‹ Haeckel et la théorie de l'évolution en AllemagneChapitre 9 sur 36 · LA LUTTE POUR L'EXISTENCE · texte numérisé non relu

LA LUTTE POUR L'EXISTENCE

la sélection artificielle de l'éleveur et du jardinier. Et il a trouvé qu'en effet la lutte pour l'existence, résultant de la force des choses, peut produire des résultats semblables. L'activité intentionnelle de l'homme produit, par une sélection volontaire des variétés et des races nouvelles; de même les forces naturelles produisent, par une sélection toute naturelle c'est-à-dire involontaire, des formes et des espèces nouvelles.

Malthus avait démontré que le nombre des individus qui auraient pu être engendrés par une espèce organique était toujours infiniment plus grand que le nombre de ceux, qui vivent réellement à un moment donné. Il y a toujours une différence énorme entre le nombre des œufs produits par un individu, et le nombre d'êtres vivants qui se trouvent réellement descendre de cet individu. Cela tient à ce qu'un certain nombre des individus engendrés a succombé ; chaque organisme est en effet, dès le commencement de son existence, en lutte avec des influences ennemies, avec d'autres organismes auxquels il peut servir de nourriture, avec les circonstances extérieures de température et surtout avec les organismes de même espèce qui lui disputent sa nourriture et ses moyens d'existence. Comme la quantité de subsistances pour chaque espèce est nécessairement limitée, les êlres les plus faibles, les moins heureusement doués pour la lutte, doivent être vaincus et s'éteindre. De là un choix naturel, une sélection, la formation d'une élite au sein de chaque espèce vivante. Les individus de chaque génération doivent reproduire toutes les qualités qui avaient valu à leurs parents l'avantage de triompher et de survivre dans cette lutte pour l'existence. Aussi les changements produits par la sélection sont tous à l'avantage de l'homme, quand il s'agit d'une sélection artificielle; ils sont tous à l'avantage de l'organisme lui-même, quand il s'agit d'une sélection naturelle.

La sélection naturelle est nécessairement beaucoup plus lente que la sélection artificielle. Cela tient à ce que l'homme peut apporter à l'isolement des modifications successivement

obtenues des soins dont la nature fournit rarement l'équivalent. L'homme ne permet point le croisement entre les nouvelles formes qu'il est parvenu à reproduire et les individus qui n'ont pas offert la modification. Il en est autrement dans la nature où les individus changés peuvent toujours se reproduire avec des individus non changés ; et de ce croisement naissent nécessairement des formes mitoyennes qui sont moins modifiées que celles qui naissent, en vertu de la sélection artificielle, des seuls individus qui ont varié suivant une direction déterminée. Dans la nature, ce croisement des formes nouvelles avec les formes anciennes ne peut-être empêché que dans le cas où une partie de l'espèce, celle précisément qui a offert les modifications, s'isole du reste par une émigration, ou bien s'en trouve séparée par des obstacles tels que les mers, les montagnes, etc.

Les adversaires superficiels et irréfléchis de Darwin ne se lassent point de répéter que sa théorie de la sélection est une pure hypothèse dont il faudrait tout d'abord fournir la preuve. Mais c'est là une assertion sans aucun fondement. Darwin n'a recours, pour la formation d'organismes nouveaux, à aucune force inconnue ; il n'a besoin que de ces faits déjà connus et communs à tous les organismes : l'hérédité et la variabilité ou adaptation aux circonstances. Tous les physiologistes savent que ces deux fonctions sont entièrement unies à la reproduction et à la nutrition et ne sont, comme tous les autres phénomènes de la vie, que des procédés mécaniques, c'est-à-dire résultant des mouvements de la manière organique. Le fait que la combinaison de ces deux fonctions produit une lente transformation des types organiques, et donne par là naissance à des variétés et des espèces nouvelles, est une conséquence nécessaire de la lutte pour l'existence. Cette lutte elle-même n'est pas un fait plus hypothétique que l'hérédité et la variabilité ; c'est au contraire une conséquence mathématiquement nécessaire du nombre limité des places dans le domaine

JH

Page 1