‹ Haeckel et la théorie de l'évolution en Allemagne (volume 2)Chapitre 33 sur 74 · VERS · texte numérisé non relu

VERS

La classe des vers offre, au point de vue de la classification, de très-grandes difficultés. Elle contient, en effet, un grand nombre de ramifications divergentes, dont les unes se sont développées comme formes indépendantes de vers, tandis que les autres sont devenues les formes primitives des autres classes d'animaux. Une autre source de difficultés, c'est que

presque aucun ver n'a été conservé à l'état fossile. La classe des vers a été de tout temps la chambre de rebut des zoologues ; ils y ont rejeté tous les animaux qu'ils ne trouvaient pas moyen d'introduire dans les autres classes. Il est vrai que ce procédé est en quelque sorte légitimement fondé, attendu que, d'après la théorie généalogique de Haeckel, les vers auraient été la racine commune d'où seraient sortis tous les autres animaux.

Bien que dans chaque classe d'animaux il y ait, au bas de l'échelle, des organismes très-simples, ces derniers sont encore trop compliqués pour qu'on puisse les considérer comme le véritable point de départ de l'évolution ; il faut descendre, par conséquent, jusqu'à des êtres bien inférieurs encore. Comme l'embryologie nous apprend que chaque individu est sorti d'un œuf ou cellule, nous devons supposer par analogie que, dans le développement paléontologique, les espèces animales sont également issues de simples cellules ou de monères. Mais comment Combler l'intervalle pntre ces monères et les formes inférieures de vertébrés, de mollusques, etc.? Nous trouvons précisément parmi les vers un grand nombre de formes que nous pouvons, avec plus ou moins de vraisemblance, rapprocher des types les plus simples des classes supérieures; ainsi quelques entomozoaires et bryozoaires ont de l'analogie avec les mollusques ; les géphyrées et quelques annélides nous conduisent aux échinodermes, et d'autres annélides aux arthropodes. Enfin les tuniciers peuvent être considérés comme l'origine des vertébrés.

Haeckel prend soin d'avertir que le système de classification qu'il propose pour les vers ne doit être considéré que comme provisoire. 11 les divise d'abord en deux groupes principaux : les acœlomiens et les cœlomiens ; les premiers ne possèdent encore, comme les zoophytes, qu'une seule cavité, la cavité digestive {Gastrula) ; ils n'ont pas de sang. Les derniers -possèdent, au contraire, une seconde cavité {Cœlom) renfermant du sang, et destinée à devenir, par une

suite de transformations, la cavité pleuro-péritonéale âes vertébrés.

Tableau généalosl^ue des Yers

Thnliacées.

Ascidies.

Géphyrôe. .

Nemathelminthes.

Kotiféres

\ Cœlomata.

Bryozoaires. Tumciert.

Annëlides.

Bimatega.

Rhynchocœliens

Cestodes.

Trémato4iBs.

Bilfi

Turbellariés.

Platy helminthes.

ACŒLOMATA.

Gastrœa.

Plaoulata.

Amœbes.

Monère?,

Les vers acœlomiens dérivent immédiatement de la Gastrœa, Ils comprennent les archelminthes et les platyhelminthes : les formes les plus anciennes des derniers paraissent être les turbellariés, d*où sont sortis les trématodes, forme parasite, qui elle-m^me aurait, suivant Haeckel, donné naissance aux cestodes.

Les cœlomiens se subdivisent en némathelminthes ou vers à forme cylindrique, dont la plupart sont des parasites,

géphyrées ou vers étoiles, annélides, rhynchocœliens, rotifères, et himatègues ou vers à sac. »

Les vers à sac comprennent les bryozoaires et les tuniciers. Avant Haeckel on les rangeait ordinairement parmi les mollusques ; mais notre auteur fait observer que les tuniciers ressemblent plutôt à des vertébrés qu'à des mollusques, et que les bryozoaires paraissent marquer la transition entre les vers et les mollusques. Les bryozoaires sont de petits organismes qui ressemblent à des mousses et vivent adhérents sur les pierres au fond de la mer ; on les a quelquefois considérés comme des plantes; mais comme ils ressemblent aussi à de jeunes mollusques, on a lieu de croire qu'ils sont analogues aux vers primitifs dont les mollusques sont sortis. Les tuniciers ont un manteau formé d'une matière semblable à la cellulose des plantes; leur corps n'a aucun appendice. Aussi ne soupçonnerait-on pas de prime abord leur ressemblance avec les vertébrés qui a été signalée par Kowalewski : d'après cet anatomiste, le développement de plusieurs de ces vers (Ascidiaj Phallusia) offre les rapports les plus frappants avec celui d'un vertébré inférieur, VAmphioxus lanceolatus ; les ascidiens, possèdent aussi dans leur jeunesse une ébauche de moelle épinière et de chorda dorsalis (1).

(1) Dans sa savaute étude sur les Ascidies composées ou Synascidies^ M. A. Giard a combattu, au nom de la théorie de l'évolution elle-même, cette idée de la parenté des tuniciers avec les vertébrcp. « Cette idée, dit-il, qui a séduit Huxley et que le professeur Haeckel a accueilli avec plus d'empressement que Darwin lui-même, cette idée si bien en harmonie avec le mouvement scientifique actuel, est-elle solidement établie et suffisamment démontrée? Nous ne le pensons pas, et nous croyons même qu'elle doit être désormais rejetée par tout partisan sérieux de la théorie de l'évolution. »

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