‹ H. Taine: sa vie et sa correspondanceChapitre 84 sur 104 · H. Boutmy était àCautcrets · texte numérisé non relu

H. Boutmy était àCautcrets

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Je n*ai encore fait qu*un chapitre sur les mœurs et les caractères» un peu plus long que celui que j*ai lu h TÉcole cet hiver. Il m*en reste trois à faire pour finir mon premier volume. Le premier (sur les idées et sur la forme d'esprit) est en train, mais à peine en train ; qu*il est difBcile de démarrer I II s'agit de montrer que BoileaUy Descartes, LemaistredeSacy, Corneille, Racine, Flëchier, etc., sont les ancêtres directs de Saint-Just et de Robespierre. — Ce qui les retenait, c'est que le dogme monarchique et religieux était intact; une fois ce dogme usé par ses excès et renversé par la vue scientifique du monde (Newton apporté par Voltaire) l'esprit classique a produit fatalement la théorie de l'homme naturel abstrait et le Contrat social. Notre éducation purement classique nourrit encore la même théorie ; tout jeune homme qui sort de rhétorique et qui est un peu brave d'esprit, surtout s'il est pauvre et s'il a son chemin à faire, doit être Montagnard ou tout au moins Girondin. — Probablement vous et moi, nous ne différons ici que par les mots; l'analyse et la raison ne me semblent destructives que lorsqu'elles sont classiques et s'appliquent à l'homme abstrait ; appliquées à l'homme réel, historique, à l'Anglais ou au Français vivant et actuel, elles constatent des forces psychologiques, ' des habitudes, des traditions, des préjugés, des intérêts, qui, en tant que forces, sont aussi respectables qu'un cours d'eau ou qu'un poids, aussi dignes de ménagement, ne fût-ce que par prudence et pour aboutir à un effet.

itre mois la culbute', n'est-ce pas? Au reste; selon le mot de Demade, o>. T■r^1 îjsJ.iv, âyXv t^î îj^Xeu vavotYin Yuêspv(o|jisv, Avec une voile énorme comme le suffrage universel sur un batenu sans quille et sans lest, on est sûr de capoter 161 ou tard; sauf un accident sur lequel on ne peut pas compter, la République, en s'inclinant de plus en plus vers la gauche, versera dans l'Empire. Ce n'est pas gai ; mais, à mes yeux, depuis que nous avons manqué l'évolution naturelle en 1780, aucun gouvernement libéral et fort n'est possible, ou du moins n'est durable.

Présentez, je vous prie, toutes mes amitiés à M.ClierbuUez,

A vous de cœur.

A H. JOHN DURAND

HenthoD'Sainl-Sernard, septembre 1874

HoR cher ami,

.... Voyez en ce moment à Paris l'exposition de Bau-

dry à l'École des Beaux-Arts * ; c'est supérieur. Mon ami

Boutmy est de retour: voyez-le et de ma part; vous

t. Allusion aux derniers voles de l'Assemblée Nationale ; Vote loi Municipale ; rejet de la prnposiiion Casimir-I'érier dejnane déûnitive de la Tonne républicaine, eiposé les peiniures de Paul Baudrf destinées au

trouverez toutes sortes de livres et de journaux étrangers et français, 16, rue Taranne, à la bibliothèque de l'École des sciences politiques dont il est directeur. — En fait de livres, lisez les poésies complètes de Siilly- Pradhorame; un livre très instructif est Paris, ses or ^^anes et sa vie de Maxime Du Caoïp, cinq volumes ; Saint Antoine de Flaubert mérite d'être lu; en première ligne mettez les romans et nouvelles d*Ivan Tourguénief,

A M. MARC MONNIER

Paris, 15 avril 1875

Cher Monsieur,

Votre insistance est bien aimable* et me suggère une idée que je vous soumets. Mes leçons sur l'histoire de la peinture en Italie peuvent avoir quelque intérêt à l'École des Beaux-Arts, à deux pas du Louvre et du Cabinet des Estampes, dans un bâtiment tout rempli de copies et de moulages, devant des jeunes gens qui sont artistes de profession. Elles pourraient sembler techniques et môme crues pour certains détails, à Genève. D'ailleurs, j'ai l'esprit si étroitement méthodique que pour les faire, ou même pour les refaire à Paris, il me faut un mois de préparation et de renouvellement. Je ne puis écrii-o, ni parler d'un objet, que quand les images qui s'y rap-

i. K. Marc Honnier avait demandé à H. Taine, au nom de l'Université de Genève, une série de Conférences.

L'ANCIEN ItËGlUB 271

S des hôtes habituels et involontaires ;es diUicullés j'aperçois un remède.

Au lieu d un cours sur ta peinture itilienne, votre auditoire pourrait accepter une série de Lecture* (ce serait le moment) surl'Ancien Régime ; c'est le premier volume de mon ouvrage sur les Origine» de ta France contemporaine. Je pense que ce premier volume sera fini en octobre; j'en ai déjà rédigé les trois cinquièmes formaol la matière de sept lectures; je compte finir le reste à Men thon -Saint-Bernard ; il y aurait en tout une douzaine de lectures, et je pourrais ainsi ofirir à Taudiloire la primeur du livre.

Voici les litres des cinq chapitres, chacun de 100 à 120 pages, composant ce volume.

/ La slruclure de la sociélé; I Les mteurs et les caractères; ? L'esprit et la doctrine; / La propagation de la doctrine ; \ Le peuple.

Je lis cette année le troisième chapitre à l'École des Sciences politiques, et mes amis ont la bontiï de me dire qu'il les intéresse.

Voyei si celte idée est pratique. Au cas où elle le serait, j'aurais besoin de savoir si, à Genève, on a le droit de manrquer d'enthousiasme pour J.-J. Ilousseau; j'en manque un peu, tout en admirant l'écrivain, mais ses doctrines et sa conduite ne me plaisent guère.

Quoi qu'il en soit, croyez que Genève un jour sera

mon centre, et que je serai bien heureux de vous y serrer la main.

Quelle belle et triste lettre vous avez publiée de Sainte- Beuve. « Sur ce cimetière, Tlntelligence seule luit conime une lune morte. »

A M. MARC MONNIER

Paris, 30 arril 1875

Mon cher Monsieur,

Ne croyez pas ce qui vient d*étre imprimé sur mon futur livre dans le Journal de Genève et que je lis dans une reproduction du Moniteur (29 avril). Je ne conclus pas du tout au despotisme de Hobbes ; en tout cas je

suis bien loin de faire un ouvrage dogmatique, je me contente d'exposer les faits et leurs causes. Ma conclusion ne sera quHn petlo, et en faveur des constitutionnels de 89, Meunier, Lally-Tollendal, etc. Les bonnes têtes de 1789, mes favoris, sont surtout des étrangers : Dumont de Genève, Mallet-du-Pan, Gouverneur Morris, Jeiîerson. La preuve de leur sagesse, c'est qu'ils prédisent tout au fur et à mesure, et un, deux ans, parfois dix ans d'avance. L'auteur de l'article n'a écouté qulm chapitre, l'a mal compris; je ne suis pas un simple réactionnaire, un partisan du droit divin; vous verrez des choses raides contre l'ancien régime. Ma seule thèse intime est

contre le pouvoir arbitraire et absolu, soit de la foule, soit d*un individu. Un être humain, ou une collection d'êtres humains, qui est despote et ne subit pas le contrepoids d*autres pouvoirs, devient toujours malfaisant et fou, et la Convention, Napoléon ne valent pas mieux que Louis XIV.

Ceci pour mettre votre conscience en repos; je serais trop chagrin de vous exposer à la responsabilité d'un cours antipathique et blessant pour vos compatriotes.

A vous.

A MADAME H. TAINE

Menthon, 18 juin 1875

... J'ai fini tout ce qui regarde la propagande de la philosophie dans la haute classe ; j*ai commencé ù écrire cette propagande dans la classe moyenne. Il ne me restera plus que la propagande dans le peuple, et je tâche d'en être là pour votre arrivée. Je travaille un peu pliïs vite qu'à Paris, et toute la journée.

Le livre de Sorel est bien, très instructif, plein de petites citations, objectif en un mot, pas brillant, ni pi* quant, mais extrêmement solide et utile. Bon signe; tant mieux si la nouvelle génération est ainsi; mais il y a eu un mauvais vote hier sur la collation des grades*. Le

i. Sëunce du 14 juin, rejet par l'Assemblée Nationale d'un amendement conservant -à l'État la Collation des grades académiques.

H. TAIHE. — CORRESPONDAKCn III. 18

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s:fr-

petit groupe des travailleurs libres sera noyé dans la grande foule catholique.

N*oubliez pas de m^apporter les livres de Gazalis* et de Tourguénief. Lisez la dernière pièce de Cazalis; elle est bien belle et d*application toute moderne.

A M« JOHN DURAND

Menthon-Saint-Bemard, 13 juillet 1875

Mon cher ami,

... J'ai écrit plus de la moitié de mon dernier chapitre, j'espère avoir fini au milieu d'août. Je bourre ma rédaction de petits faits et de textes manuscrits. Ensuite il me restera la revision. Comptez que vous recevrez les épreuves aussitôt que j'en aurai.

Je suis bien content que vous entrepreniez la revision de la traduction de M. Van Laun; il sait sa langue et traduit avec vivacité les passages littéraires; mais la culture philosophique et les habitudes de raisonnement serré lui font défaut et, dans la préface surtout, il y a nombre de contre-sens et de non-sens.

Vous voyez qu'en fait d'instruction publique supérieure, les conservateurs, les cléricaux et même les libéraux comme M. Laboulaye, nous font faire des sot-

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