rendre de mon système de logique dans la Revtte des Deux Mondes. On ne saurait donner, en peu de pages, une idée plus exacte et plus complète du contenu de ce livre, comme corps de doctrine philosophique. J'ajoule qu'il était impossible de présenter aux lecteurs français cet ensemble d'opinions, de manière à lui attirer davantage leur attention, et c'est ce qui importe le plus à un penseur.

Quant à la critique que vous avez faite du point àe vue psychologique qui caractérise Touvrage, il ne m'appartient point de la juger. Seulement je crois que vous vous trompez en regardant ce point de vue comme particulièrement anglais. Il le fut dans la première moitié du xviii* siècle, à partir de Locke, et jusqu'à la réaction contre Hume. Cette réaction, commencée en Ecosse, a revèlu depuis longtemps la forme germanique, et a fini par tout envahir. Quand j*ai écrit mon livre, j*étais à peu près seul de mon opinion; et bien que ma manière de voir ait trouvé un degré de sympathie auquel je ne m'attendais nullement, on compte encore en Angleterre vingt philosophes a priori et spiritualisles contre chaque partisan de la doctrine de l'expérience. Pendant toute la durée de notre réaction de soixante-dix ans, on a regardé ici la philosophie de l'expérience comme française, de même que vous la qualifiez d'anglaise. A mon avis, on s'est trompé de part et d'autre. Les deux systèmes se suivent par la loi des réactions dans toutes les parties du monde. En effet, l'Allemagne se tourne aujourd'hui vers la doctrine a posteriori. Seulement les différents pays ne coïncident exactement ni dans les révolutions ni dans les contrerévolutions.

Veuillez agréer, monsieur, l'expression de mon véritable respect et de ma considération la plus distinguée.

J. S. MlLL.

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