‹ H. Taine; sa vie et sa correspondance (volume 4)Chapitre 156 sur 162 · HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE

{fragments).

(Juillet 1850)

a L'Histoire de la Philosophie ressemble entièrement à THistoire naturelle. Les types organiques comme les idées philosophiques ont leur développement, leurs connexions, leur progrès, leurs conditions d'existence, leurs causes de dépérissement.

Un point surtout mérite considération préliminaire. L'idée philosophique, livrée à elle-même, de même que ridée organique, irait d'un mouvement droit et continu vers son but fixé. Mais Tune est soumise à une température morale de même que l'autre l'est à une température physique. L'Ëtat moral, religieux, artistique, passionné du pays, détermine la production spéciale de telle idée philosophique. Il faut en tenir grand compte pour expliquer, à tel moment donné, le pourquoi de telle lacune, de tel avortement, de tel développement.

Avant d'aller plus loin, il faut rendre raison de cette comparaison entre Thistoire naturelle et la philosophie.

Soit donné une puissance de produire des systèmes. Cette puissance existe par hypothèse chez la nation en question. Maintenant cette puissance est déterminée par les circonstances où elle se trouve. Il y a toujours là un élément étranger, qui est comme la matière pour l'idée organique. Ce sont les préjugés, l'habitude, l'entourage, l'éducation, la religion, les croyances du Philosophe en question.

.1. Voir p. 120.

La Philosophie a quatre époques : rinde, la Grèce, la Scolastique, la Philosophie moderne. Nous ne pouvons connaître l'ordre chronologique des systèmes de l'Inde. J'ignore la Scolas tique. Tous les deux, du reste, sont des mouvements non libres et la religion dominante a dû contraindre et faire dévier le mouvement de l'esprit humain.

Reste donc l'École moderne : mais j'en ignore la première partie, l'École du xvi" siècle. Je remets donc cet examen à un temps plus éloigné. Je vais seulement examiner la situation morale de laquelle est sortie l'Ecole moderne.

I. — 1* Une philosophie théologique antérieure existait, la Scolastique. — 2* Toute l'antiquité. Pythagoriciens, Alexandrins, Platoniciens, Stoïciens, Épicuriens, était retrouvée. Il y avait un mouvement actif contre l'Église, la puissance de l'autorité ecclésiastique avait faibli, il y avait un essor rapide, universel et désordonné de l'esprit humain après une longue prison.

Au xvn' siècle.

n. — !• Toute-puissance de l'Église, qui empêche la philosophie de donner une solution personnelle sur l'absolu objectif, et l'incline au subjectif. — 2' Esprit de régularité, d'ordre, de clarté, qui pousse à chercher la méthode.

Au xvin* siècle.

in. — !• Progrès des sciences physiques, qui incline au sensualisme et au matérialisme. — 2* Inimitié contre le Christianisme, et par suite contre l'idéalisme antérieur qui l'a défendu. — 3" Influence de l'Angleterre libre en politique et en pensée et qui, par nature, est sensualiste pratique

Au XIX' siècle.

IV. — !• Scepticisme universel, qui produit la tentative et le scepticisme deKant. — 2' Besoin de croyances qui pro-

356 GOttRESPONDANCE

duit les systèmes objectifs d'Allemagne. — 5* Renaissance du spiritualisme qui donne à la philosophie son caractère idéaliste. — 4*> Sentiment de l'indépendance et du progrès de l'homme (Hegel).

De plus, cause générale, développement du subjectif : influence chrétienne, analyses psychologiques des sermons, de la direction, des œuvres dramatiques, des romans. Développement du sentiment du moi.

De plus, partout Dieu, immortalité, Providence, morale, libre arbitre, dogmes chrétiens....

Telles sont à peu près, je crois, toutes les causes extérieures qui ont modifié la loi du mouvement philosophique, sans le fausser, car il est libire....

Caractère subjectif du Christianisme.

La température ambiante morale dans laquelle la philosophie grecque s'est développée est le moment de la sensation et de l'objectif.

Celle où la philosophie moderne s'est développée est le moment idéaliste, subjectif : c'est le christianisme.

!• Caractère moral et subjectif de l'Évangile. Aimer, être pur, se rendre intérieurement agréable à Dieu.

2* Influence de saint Augustin dans tout le Moyen âge, influence presque exclusive. Deum et animam tantùm scire cupio.

^* Organisation pratique de l'Église pour moraliser et spiritualiser. Sermons, couvents, règles de direction, messe.

4"* Caractère de Dieu qui est homme moral. De plus Jésus Dieu. Les analyses de Dieu sont par là des analyses de l'homme.

5"* Spiritualisme chrétien : le salut étant la seule chose importante, il faut s'occuper uniquement de son âme.

6* Contraste entre la grossièreté du monde réel et l'idéalité

de cette doctrine. D'où reploiement intérieur, amour, développement de la partie affective, sentante, passive en nous.

Le caractère du Christianisme est donc de porter la réflexion de l'homme uniquement sur l'homme. Ce qui est précisément la tendance subjective.

Quant à la doctriùe subjective, elle est en germe dans saint Augustin qui commence comme Descartes par le cogitOf qui justifie les sens en posant qu'ils ne nous révèlent que leurs modifications.

Voilà par quels caractères le Christianisme est le troisième moment de la seconde période. Mais son caractère antiphilosophique, son asservissement aux textes sacrés, ses mystères, sa nature religieuse et pratique, sa théorie de la foi, ses incohérences innombrables l'empêchent d'être un système philosophique. Il est simplement une conciliation entre diverses tendances et doctrines et une machine d'action.

Pour sa nature, en raison de ces incohérences, elle est difficile à préciser et varie suivant les âges.

Cependant voici les principaux caractères :

1"* Antiréalisme. La terre est un exil.

2* Moralité, et élévation idéaliste. Dieu est la souveraine ' perfection, et le souverain bien. <( Dieu, dit . Joinville, est chose si bonne et excellente que rien n'est au-dessus. »

3* Moralité fondée sur des rapports entre des personnes et non sur les rapports entre une personne et le bien abstrait, n faut aimer Dieu, non le bien, faire la volonté de Dieu, non le bien. Partant développement de la foi et de l'amour (côté féminin et passif), faiblesse de la raison et de la liberté (côté viril et actif).

Il y a maintenant deux interprétations difi'érentes de Dieu et de sa volonté.

!• Dieu roi. Fonder son royaume sur la terre en soumettant tout à l'Église (côté de la Bible). C'est l'esprit papal, ecclésiastique, jésuite, ultramontain.

2» Dieu idéal. S'unir à lui par l'amour, s'ôter toute vo-

Jontè, toute personnalité, se fondre en lui (côté de TÉvangile). C'est l'esprit mystique, franciscain, moliniste. Nouveaux catholiques par Tamour, socialistes-catholiques, i

Mouvement général historique.

« !• L'Orient : Egypte, Perse, Syrie, Asie Mineure, Phénicie et Judée. Quelques traces de l'Inde.

Foi, mysticisme. Panthéisme idéaliste. Mystères. Prosélytisme. Élément religieux,

2" Grèce : Arts, philosophie, science, culte de la force et du plaisir, culte de l'homme. Génie du fini.

Élément scientifique et philosophique,

3** Rome : Politique, conquête, administration, législation, organisation, génie du fini.

Élément pratique et politique.

Le résumé des trois est le Christianisme.

4* Les Barbares germains : la Féodalité, le Moi indépenlant, l'esprit laïque. Élément de réalisme et de liberté,

A" bis. La bataille contre l'Église commence dès Philippe le Bel, Jean de Meung, etc.

Le résumé des deux est l'esprit moderne, manifesté par la science allemande, la Révolution française, l'art allemand et français, l'industrie anglaise.

Ce que je sais de l'Orient et des autres pays me fail croire qu'ils sont des isolés, ou des préalables du mouvement universel, qui ont quelquefois un mouvement propre ; mais ce mouvement n'a point d'effet sur le nôtre qui est le vrai.

Principe de classification des Systèmes.

« !• Métaphysiciens : Avoir la définition de l'Être (du Tout) et Tordre de ce qu'il contient.

2» Psychologues : Avoir la définition de Fâme et Tordre de tout ce qu'elle contient.

(La solution intermédiaire serait : l"* Donner une métaphysique où soit une psychologie ; 2" arriver à la métaphysique par la psychologie.)

Yoilà le principe que j'ai posé, et il est certain que les Académiciens, Pyrrhoniens, Sceptiques, Stoïciens, Épicuriens d'un côté, et de Tautre Locke, Hutchinson, Ferguson, Smith, Reid, D. Stewart, Hamilton, Brown, Gondillac, Helvétius, Tracy, Laromiguière, ont été de la seconde classe. Il est certain, de plus, que les Néoplatoniciens, les Allemands, et M. Cousin, sortis de là, sont rentrés dans la métaphysique à travers la psychologie.

Cette classification est donc bonne.

n est à remarquer néanmoins :

4* Que les systèmes (subjectifs) sont un amoindrissement de la philosophie causé par le désespoir de faire la métaphysique objective.

2* Que la psychologie existe dans tous les systèmes objectifs, qu'elle y est seulement subordonnée à la science du tout.

3' Qu'il y a quelque métaphysique dans les systèmes subjectifs (question de la certitude. Dieu et Timmortalité de Tâme, matérialisme, etc.) que nous classons seulement d*après la prédominance.

Â" Qu'il faut bien qu'il en soit ainsi, pour qu'on ait une philosophie, à savoir une science générale, le résumé des sciences.

560 CORnESPONDANCE

Cela me conduit à corriger ce que j'ai écrit Tan dernier*.

L'essence de la philosophie est d'être la science, la science totale, le résumé des autres, le système du savoir. Ce système embrasse l'objectif et le subjectif.

l"" Ou bien le subjectif est enveloppé dans le système de l'objectif comme partie, sans distinction.

2* Ou bien il en est séparé, et considéré presque exclusivement.

Ceci est le principe de leur classification comme systèmes passagers et transitoires.

Le progrès doit consister à [préparer un' système non transitoire. Cette préparation consiste à proclamer l'observation directe, personnelle, analytique.. Les hypothèses peuvent avoir une histoire et se succéder en se renversant : ce qui a été jusqu'ici le mode de développement de la philosophie. Ëtant donné une conception ou hypothèse, on l'applique aux divers cas, et on fait un système; c'est là son développement. Puis elle manifeste des contradictions qui jettent dans une autre hypothèse et ainsi de suite.

Or, nous pouvons remarquer que depuis trois siècles les sciences sortent une à une de cette voie et passent à l'observation directe ; que la psychologie et les sciences morales viennent d'y entrer, et que les faits qu'elles observent ne sont plus contestés.

Reste à savoir si la philosophie générale ou métaphysique peut elle-même trouver une pareille méthode.

Or, il est clair que le moyen le plus naturel, qui est de généraliser les résultats des autres sciences, ne ferait pas d'elle une science. Elle n'aurait point d'objet propre, et les derniers résultats de chaque science étant toujours des hypothèses contestées, elle ne serait elle-même qu'une hypothèse plus contestée : ce qu'elle a toiyours été. Ainsi elle changerait à peine sa nature.

i. Voir p. 115 et 347.

Pour ôter cette difficulté, il suffit de remarquer : 4* qu'elle est la science du possible et non du réel. Ce qui la conduit à trouver sa méthode dans l'analyse des idées, dans leur définition, dans leur comparaison, d'où il résulte des théorèmes. Gomme telle, elle est une sorte de mathématique abstraite; 2* qu'elle est la science du nécessaire, non de l'accidentel. Ce qui la conduit, quand elle s'occupe du monde réel, à chercher le moyen de le déduire et lui défend de l'observer.

Il est à propos de remarquer que toutes ces tendances se trouvent dans notre temps.

Rapprochons de cela ce que nous avons dit sur les causes d'erreur de la philosophie.

1** Son progrès consiste à substituer l'observation et la déduction à priori à l'hypothèse.

S** Son progrès consiste à substituer à la définition partielle de l'absolu la définition totale.

Ces deux propositions pouvaient déjà se déduire de l'idée même de la philosophie. Quelle est la vraie définition du tout? Vraie définition implique la forme analytique déductive. Tout implique l'absolu total.

Comparez les époques correspondantes des deux périodes analogues :

l"" Les Ioniens, Abdéri tains, etc., aux philosophes de la Renaissance.

2** Les Ëléates, Pythagoriciens, Platon, aux Cartésiens.

3* Aristote à Leibnitz.

4* Locke, Condillac, Rousseau, les Moralistes anglais, Hume, aux Épicuriens, Stoïciens, Académiciens, Sceptiques.

b"" Les Néoplatoniciens aux Allemands. Par exemple pour le â*, pourquoi une échelle d'intelligibles dans l'antiquité, et Dieu, Individu, total des intelligibles pour les modernes?

Les conséquences de ce fait sont très graves; le pan-

théisme allemand de nos jours est fondé tout entier sur le principe suivant : Dieu est la forme une du monde. Ayant considéré la formule « Ens realissimum », ils ont admis qu'elle possédait toutes les propriétés d'immensité, éternité, unité, nécessité que les théistes lui attribuaient. Mais ils ont jugé qu'il fallait voir ce que contenait cet être, et quelle est la nature ou les diverses espèces de cette réalité qu'il contient. Car réalité, réel, être, etc., sont des abstraits, de simples points de vue, des concrets déterminés doués d'une forme propre. D'où il suit que TKns realissimum n'est que la totalité des concrets déterminés possibles. Il suivait de là qu'il est le monde. Cela fait, les Allemands ont cherché à construire le monde en cherchant à prion quels sont les concrets déterminés possibles, et en les liant entre eux. »

Théorie générale des SyBtèmes.

« Un système est un être organisé dont l'âme est une idée générale, une proposition générale : c'est cette proposition qu'il faut trouver. Le moyen est d'énumérer les différentes propositions du système, de trouver les propositions générales d'où elles dépendent, et la proposition plus générale d'où celles-ci proviennent.

(Ex. : M. Ravaisson, exposition du Stoïcisme.)

Remarquez que c'est là la marche de toute science; chaque science étudie une chose une, le corps humain, la série animale, le corps chimique, etc. Sa méthode est de recueillir les propriétés et de remonter jusqu'à la définition ou proposition générale ; et la philosophie qui est la science du Tout cherche de même la définition du Tout.

!• Remarquez d'abord que tout système n'est pas un, que très souvent l'auteur a deux ou plusieurs principes, lesquels au fond sont contradictoires, et que son effort est de les concilier.

Par exemple Malebranche : 11 a une théorie des idées qui devrait le conduire droit au Spinozisme; et une théorie du moi et de la conscience qui Ten éloigne.

2* Outre les principes et forces philosophiques, il y en a d'autre espèce qui agissent. Par exemple la religion.

Malebranche a pour Dieu l'Être universel. Son christianisme le force d'en faire une personne, un homme, distinct du monde.

3* Le principe du philosophe n'est pas toujours une définition explicite de l'Être. Toutes les philosophies ne s'élèvent pas jusqu'à cette hauteur; d'un autre côté toutes ne dégagent ^pas nettement leur principe : par exemple Descartes.

Âristote, les Néoplatoniciens, Spinoza, et les Allemands sont les seuls qui aient compris pleinement l'idée de la philosophie.

4* Le principe posé, par exemple comme dans Malebranche, on n'en fait pas de déduction complète. Par exemple Spinoza et lui posent comme modes généraux de l'Être, et seuls modes que nous connaissions, l'étendue et la pensée.

Ce défaut est général dans les systèmes modernes chrétiens. Il choque surtout quand on sort de la lecture des anciens. La grande raison en est que notre T)ieu étant créateur et son acte étant incompréhensible, on ne peut rien déduire de lui. Ce qui fait que le système est coupé en deux et formé de deux morceaux mal collés.

Il est clair que cette opposition de la pensée et de l'étendue, du spirituel et du matériel, vient de la longue opposition instituée par le christianisme entre l'ûme et le corps.

(Voir à la fin de chaque cahier particulier.) La fin de la philosophie est une définition du Tout consi déré comme un indivisible.

Le trayail de rhistorien de la philosophie est de dégager de chaque système la définition du Tout, et de l'en déduire.

(( Opposition de la période moderne à la période antique. »

J'ai déjà touché cette question, mais il faut y revenir.

On voit ici la même loi que dans l'embryogénie; toute espèce nouvelle traverse les Phases ou États qu'ont traversés les anciennes, mais en apportant un élément différentiel personnel. Ainsi l'embryon humain a des analogies frappantes avec le polype, le radiaire, le mollusque, le poisson, le reptile, l'oiseau. Il est tout cela successivement, mais avec un caractère spécial propre qui le fait embryon humain, caractère supérieur qui lui donne des destinées que les autres n'avaient pas.

Ainsi chaque individu reproduit en soi une suite de sys> tèmes et de civilisations, mais avec ce caractère supérieur d'être aidé par la civilisation supérieure de son siècle.

Le monde est une collection d'individualités en ordre ascendant, chacune ayant parcouru pour se former tous les degrés inférieurs, mais leur ayant donné son caractère personnel.

Ainsi la philosophie moderne traverse les mêmes états et systènies que la philosophie antique, mais avec un élément personnel et supérieur.

Pour connaître cet élément, il faut observer : 1* le point de départ; 2<> les actions simultanées extérieures.

La philosophie moderne est sortie :

1** De l'antique par la Scolastique;

2° De l'antique par la Renaissance;

3* De l'antique par le Christianisme.

Elle a vécu sous l'influence de l'antique par le christianisme.

Ceci est très grave. Il est clair qu'on ne va pas recom-

mencer entièrement sur de nouveaux frais, que l'antique transformé sert, que la combinaison nouvelle sera partout supérieure à la première. Nous partons d'un point de départ plus élevé que l'antiquité.

La première philosophie (celle de la Renaissance et le Protestantisme) n'est pas sérieuse. Une philosophie sérieuse proclame un principe» une méthode, le tire de soi, Pinvente, et produit un individu organique, qui est un système. La Renaissance n'a pas un principe à soi. C'est une copie des anciens, un pastiche. Le Protestantisme est grand comme moment historique et nul comme moment philosophique. Il n'a ni méthode, ni dogme.

Le seul homme qui ait un système original, c'est Hobbes. Il représente le moment de la matière. Il est matérialiste et mathématicien. Bacon, Galilée, Torricelli, Harvey, Copernic, etc., rentrent dans ce mouvement.

Le premier philosophe, vraiment sorti de la société moderne, est Descartes. Il sort du christianisme, comme Thaïes du paganisme. Il procède du fond commun de l'esprit d'alors, le christianisme, et il s'y oppose en proclamant un principe personnel libre et une méthode. L'esprit moderne prend la forme philosophique. Descartes est un christianisme philosophique. Sa philosophie vit, se transforme, forme un moment réel dans l'esprit humain.

Les philosophes de la Renaissance, au contraire, ne laissent point d'École ; il n'y a point de polémique contre eux. Ils sont des points isolés, de pures curiosités, des accidents. Ce sont des morts évoqués qui disparaissent aussitôt.

On peut dire en général qu'une philosophie vraie et vivante se forme, lorsque le système métaphysique pratiqué dans le monde d'alors a besoin de se traduire sous sa forme philosophique. La philosophie est une forme, un mode d'exister de l'esprit humain. Elle n'existe vraiment que lorsqu'elle exprime à sa façon l'esprit humain d'alors. Sinon

elle n'existe pas, ou bien, manquant de force personnelle, elle reproduit un ancien système. Hais alors elle manque encore d'un principe de vie. La première condition, pour être compté dans l'histoire à titre de moment réel du développement, est d'être par soi.

Il est à remarquer que l'esprit matérialiste de la première période, exprimé par Pomponace, Yanini, Montaigne, Sanchez, la littérature du xvi* siècle, Bacon, les sciences physiques, et Hobbes, se propage en Angleterre et en France par Gassendi, Bernier, la société de Ninon de Lenclos et des libertins, et rejoint Locke et le xtii* siècle, après avoir filtré sous terre. »

PLAN DES LEÇONS DE PHILOSOPHIE professées à Nevers en 1851-1852.

(Voir p. 146 et 161)

1'* Leçon : De l'objet de la philosophie.

â' Leçon : Méthode et division de la philosophie.

3* Leçon : Objet et légitimité de la psychologie.

A* Leçon : Théorie des facultés de l'âme.

5* Leçon : De la conscience (objet, certitude, élendue).

6* Leçon : Des divers sens : analyse des faits (et ajouté ultérieurement : De la perception extérieure).

?• Leçon : Nature de la perception extérieure.

8* Leçon : Des perceptions extérieures.

9* Leçon : De l'éducation des sens et des perceptions acquises.

10* Leçon : De l'imagination proprement dite.

11* Leçon : De l'association des 'dées.

iî* Leçon : De la mémoire.

45' Leçon : De Tinduction.

IV Leçon : Attention, comparaison, abstraction

15* Leçon : Généralisation, combinaison.

16* Leçon : De l'imagination créatrice.

17* Leçon : Jugement, raisonnement.

18* Leçon : Raison : exposition du sujet, opinions scnsualistes.

19* Leçon : Raison : opinions idéalistes.

20* Leçon : Raison : réfutation de l'opinion idéaliste.

21* Leçon : Analyse des idées et des axiomes de temps et d'espace.

22* Leçon : Analyse de l'idée d'infini (mathématique) et des axiomes de cause, de substance, d'identité.

23* Leçon : Analyse de l'idée du Parfait.

2V Leçon : Théorie de la raison.

25* Leçon : État actuel de l'esprit. Nature des idées, leur origine.

26* Leçon : Progrès de la connaissance.

27* Leçon : (Sensibilité) Du plaisir et de la peine.

28* Leçon : De la sensation.

29* Leçon : Des divers sens.

50* Leçon : Des images (en note : Voir la théorie de Vintelligence),

31* Leçon : Du désir.

32* Leçon : Désirs excités par les sensations.

35* Leçon : Sentiments et désirs causés par les idées (sentiments et désirs causés par l'idée de nous-mème sans regard à l'extérieur).

54* Leçon : Sentiments et désirs causés par l'idée de nous-même avec regard à l'extérieur.

35* Leçon : Sentiments et désirs causés par l'idée d'un autre être sans 'égard à un troisième.

36* Leçon : Sentiments et désirs nés de l'idée d'un autre être avec égard à un troisième.

37* Leçon : Sentiments et désirs causés par les idées de' la raison (du Beau, du Bien, du Parfait).

38* Leçon : Progrès des passions.

39* Leçon : Volonté.

40* Leçon : Yolition.

41* Leçon : Liberté de la yolition.

42* Leçon : Influence de la Yolition sur l'action. 45* Leçon : Mouvement.

44* Leçon : Mouvements déterminés par des idécsk 45* Leçon : Mouvements volontaires et acquis. 46* Leçon : De l'habitude.

47* Leçon : Spiritualité de Tâme.

48* Leçon : Rapports du physique et du moral. 49* Leçon : Théorie générale.

AVAKT-PROPOS I

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