L. DUHONT
lion chimique du corps, et d'une force plastique externe résultant de l'influence du milieu. Par conséquent, si la croissance et la conformation sont des procédés de la vie, il n'y a pas de raison pour refuser d'attribuer la vie au monde inorganique, aussi bien qu'aux organismes.
Du moment où cette unité de la nature organique et de la nature inorganique est bien établie, le problème de la génération primordiale ou spontanée offre beaucoup moins de difficultés. Si les essais que l'on a tentés jusqu'à ce jour pour produire expérimentalement des générations spontanées n'ont pas abouti à des résultats positifs, il faut simplement en conclure que l'on ne connaît pas encore les conditions dans lesquelles elles peuvent avoir lieu, conditions que d'ailleurs on ne saurait peut-être renouveler aujourd'hui. Il est évident que toute la matière qui est devenue organique a dû, à l'époque où la terre n'était pas suffisamment refroidie, se trouver mêlée à l'atmosphère sous une forme que nous ignorons. Comment pourrions-nous reproduire dans nos laboratoires, d'une manière complète, toutes les relations chimiques, électriques et autres de cette atmosphère primitive? Cependant l'ancien préjugé d'après lequel les combinaisons organiques ne peuvent être créées que par des organismes, s'est dissipé dans ces dernières années, depuis que Wœhler a réussi, à Gœttingue, en 1828, à fabriquer un corps essentiellement organique, l'urée, avec de simples combinaisons de cyanure et d'ammoniaque, et que d'autres chimistes sont parvenus à produire, par des procédés analogues, d'autres matières organiques, telles que l'alcool, l'acide acétique, l'acide formique, etc. Les combinaisons de carbone, que l'on a déjà obtenues artificiellement, donnent lieu d'espérer que l'on ne tardera pas à produire la plus importante de toutes, la matière du plastna ou l'albumine.
Mais les plus puissants arguments en faveur de la génération spontanée sont fournis par l'étude des monères, les plus simples de tous les organismes, qui ont été l'objet d'une monographie spéciale de Haeckel. On en connaît sept espèces qui
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vivent, les unes dans l'eau douce, les autres dans la mer, consistant toutes en de petites masses informes de combinaisons albumincuses de carbone, et ne différant les unes des autres que par leur mode de reproduction, de développement et de nutrition. Comme ces êtres ne présentent aucune complication de parties diverses, aucune division de fonctions ni d'organes, comme tous les phéomènes de la vie y procèdent d'une manière homogène et sans forme déterminée, leur génération spontanée est très-facile à concevoir. Il y en a même une espèce qui aujourd'hui encore parait naître spontanément : c'est celle qui a été découverte par Huxley et décrite sous le nom de Bathybius Haeckelii; elle habite la mer à des profondeurs de 12 000 ou 2Z| 000 pieds; elle y couvre le sol, tantôt sous la forme d'un réseau de cordons de plasma, tantôt sous la forme de petits las. Le nucleus parait s'y former par une condensation locale de la matière albumïneuse, et la monère devient une cellule. Comme on a vu plus haut que tous les animaux et toutes les plantes ont leur point de départ dans une cellule, il est permis de supposer que toutes les espèces ne sont que des monères graduellement modifiées par la sélection naturelle.
On voit que toutes les vues de Hacckel reposent sur la théorie des cellules telle qu'elle a été formulée par Schleiden et Schwann. Haeckel toutefois dislingue deux éléments : les cytodes et les cellules proprement dites ; il réunit ces deux éléments sous la dénomination générique de plastides : les cytodes sont des parcelles de plasma sans nucléus, tandis que les cellules sont les plastides douées de nucleus; chacune de ces deux espèces se subdivise à son tour en deux groupes, suivant qu'elles sont ou ne sont pas enveloppées d'une membrane extérieure. De là quatre formes de plastides : 1° les cytodes nues ou primitives, semblables aux monères actuellement vivantes, les seules qui puissent provenir directement d une génération spontanée; 2» les cytodes à membranes ijepocytoda), provenant des cytodes nues au moyen d'un epaississement de la portion extérieure du plasma ; les cel-
Iules nues ou primitives, provenant des cytodes nues par l'épaississement d'une portion intérieure du plasma; et enfin W les cellules à membrane, provenant, soit des cytodes à membranes par la condensation intérieure du nucléus, soit des cellules nues par la formation extérieure d'une membrane.
De deux choses l'une : ou bien les monères actuellement connues descendent par voie de propagation de monères primitives et ont conservé la môme forme depuis des millions d'années; ou bien, aujourd'hui encore, comme aux plus anciens jours de l'organisation, elles doivent leur existence à des actes répétés de génération spontanée. Cette dernière hypothèse n'est à aucun égard moins vraisemblable que la première.