VI AYANT-PROPOS
Peut-être se demandera-t-on si la publication d'un ouvrage systématique sur ces découvertes récentes n'est pas quelque peu prématurée. On voit en effet se multiplier chaque année le nombre des emplacements occupés par les peuplades lacustres, dont on commence à retrouver les traces depuis le sud jusqu'au nord de l'Europe. De nouveaux renseignements s'ajouteront à ceux qui ont été recueillis, mais on possède déjà un ensemble de faits suffisant pour prévoir les résultats de recherches ultérieures.
Les antiquités lacustres à elles seules permettraient difficilement d'arriver à des données positives sur les peuples auxquelles elles remontent, si on ne les rattachait pas aux monuments tumulaires qui recouvrent les mêmes débris d'industrie. Les sépultures de l'antiquité ont été l'objet de nombreuses recherches, et les découvertes faites récemment dans les lacs viennent confirmer les inductions tirées d'un autre ordre d'observations. C'est par l'étude des tombeaux que les antiquaires du Nord ont constaté les conquêtes successives de l'industrie, qui débute par l'emploi de la pierre à laquelle succède le bronze, travaillé longtemps avant de savoir utiliser le fer. Les emplacements lacustres présentent déjà à cet égard des résultats parfaitement identiques.
Avant 1841 , j'avais établi la même classification pour les sépultures du canton de Vaud, antérieures à l'ère
AVANT-PROPOS. Vil
chrétienne1. On a pu, pendant plusieurs années, envisager ces déductions comme prématurées, mais, aujourd'hui, aucun observateur sérieux ne saurait douter que la Suisse n'ait eu son âge de la pierre, de même que les pays du Nord. Les armes, les ornements et les ustensiles de l'antiquité déposés dans les tombeaux, ou perdus dans les eaux, sont les produits d'un genre de culture analogue dont les divers degrés répondent bien plus à des époques différentes de développement qu'à des individualités nettement distinctes pendant la même période. Les débris des habitations lacustres complètent donc ceux que renferment les sépultures, et ces dernières présentant des modes variés qui proviennent de religions diverses et par conséquent de peuples différents, permettent de rechercher l'origine des familles habituées à élever leurs demeures au-dessus de la surface des lacs.
C'est en suivant cette classification, d'après la matière prédominante dans l'industrie, que j'ai groupé
1 Description des tombeaux de Bel-Air. — Quelques mots sur les antiquités du canton de Vaud, pag. 11 et suivantes. Zurich 1841. — Etant étudiant, lorsque j'écrivis cette notice, les travaux des antiquaires du Nord m'étaient entièrement inconnus, mais, en recherchant les divers genres d'antiquités du canton de Vaud, pour déterminer la période à laquelle devaient remonter les tombeaux de Bel-Air, j'avais été conduit à reconnaître que l'époque la plus ancienne était celle pendant laquelle on ne possédait que des instruments en pierre et en os. Je m'assurai en môme temps que plusieurs tombeaux ne contenaient que des objets en bronze qui caractérisaient une deuxième période. Enfin j'envisageais déjà, comme antérieures à la domination romaine en Hclvétie, plusieurs sépultures qui renfermaient le fer et le verre.