‹ Haeckel et la théorie de l'évolution en AllemagneChapitre 35 sur 36 · MIGRATIONS ET FILIATION DES RACES HUMAINES · texte numérisé non relu

MIGRATIONS ET FILIATION DES RACES HUMAINES

Les anthropologistes sont divisés en deux grands partis : celui des monogénistes qui affirment l'origine unique de toutes les races humaines, et celui des polygénistes qui leur attribuent des origines différentes. Si l'on se place au point de vue le plus large, il est évident que les monogénistes doivent avoir raison : car en supposant que la transformation de singes en hommes se soit produite plusieurs fois, il n'en est pas moins vrai que ces singes eux-mêmes descendent tous d'un point de départ commun ; de sorte qu'il ne peut être question, entre les races humaines, que d'un plus ou moins grand éloignement dans les degrés de parenté. Si l'on prend au contraire les mots dans le sens le plus étroit, c'est l'hypothèse polygéniste qui paraît la plus conforme à la vérité ; le développement du langage articulé étant l'acte principal du progrès humain et les différentes races humaines pouvant être distinguées d'après leurs langues, on peut dire que ces races se sont développées indépendamment les unes des

autres, comme leurs langues, et qu'elles sont sorties séparément des hommes-singes encore dénués de la faculté de parler.

Quand on dit, avec les monogénistes, que tous les hommessinges ou tous les singes anthropoïdes sont issus d'une origine commune, cela ne signifie en aucune manière que tous les hommes ou tous les ancêtres de l'homme soient sortis d'une seule paire ou d'un couple d'individus. Autant vaudrait dire que tous les Allemands ou tous les Français, tous les chiens de chasse ou tous les chevaux de course descendent d'une paire unique. Pour former une espèce nouvelle, il faut un long enchaînement d'individus différents. En supposant que nous ayons devant les yeux tous les couples de singes anthropoïdes et d'hommes-singes qui sont au nombre des ancêtres de l'homme, il serait impossible, sans tomber dans l'arbitraire le plus grossier, de désigner l'un d'eux comme ayant été véritablement la première paire. On ne peut pas admettre davantage de première paire pour les douze races ou espèces que Haeckel distingue dans l'humanité.

La question des lieux qui ont vu naître l'humanité et où s'est opérée la transformation des singes anthropoïdes en hommes-singes et des hommes-singes en hommes, ne peut être tranchée que d'une manière hypothétique. Un grand nombre de faits donnent ù supposer que le berceau de notre espèce a été un continent actuellement disparu sous l'océan Indien, et qui probablement se rattachait d'un côté au sud de l'Asie, de l'autre côté à Madagascar et au sud-est de l'Afrique. Ce pays a été désigné par l'Anglais Sclater sous le nom de Lemuria, à cause des singes (lémuriens) qui le caractérisaient et se retrouvent encore aujourd'hui dans les îles de cette région.

Nous ne connaissons jusqu'à présent aucun reste fossile de l'homme primitif (Homo primigenius); mais si l'on compare les races inférieures d'hommes à cheveux laineux et les espèces supérieures de singes anthropoïdes, on est conduit à admettre que l'homme primitif devait réunir tous les carac-

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tores intermédiaires entre ces deux formes. Il devait être très-dolichocéphale et prognathe ; sa chevelure était très-laineuse; sa peau, d'une couleur foncée, brunâtre ou noirâtre. Il devait avoir sur le corps entier plus de poils que les espèces actuellement vivantes. Ses bras devaient être en proportion plus longs et plus forts ; ses jambes, au contraire, plus courtes et plus grêles; les mollets devaient être complètement absents ; la démarche ne devait être qu'à demi droite, avec les genoux fortement recourbés en dedans.

Pour classer les types humains, Haeckel s'appuie en partie sur les derniers résultats des études linguistiques, en partie sur ceux de l'anatomie comparée. En philologie, il cite particulièrement les excellents travaux d'Auguste Schleicher (Sur la signification du langage pour l'histoire naturelle de l'homme, 1865; La théorie de Darwin et la science du langage, 1863), ceux de Wilhelm Bleek (De l'origine du langage, 1868, avec une préface de Haeckel) et du philologue autrichien Friedrich Mueller, qui, dans son Ethnographie (1868), place les différences de langage au premier rang parmi les signes distinctifs des races et des familles humaines.

Parmi les caractères fournis par l'anatomie comparée, Haeckel, contrairement à la plupart des naturalistes, n'attache que peu d'importance à la forme du crâne (dolichocéphales, brachycéphales, mésocéphales) et à celle des mâchoires (prognathes et orthognathes). On trouve, en effet, chez les individus d'une même race, par exemple chez les méditerranéens, les formes de crâne les plus opposées.

C'est principalement à la chevelure que Haeckel emprunte les bases de sa classification. Il divise les hommes en ulotriches (races à cheveux laineux), et lissotriches (races à cheveux lisses).

Tous les ulotriches sont dolichocéphales et prognathes. Tous habitent l'hémisphère méridional ; en Afrique seulement ils dépassent l'équateur; ils se rapprochent beaucoup plus des singes que les lissotriches; ils paraissent incapables

d'une haute culture intellectuelle et d'une civilisation supérieure. Ils se subdivisent en lophocomes ou hommes à cheveux bouclés, et ériocomes, dont la chevelure est uniformément répandue sur toute la tête. Les ulotriches lophocomes comprennent les deux races des Papous et des Hottentots.

(I). — Les Papous ont la peau d'un noir qui tire tantôt sur le brun, tantôt sur le bleu. Les boucles de leurs cheveux laineux ont quelquefois un pied de longueur, de manière à former une forte et large perruque. Leur front est petit et déprimé ; leur nez gros et retroussé ; leurs lèvres épaisses et renversées. Ils habitent encore aujourd'hui la Nouvelle- Guinée et les îles de la Mélanésie ; on en retrouve aussi des restes isolés dans la presqu'île de Malacca, dans les parties montagneuses des îles du grand archipel Pacifique, et notamment dans les Philippines. Les Tasmaniens de la terre de Van Diémen sont aussi des Papous. On peut conclure de ces circonstances que les Papous ont été primitivement répandus sur un plus large espace au sud-est de l'Asie ; ils ont été supplantés par les Malais et refoulés vers l'est.

(II). — Les Hottentots ont les boucles de leurs cheveux crépus disposées en brosse. Leurs femmes, comme celles des Papous, offrent dans la partie postérieure une disposition particulière à l'accumulation de grosses masses graisseuses (Steatopygia). Les Hottentots ont la peau plus claire que les Papous, tirant sur le jaune brun. Leur visage est caractérisé par un front et un nez petits, avec de grosses narines ; la bouche est très-large, avec des lèvres épaisses ; le menton petit et pointu. Une des particularités de leur idiome est la prédominance des sons qui proviennent du claquement de la langue. Les Hottentots n'habitent plus que l'extrémité méridionale de l'Afrique ; mais on a lieu de supposer que primitivement ils eurent une bien plus grande extension.

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Les ulotrichcs ériocomes comprennent les Cafres et les Nègres.

(III). — Les Cafres ont une peau qui présente toutes les nuances depuis le brun jaune des Hottentots jusqu'au noir pur des Nègres.- Leur visage est long; leur front haut et bombé; le nez proéminent et infléchi; les lèvres peu saillantes; le menton pointu. Tous les idiomes cafres dérivent d'une langue morte, le bantou. Autrefois on attribuait aux Cafres une très-faible extension, et on les considérait simplement comme une variété de Nègres ; mais aujourd'hui on leur rattache toute la population du sud de l'Afrique, à l'exception des Hottentots, et en particulier les peuples du Zoulou, du Zambèse, de Mozambique, du Congo, les Deschuaniens, etc.

(IV). — Les Nègres ont la peau qui offre au toucher une sensation particulière de velouté et exhale une odeur désagréable. Leur front est plus aplati et plus bas que celui des Cafres; ils ont le nez large et pointu, peu saillant; les lèvres fortement renflées et le menton très-court. Les véritables nègres sont caractérisés par le manque complet de mollets et de très-longs bras. Cette race a dû se diviser de très-bonne heure en nombreuses tribus ; car il est impossible de ramener leurs langues diverses à une langue primitive. Depuis qu'on les a distingués des Cafres et des Nubiens, on assigne aux Nègres une bien moins grande extension qu'auparavant. Ils sont à peu près renfermés entre l'équateur et le tropique du Cancer.

Haeckel subdivise les hommes à cheveux lisses (lissotriches) en huit races, dont cinq à cheveux droits (euthycomes), et trois à cheveux bouclés (euplocomes).

Les euthycomes comprennent les Australiens, les Malais, les Mongols, les Américains et les peuples arctiques.

(V). — Au plus bas degré de l'échelle des races à cheveux lisses se placent les Australiens. Ils ont la peau noire ou d'un

Cor£o-Japonais, Indo - Chinois.

Oural-Altaïens

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*— Coroensiens.

( Chinois.

! Tlilbétains.

( Siamois.

■ Japonais,

Altaï sus.

Ouraliens.-

f — (X). Djuyidas. — Décanieue.

(XI). Nuriekp. — Dongolai?.

I(YIII) Américains.

(IX). Arctiques. — Hyperboréens. — Esquimaux. Ton couses.

Knlmouks.

T&tars — Turcs, f Finnois. — Magyars.

\ Bamoyèdes.

— Singalais.

— Foui ah s.

Éthiopiens. î Qn a '' \ Soniali, I Bedscha.

Galla.

Nouvoanx Égyptiens (Coptes)

Marocain Berbères.

Libyens.

|Mésopotamiens

\ Kabyles. —

^ Tripolitafns,

Touaregs.

Phéniciens primitifs.

( Sehuluhs.

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f Tunisiens.

' ( Algériens.

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(Phéniciens primitifs Babyloniens.

Assyriens.

( Arameens — \ f :, , .. c

\ { Chaldeens. — 5

ï „ .. ( Phènieiens.

Un«aamlcs.-J J|lira mn , mx

— Samaritains

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\ ( Ilimyaritos. — Abyssiniens

(Arabes du Nord. — Maures.

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Tchèques.

~ooais.

* \BaltiLpies

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( ( Eetles.

\ Anciens Prussiens,

f Scandinaves.

Goths.

1 Allemands.

Bas-Allemands ou Allemands du Nord

Hauts-Allemands,

Saxons.

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Anglo-Saxons.

p ** ( Bas-Allemands Ç S [ Pays-Bas.

Aryens.

£ Indiens.

( Iraniens.

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Gréco -Romains.

£ Albanais.

(Grecs.

l Italo-Celtes,

f Romains i Lntîns.

(Gallois.

\ Bretons. J

| Irlandais.

( Vieux Écossais.

Vieux Bretons.

Gaulois.

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brun noirâtre comme les nègres d'Afrique ; ils sont, comme eux, dolichocéphales et prognathes; ils ont le front rentrant, le nez large, les lèvres épaisses et saillantes; ils manquent complètement de mollets. Mais ils se distinguent des Nègres et des Papous, leurs voisins, par un squelette plus faible et plus fin, et par la chevelure qui n'est point laineuse. D'ailleurs l'infériorité corporelle et intellectuelle des Australiens n'est peut-être point primitive, il est possible qu'elle soit l'effet d'une décadence et résulte de l'adaptation aux conditions défavorables d'existence que présente l'Australie. Leurs langues peuvent se ramener à deux groupes, celles du nord et celles du sud.

(VI). — Les Malais sont la race brune de l'ancienne ethnographie. Il est probable qu'ils dérivent avec les Mongols et les races euplocomes d'une race éteinte et hypothétique que Haeckel appelle Promalais. A beaucoup d'égards, les Malais actuels tiennent le milieu entre les Mongols et les Méditerranéens. Leur crâne est le plus souvent brachycéphale, rarement mésocôphale et plus rarement encore dolichocéphale. Leur chevelure est unie et lisse et quelquefois seulement légèrement bouclée. Leur peau est d'un brun qui tire tantôt sur le jaune et tantôt sur le rouge. Ils ont le visage large, le nez saillant, les lèvres épaisses, leurs yeux ne sont ni aussi peu fe::d;is ni aussi obliques que ceux des Mongols. Malgré les diversités qu'on remarque entre eux, on déduit l'unité de leur origine de ce que tous leurs idiomes sont dérivés d'une seule langue primitive. On divise les Malais en deux branches : les Sondanésiens qui habitent la presqu'île de Malacca, l'archipel de la Sonde, les Philippines et l'île de Madagascar, et les Polynésiens qui sont répandus sur une grande partie do l'archipel Pacifique.

(VII). — Les Mongols ont la peau d'une teinte jaunâtre qui tire tantôt sur le blanc, tantôt sur le brun. Ils ont les cheveux noirs. Le crâne est brachycéphale chez la plupart et notam-

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ment chez les Kalmoucks et les Baskirs ; il est môsocéphalo chez les Tartares et les Chinois. Leur visage rond est caractérisé par des yeux étroits et obliques, des pommettes saillantes, un nez large et des lèvres épaisses. Tous leurs idiomes paraissent pouvoir être ramenés à une langue primitive ; cependant on peut les diviser en deux branches : l'une monosyllabique, l'autre polysyllabique. A la première appartiennent les langues des Chinois, des Siamois, des Birmans et des Tibétains ; à la seconde, celles des Coréens, des Japonais, des Altayens (Tartares, Turcs, Kirgises, Kalmoucks, Tongouses, Bourèles), et des Ouraliens (Samoyèdes, Finnois, Magyars).

(VIII). — La race des hommes arctiques ou polaires est une transformation de la race mongole, adaptée à des conditions particulières de climat. Ils ont, comme les Mongols, les yeux étroits et obliques et les pommettes saillantes, les cheveux noirs ; leur peau est tantôt blanchâtre ou jaune comme celle des Mongols, tantôt rouge comme celle des Américains. Ils ont la taille courte et trapue. Leurs langues sont très-peu connues, mais différentes de celles des Mongols et aussi de celles des Américains.

(IX). — La race américaine qui, à l'exception des Esquimaux, habitait seule le nouveau continent lors de sa découverte, est étroitement parente des deux races précédentes. Elle a le crâne tantôt dolichocéphale, tantôt brachycépliale, tantôt mésocéphale ; le front très-large et très-pelit, le nez gros et saillant, les pommettes saillantes, les lèvres plutôt minces qu'épaisses, les cheveux noirs, la peau ordinairement rougeâtre , quelquefois d'un brun jaune ou olivâtre. Les langues des peuples de cette race sont très-variées ; mais cependant d'une origine commune. La population de l'Amérique a dû venir du nord-est de l'Asie et descend de la même branche de la race mongole qui a donné naissance aux Esquimaux et aux Groenlandais. Des Polynésiens ont sans doute émigré aussi en Amérique et se sont mêlés aux peuples d'o-

16i LA THÉORIE DE L'ÉVOLUTION

rigine mongole. En tout cas, il est certain que la population du nouveau monde a dû provenir de l'ancien, car il n'a jamais existé en Amérique de singes catarrhins.

Les Euplocomes diffèrent des cinq races euthycomes par la barbe qui manque presque entièrement à celle-ci, et par une chevelure qui est légèrement bouclée au lieu d'être complètement droite et unie. Ils comprennent les Dravidas, les Nubiens et les Méditerranéens.

(X). — Les Dravidas paraissent être la souche primitive dont sont sortis tous les Euplocomes, peut-être môme tous les Lissotriches. Cependant ils ne sont plus représentés aujourd'hui que par les peuples du Dekhan au sud de l'Inde et par les habitants des montagnes du nord-est de Ceylan. Cette race paraît avoir des rapports de parenté avec les Australiens et les Malais d'un côté, avec les Mongols et les Méditerranéens de l'autre. Leur peau est d'un brun tantôt jaunâtre, tantôt noirâtre. Ils ont le visage ovale, leiront haut, le nez petit, les lèvres peu saillantes. Leur langage est mêlé aujourd'hui de nombreux éléments indo-germaniques, mais paraît être dérivé primitivement d'une tout autre origine.

(XI). — La race des Nubiens est d'un brun jaunâtre ourougeâtre, rarement noiràlre. Ils ont le visage ovale, le front haut et large, le nez et les lèvres peu saillants. Les Nubiens proprement dits habitent la région supérieure du Nil (Dongolah, Schangallah, Barabra, Kordofan). Hacckel rattache aux Nubiens les Foulahs ou Fellatahs que beaucoup d'ethnographes ont considérés sans raison, soit comme des Nègres, soit comme des Méditerranéens.

(XII). — Au sommet de toutes les races humaines se trouvent les Méditerranéens que l'on désigne ordinairement sous le nom de race caucasienne. Mais cette dernière dénomination doit être abandonnée, car les Caucasiens ne constituent qu'une des familles les moins importantes de cette

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race. Les Méditerranéens se distinguent par la couleur claire de la peau qui présente cependant toutes les nuances depuis le blanc pur ou le blanc rougeàtre jusqu'au jaune, au jaune* brun et munie au brun foncé ; ils ont la barbe plus forte que les autres familles humaines ; leur crâne est d'un développement très-large, le plus souvent mésocéphale, mais quelquefois aussi dolichocéphale et mésocéphale : cette race e,st la seule qui présente entre les différentes parties du corps ces proportions que nous avons l'habitude de considérer comme le type parfait de la beauté humaine. Ses diverses langues ne se laissent point ramener à l'unité, et l'on est obligé d'admettre pour ses différentes populations quatre idiomes primitifs. A ces quatre langues primitives correspondent quatre familles, parmi lesquels il en est deux, les Basques et les Caucasiens, dont il ne subsiste plus que quelques débris. Les deux autres races méditerranéennes sont les races sémitique et indo-germanique.

La race sémitique s'est partagée de bonne heure en deux branches, la branche africaine ou dyssémite et la branche asiatique ou Eusémites. La branche africaine a donné naissance aux Égyptiens et aux Éthiopiens ; la branche asiatique a produit les Arabes, les Juifs et les Araméens ; une colonie d'Arabes du Sud (Ilimyarites) a traversé le détroit de Bab-et- Mandeb et peuplé l'Abyssinie.

La race indo-germanique , qui s'est élevée au-dessus de toutes les autres races par son développement intellectuel, se divise en deux branches : les Aryo-Romains et les Slavo- Germains. Des Aryo-Romains sont sortis, d'un côté les Aryens (Indiens et Iraniens), de l'autre les Gréco-Romains (Grecs, Albanais, Italiens et Celtes). De la branche slavo-germanique sont dérivés d'un côté les Slaves (Russes et Bulgares, Tchèques et populations de la Baltique), de l'autre côté les Germains (Scandinaves et Allemands, Anglo-Saxons et habitants des Pays-Bas).

Le nombre des hommes qui vivent sur la terre est aujourd'hui d'environ 1350 millions, parmi lesquels 1200 millions

d'hommes à cheveux lisses et 150 millions seulement d'hommes à cheveux laineux. Les deux espèces qui ont atteint le développement le plus élevé, la race mongole et la race méditerranéenne, comptent chacune environ 550 millions d'individus. Suivant la loi de la concurrence vitale, les races supérieures et les mieux douées s'accroissent toujours aux dépens des races inférieures et moins bien partagées ; c'est ainsi que la race méditerranéenne, et en particulier la branche indo-germanique, étend de plus en plus complètement sa domination sur le monde entier. La race mongole est la seule qui paraisse capable de soutenir la lutte avec elle. Les races nègre, nubienne, dravidienne,caffrienne et malaise dans les pays chauds, la race arctique dans les régions polaires, doivent leur conservation à leur adaptation plus complète aux climats extrêmes ; mais les quatre races des Papous, des Hottentots, des Américains et des Australiens sont en pleine décroissance et exposées à une extinction plus ou moins prochaine. « La race indo-germanique, dit Haeckel en terminant, est celle qui s'est le plus éloignée de la forme originelle des hommes-singes. Des deux branches de cette race, c'est la branche romaine (gréco-italo-celtique) dont la civilisation a été prédominante pendant l'antiquité classique et le moyen âge, tandis qu'aujourd'hui c'est la branche germanique. A la tête se placent les Anglais et les Allemands qui, par la découverte et le développement de la théorie de révolution, viennent de poser les bases d'une nouvelle période de haute culture intellectuelle. La disposition de l'esprit à adopter cette théorie, et la tendance à la philosophie monistique (panthéiste) qui s'y rattache, fournissent la meilleure mesure du degré de développement intellectuel de V homme. »

Ces dernières lignes feront probablement sourire quelquesuns de nos lecteurs. Haeckel a voulu évidemment finir son livre par une flatterie à l'adresse de la vanité nationale du peuple allemand. Mais il n'est pas possible de considérer l'adoption d'une idée ou d'une philosophie comme le signe

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exclusif de la prépondérance d'une nation. La civilisation est un fait plus compliqué que cela. En se plaçant toutefois au point de vue de l'auteur, il serait juste de faire observer que la France, par ses naturalistes du xvm° siècle, et surtout par Lamarck, a contribué plus que l'Allemagne à la découverte de la théorie de l'évolution ; elle n'a pas encore ouvert au darwinisme l'enseignement officiel, mais elle lui laisse prendre de jour en jour une plus large part dans sa littérature et sa philosophie. D'un autre côté, c'est la première fois que nous entendons parler de la tendance moniste de l'Angleterre ; quand les Anglais s'écartent du déisme traditionnel, c'est pour se jeter dans un système qui, loin de tout confondre dans l'unité absolue, réduit la conscience en poussière et le monde extérieur en atomes ; ils ont une disposition bien plus marquée pour le matérialisme et l'athéisme que pour le monisme. L'Allemagne est le seul pays véritablement panthéiste de l'Europe ; elle est redevable à celte tendance de sa supériorité dans toutes les sciences historiques ; mais malheureusement ces avantages sont compensés par l'abus des méthodes à priori et une sorte de mysticisme qui corrompt toute sa littérature : les matérialistes d'outre-' Rhin, tels que Bûchncr, etc., lorsqu'ils s'occupent de questions morales ou politiques, tombent eux-mêmes dans un sentimentalisme outré qui les conduit à des utopies fort difficilement conciliables avec la théorie de la concurrence vitale et de la sélection naturelle.

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