‹ Habitations lacustres des temps anciens et modernes (volume 2)Chapitre 66 sur 94 · IS.OS · texte numérisé non relu

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446 AlipliNDlCK.

M. de Fellenberg bit observer que le oickel et le cobalt qui entrent dans l'alliage du bronze et entre autres dans quelques antiquités du Valais paraissent indiquer qu'on exploitait déjà le cuivre des mines valaisannes du val d'Ânniviers, tout & fait dans le voisinage de celles de nickel et de cobalt. Les traces d'argent, peu importantes sans doute, montrent cependant que les populations de l'&ge du brome ne savaient probablement pas séparer ce métal du minerai de cuivre. Enfin la composition du bronze ne répondait pas toujours au but qu'on se proposait, puisque la hadie de Moines N° 3, destinée à fendre et à couper, est d'un alliage plus faible que celui des bracelets du Valais, N° 6~et 8. Les N°* 34 et 38, dans l'alliage desquels le zinc eoire pour une assez forte proportion, sont postérieurs à la conquête des Gaules par César.

Sans revenir sur les fonderies de l'âge du bronze, mentionnées précédemment', j'ajouterai seulement que, si le

pièces rares. M. F. Forel fait remarquer que celui qu'il a découvert à Morges (PI. X, pag. 18) se distingue des pièces du même genre en ce qu'il était destinée produire des haches à ailerons et non pas à douille. « Cet instrument, ajoute-t-il, dénote une certaine habileté dans Fart du fondeur. Existait-il à Morges une fonderie permante, ou bien ce moule appartenait-il à quelque fondeur ambulant, qui voyageait de bourgade en bourgade, comme le font actuellement les fondeurs d'étain ? C'est ce que l'on ne saurait dire avec certitude. Mais ce qui parait évident, c'est que, si le moule est resté au fond des eaux, c'est parce que la ville de Morges a été exposée à un incendie ou à quelque destruction violente. Car s'il en avait été autrement, il est très probable qu'on n'aurait pas laissé perdre un objet qui devait avoir une grande valeur. Le grand nombre des haches qui se sont trouvées en même temps vient à l'appui de celte manière de voir. »

a J'ajouterai encore deux observations, poursuit M. Forel. La première, c'est que les pUotis qui ont été extraits de la localité de Morges paraissent tous avoir été taillés avec de petites haches en métal, qui se rapportent à celles que nous avons trouvées. La seconde, c'est que, si l'on s'est servi de moules en bronze pour fondre un "aussi grand nombre de haches de modèles différents, cela dénoterait une industrie développée sur une très vaste échelle. Mais il est permis de supposer qu'une partie de ces instruments ont été fondus dans de simples moules en terre ou en pierre, et cette supposition ramènerait le développement de l'industrie de cette époque dans des limites plus modestes et plus vraisemblables. »

ITÂUE.

Un DOuvrau champ d'exploratioDS vient d'être ouvert en Italie, gr&ces à l'iailiative de M. le professeur Desor. De retour d'un voyage sur les bords du lac Majeur, il m'écrit les lignes suivantes : « Persuadé qu'on devait trouver dans les lacs de Lombardie les mêmes antiquités que chez nous, je fus i cet effet voir mon ami II. Gastaldi, Il m'accompagna à Arona. LA, nous primes un pécheur pour noua conduire le long du rivage du lac Majeur jusqu'à la sortie du Tessio. Dans le cours de la conversation, ce pécheur nous apprit qu'il existait en plusieurs endroits des pieux faisant saillie au fond du lac, dans lesquels les filets resluent quelqueffus pris. Je m'y fis conduire ; malheureusement les eaux étaient très hautes et le temps mauvais, en sorte que je ne puis affirmer avoir vu distinctement les pieux, mais la description que le pêcheur m'en a faite ne me laisse aucun doute qu'il

APPSNDICE. 449

« Quelques jours après notre course à Arona» M. More m'a envoyé la pointe de javelot en bronze que vous avez vue, une tête de flèche en silex, très bien taillée, une grosse épingle en bronze et plusieurs morceaux de poterie dcmt un en pierre oUaire. Dans la lettre qui accompagnait l'envoi de ces objets des tourbières de Mercorago, près d'Arona, il m'annonçait qu'on venait de retrouver un canot et des pieux r

» Je ne doute pas que la poterie ne soit de la même eapèce que celle qu'on trouve en Suisse ; sa pâte est composée d'une argile noire, rarement un peu rougie à la surface, et qui contient une quantité plus ou moins considérable de petits fragments de quartz et de feldspath blancs, dont la couleur contraste avec la teinle de l'argile. Ces poteries ont été façonnées sans l'aide du tour ; jusqu'à présent on n'a découvert que des vases de grandes dimensions, à en juger par les courbes des fragments qui sont en ma possession.

» Le canot dont je vous ai parlé a été trouvé à un mètre environ de profondeur dans la tourbe ; extrait, non sans difficultés, de la tourbière, et mis à l'abri du soleil et du vent, il ne tarda pas à se dégrader, les parois latérales étant tombées à cause de la macération et le fond même s'étant d'abord aplati, puis déformé. J'ai pu le voir assez h temps pour me faire une idée de sa forme. C'était un tronc, probablement de diêne, ayant 1 m. 90 de longueur, 0 m. 60 de largeur et 0 m. 30 environ de profondeur ; sa surface extérreure ou convexe était assez unie, et à l'intérieur on pouvait encore voir sur le fond de larges traces laissées par l'instrument dont on s'était servi pour le creuser. Ce canot était ouvert aux extrémités, sur l'une desquelles une partie des parois latérales était emportée, probablement pour

lltfO APPINDICB.

faire place à la pièce qui devait fermer l'ouTerture ; pas trace du reste de clous soit en bronze, soit en fer ou en bois. Od avait déjà découvert, il y a deux ans, h quelques mètres de ce canot, une ancre en bois , longne d'un mètre environ ; elle se terminait par deux crocs et était percée à l'autre extrémité pour recevoir la corde.

» En parcourant l'endroit où I'od a Eût ces diverses découvertes, j'ai trouvé un caillou de serpentine, de forme assez filière, dont la surface est finement rayée. Je l'avais pris d'abord pour un caillou rayé par la glace, la tourbière étant sur une morfùoe; mais, après examen, j'ai vu qu'il a été travaillé par l'bomme.

D Vous savez que la tourbière de Mercurago. ou pour mieux dire l'antàen lac, car il était encore tel au comutencemeot du siècle, a une forme allongée dans la direction Dord-«ud. (Si je voulais foire de l'érudition, je pourrais dire que le motdeMercurago vientdeJlf»rctirttIacui).Or tousces objets ont été trouvés dans un espace assez limité à l'extrémilé nord , à AO mètres environ du rivage, et sur un pointoù l'eau ne pouvait avoir plus de 2 à 3 mètres de profondeur. C'est dans ce même espace qu'on découvre les pilotis.

)> On a jusqu'à présent découvert neuf pieuii dont deux étaient couchés horizontalement ; ils indiquent assez, ce me semble, en les rapprochant des objets précédents, qu'il y a eu sur le lac deMercurago, à l'époque du bronze, des habitations sur pilotis.

n Voici cependant quelques difficultés :

» D'abord les pieux sont enfoncés d'environ 0 m. 60 dans un limon grisâtre qui fait le fond de la tourbière ; le reste de leur longueur, c'est-à-dire environ un mètre, git dans la tourbe, qui les recouvre encore d'un mètre à peu près en hauteur. MM. Moro et Mafféi me dirent qu'on trouve toutes les têtes des pieux terminées en pointe plus ou moins aiguë, et ils supposent qu'elles ont été ainsi taillées par la main de l'homme; ils croient en effet y avoir vu, au moment de leur découverte, les traces d'un instrument tranchant, d'où ils concluent que ces pilotis n'étaient nullement destinés à supporter des maisons. A mon arrivée, il n'y avait point de pieux fraîchement extraits, et les têtes de ceux qu'on avait trouvés, dix ou quinze jours auparavant, étaient déjà bien altérées ; voici néanmoins les remarques que j'ai pu faire en les examinant.

» Les têtes ont généralement une forme quasi conique, à surface assez régulière, mais il m'a paru aussi qu'au centre il y a une portion esquilleuse faisant croire à une continuation du pieu réduit à un moindre diamètre '

» Le mauvais temps ne m'a pas permis de visiter les tourbières de Borgo Ticino, où l'on a aussi découvert des flèches en silex, des poteries et, à ce qu'il parait, quelques objets en bronze.

* On a vu que, sur les emplacements lacustres de la Suisse, cette usure des pieux, produite par l'eau, est un fait général.

«J'ai appris de M. Moro qu'mi trouve des antiquités sur le PenDioo, espèce de oolline allongée, qui s'éteod de MercuragD à Boi^ Ticino. On rencoRtre li peu de profondeuT au-desaous du sol, en défrichant le» bois et les bruyères, des vases toutàfaitsemblablesà ceux des tourbières. Ilscratienoent presque toujours des os carbooîsés et quelquefois des obj^ en tvonze. M. Moro a vu extraire un de ces vases qui renf^mail un petit bracelet et un ustensile en bronze dont j'ignore la destination. Enfin des ouvriers qui travaillent t la tourbière me dirent qu'ils ont découvert sur la m&ne oolHae, du cAté de Borgo Ticino, dix-hnit de ces vases, eo un seul groupe, rqtosant cliacun sur une dalle de pierre et étant recouverts de même.

■ En visitant une vaste touri>itoe, sur la rive lombarde, près d'Angers , cb&teau situé en face d'Arona, j'ai appris qu'on y a découvert qndques portions de canots. «

Dans une autre lettre, M. Gastaldi écrit k M. Desor qu'il a visité les tourbières du marais d'ivrée et qu'on a sorti, ces dernières années, de celle de S. Maiiino deux vases d'argile et une bacbe en silex.

« Les fouilles se poursuivent dans la tourbière de Mercu-

romande, a oommuniqué, dans la séance da 23 août, à Yevey, des lettres de M. Gabriel de Mortillet, qui confirment la découverte de pilotis sur plusieurs points de la partie inférieure du lac Majeur. 11 signale en outre un emplacement assez étendu dans le lac dlseo, en Lombardie, entre la ville de ce nom et le village de Pilzone.

En 1886, on a sorti de la tourbière de Bosisio, entre les deux bras du lac de Gôme, une pointe de fièche en silex et une hacbe de bronze. M. Mortiliet s'est assuré que dès lors, de nombreux silex travaillés ont été découverts dans la même localité. «L'étude de cette tourbière est d'autant plus intéressante, ajoute-t-il, qu'elle peut sanctionner ou détruire une tradition locale, qui, s'appuyant sur un passage de Pline, prétend que les quatre petits lacs de la Brianza, n'en formaient qu'un seul jusqu'au Y^ siècle environ.

» Je me suis assuré aussi que les tourbières du côté de Varèse ont fourni divers objets, entre autres des ossements et deux squelettes d'homme.

«Enfin, à Vérone, j'ai vu chez M. Martinati un bout de flèche en silex des tourbières du Véronais et une hache en bronze de celles du Padouan. »

Une dernière communication de M. Gastaldi mentionne des découvertes des environs de Modène et de Reggio, où il existe des couches d'un terreau très riche en substances azotées. On les rencontre le plus souvent auprès des Qeuves et des torrents, au-dessous d'un lit de terre arable, ou d'une couche de gravier. Ce terreau, qu'on vend pour l'engrais des champs, contient des instruments, ordinairement en bronze, des fragments d'une poterie semblable à celle de Mercurago, et une grande quantité d'ossements concassés, taillés ou car-

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bonisés, provenant du cerf, du cheval, du bœuf, du cocboo et d'autres aDimaux.

Il est focile de présumer ce qu'on peut attendre de ces découvertes sur le sol classique de l'Italie. Depuis longtemps des instruments de roches diverses, recueillis dans plusieurs contrées de ce pays, montraient que le midi de l'Europe a eu aussi son âge de la pierre. On ne tardera pas à pouvoir mieux apprécier sa durée, ainsi que celle des périodes qui ont précédé les temps historiques.

Les trois cent quatre-vingts figures représentées dans les dixsept planches de cet ouvrage donnent une idée suflSsante du développement de l'industrie chez les peuples lacustres de l'Europe^ et tout spécialement de THelvétie^ antérieurement à Tère chrétienne. Ces antiquités, conservées dans des collections diverses S sont classées d'après les périodes successives de la civilisation; celles du premier âge du fer ont été complétées par la reproduction d'un certain nombre d'objets de la même époque, découverts dans des tombeaux. La plupart des figures ont dû être réduites au tiers de la grandeur réelle; quand il en est autrement, des fractions indiquent les proportions de la réduction. J'ai emprunté plusieurs des-

* Je dois entre autres mentionner celles du Musée cantonal à Lausanne, de M. Furel à Morges, de la bibliothèque d'Yverdon, de M. le Di* Clément à St. Aubin, de MM. Rey et de Vevey à Kstavayer, de M. le professeur Desor à Neuchàtel, de M. le colonel Schwab à Bienne, de M. le D' Ublmann à Miinchenbuchsee, de M. Albert Jahn, à Berne, de la Société des antiquaires de Zurich et celle qui est en ma possession.

qSD EXPLICATION DBS PLANCHES.

sins aux rapports de H. le D* Relier ', nais vn grand nombre des pièces reproduites dans ces planches n'ont pas encore été publiées.

1 . Bourgade lacustre de l'ascienne HelTétîe. Les nombreux pilotis qui recouvrent la plupart des emplacements explorés ces dernières années, la description des demeures des Poeoniois par Hérodote et l'existence d'habitations semblables chez des peuplades contemporaines justifient sufiQsamment cette reconstruction. La forme circulaire des cabanes, générale dans l'encienne Europe, est confirmée par les débris de revêtement en argile retrouvés sur quelques emplacements de la Suisse. Des huttes de Tonne carrée ont cependanl existé , dès le premier âge, en Irlande , en Suëde et ailleurs, aussi doit-on reconnaître que les constructions ont pa présenter des variétés à la même époque, dans le même pays et sur le môme lac. La bourgade deWauwyl difTérait de celle deHeileo, et le radeau ou la demeure Bottante parait avoir existé sur le Luissd, à oftté des habitations sur pilotis '. Quoi qu'il en soit, ce dessin, que je dois à r(d>ligeaBce de H. Cb. Gaudin, représente le goure i^^dominsnt 'des constructions laoasires de la Suisse, si l'on admet qne la plupart des cabanes étaient circulaires.

S. Coupe d'un emplacement de l'âge de la pierre. — A. Eau du

peu à peu par l'action de l'eau, ont généralement été conservés par le terrain dans lequel on les a plantés; parfois ils sont recouverts d'une couche de limon ou de tourbe, et^ sur quelques points, cette dernière a envahi les eaux de manière à combler les anciens bassins en tout ou en partie. (Pag. 27, 70, 85, etc.)

On comprend qu'on ne saurait mettre en doute l'antiquité des débris de la couche C, lorsqu'ils sont recouverts d'un lit de tourbe ou de limon qui ne contient aucun objet d'industrie. Cette observation est importante pour montrer que les céréales et les ossesements d'animaux domestiques mélangés à de nombreux instruments exclusivement en pierre et en os^ remontent à l'ftge primitif.

3. Plan d'un emplacement de l'ftge du bronze. (Voir la coupe PI. n, fig. 4.) Quand les emplacements de la deuxième période sont à l'abri des alluvions des torrents ou des formations tourbeuses, les pilotis font encore saillie d'un à trois pieds et môme plus audessus du fond du lac. On voit à travers les eaux transparentes des pièces de bois couchées sur le limon, des vases ou des débris de. poterie disséminés çà et là, et parfois un canot à moitié ensablé V Pour peu que le fond soit caillouteux, on distingue même des hachettes, des anneaux, des épingles et divers instruments qui n'ont pas été enfouis malgré les siècles nombreux depuis lesquels ils sont tombés à l'eau. {Observations kydrolagiqtm. Pag. ilO à iU.)

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