PRÊTRE AMIÉNOIS
t VI* Siècle.
La tradition qualifie S. Lupicin de curé de Sains, tandis que le récit de l'invention de S. Fuscien lui donne le titre de prêtre amiénois (ambianensium urbis presbyter) . Ce pieux personnage ne nous est connu que par la découverte qu'il fit, en 555, des reliques de S. Fuscien et de S. Victoric. Nous renvoyons nos lecteurs à ce que nous avons dit à se sujet dans nos biographies de S. Fuscien et de S. Honoré*.
Il n'a jamais été honoré d'un culte public et sa sainteté n'est constatée que par le témoignage des anciens historiens de S. Fuscien et par une sorte de tradition.
Le P. Daire, dans son Histoire ins, du doyenné de Moreuil, nous dit que c on conserve sa tête dans le village de Pustin {sic), au comté de Namur ; les fidèles y vont avec confiance implorer son intercession. »
M. Ch. Salmon a demandé, en 1857, des renseignements à ce sujet à M. le curé de Lustin et en a
* Voir tome ii, p. 316, et tome m, p. 43.
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reçu la lettre suivante qu'il a bien voulu me communiquer :
a Monsieur,
a En réponse à votre lettre, du 26 août dernier, j'ai l'honneur de vous transmettre les renseignements à ma connaissance, touchant S. Lupicin, patron de ma paroisse.
a Outre le chef et une relique renfermée dans un bras de bois, nous possédons une châsse, également en bois, remplie de saints ossements, quorum major pars censetur esse S, Lupîcini^ dit Tauthentique. Les reliquaires contenant ces restes précieux ne sont ni bieri anciens ni bien précieux. La tète que je donne à baiser et que je place sur celle des fidèles, est enveloppée de velours avec broderie, sauf un petit endroit recouvert de verre. La châsse, assez grossièrement travaillée, représente les miracles opérés par rintercession de notre Saint et spécialement celui d'une superbe fontaine, qui ne tarit jamais.
a Le buste et la statue du S. Patron, en costume d'évéque, ont fait penser avec raison que c'est celui-là même dont parle le Martyrologe romain à la date du 3 février : Lugduni^ S. Lupicini, episcopi. Aussi est-ce à pareil jour que nous célébrons sa fête et que j'ai la consolation de voir presque tous mes paroissiens s'approcher des sacrements, pour gagner l'indulgence de la Confrérie érigée en son honneur d'abord par Alexandre VII et renouvelée par Grégoire XVI.
a Sans être le patron du pays, S. Lupicin y est en grande vénération et, chaque dimanche de l'été, des pèlerins assez nombreux viennent l'invoquer contre les maux de tête. Mais le grand jour du pèlerinage est le lundi de la Pentecôte, parce qu'il est, je pense, l'anniversaire de la dédicace de l'église qui n'existe plus, mais est remplacée par une nouvelle, dont je n'ai pas encore pris possession. « Lorsqu'en 1841, Mgr notre Révérendissime Évéque
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voulut relever le culte des Saints propres au diocèse, il me fît demander ce que je savais de S. Lupicin, dont on faisait autrefois commémoration dans l'office canonial. N'ayant pas alors les données que j'ai retrouvées depuis, on a dû laisser notre Saint dans l'oubli *, d'autant plus que le 3 février nous avons encore à honorer S. Biaise et S. Hadelin, dont la vie est plus connue. Par là, vous comprenez que nous n'ayons ni légende, ni vie imprimée ou même manuscrite de notre S. Patron.
oc Toutefois, en repassant les papiers de la cure, j'ai mis la main sur un vieux sermon qui, m'a appris certains détails sur la vie de S. Lupicin et que je me fais un véritable plaisir de vous communiquer.
« L'auteur le fait naître en Angleterre, de parents nobles et chrétiens qui, voyant ses heureuses dispositions, l'envoyèrent en Irlande où déjà s'étaient formées plusieurs communautés religieuses. Là, notre Saint fit de grands progrès dans la vertu et songea à apprendre la langue latine pour être élevé au sacerdoce. La sainteté de sa vie, son zèle, les miracles qu'il opérait, attiraient une foule de fidèles, avides d'entendre sa parole. Idolâtres et chrétiens l'avaient en singulière estime et lui donnaient toutes sortes de louanges; mais, son humilité ne pouvant les supporter, il se retira dans la solitude. Dieu qui avait d'autres desseins sur lui, lui ordonna delà quitter, et,versleVI' siècle,notre Saint s'embarqua avec plusieurs de ses compagnons pour évangéliser les Gaules. A peine est-il débarqué qu'il prêche l'évangile de J.C., et avec tant de succès qu'il convertit en peu de temps une multitude d'infidèles. Cependant sa dévotion le porte à visiter Rome, où sa piété le fait bientôt remarquer. On l'y sacre évéque,et le Saint-Père,qui le reçoit avec beaucoup d'honneur, lui confie l'Église de Lyon, où il trouve à combattre l'idolâtrie etl'arianisme. Quoiqu'on butte à la malignité et à la méchanceté des hommes, le Sei-
* Le nom de S. Lupicin ne se trouve pas en effet dans le Propre actuel du diocèse de Namur. Il était inséré au 3 février dans le Propre publié en 1617 par Tévêque Jean Dauvin.
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gneur ne laisse pas de bénir ses travaux apostoliques et se sert de son ministère pour la conversion et le salut de bien des âmes. Mais, s'étant attiré la haine^du Roi, par sa liberté évangélique à attaquer l'arianisme, il dut se retirer après avoir résigné son évéché à S. Rustique II quitte alors Lyon, vient en Picardie, réside à Amiens où il exerce son zèle pour la gloire de Dieu et le salut de ses frères. Après y avoir séjourné quelque temps, il vint évangéliser le Hainaut, et enfin, plein démérites et de bonnes œuvres, il arrive dans nos environs où il choisit une grotte pour s'y préparer à la mort, grotte connue ici sous le nom de Grande Église et dans laquelle a été déposé, pendant environ cent ans, le corps de S. Foillan, frère des SS. Ultan et Fursy, pour le soustraire aux ravages des barbares. Ce dernier fait a été assez bien prouvé par un des membres de la Société archéologique de Namur, dans une dissertation qu'il a faite à ce sujet.
a Tel est. Monsieur, le résumé de ce que je connais sur S. Lupicin, heureux si je puis, par là, satisfaire la pieuse curiosité d'un ami de l'histoire religieuse. « Agréez, etc..
J. Delchambre, curé.
Faut-il admettre ridentité de S. Lupicin, évêque de Lyon, dont la tête est conservée à Lustin, avec le saint du même nom, que la tradition considère comme ayant été curé de Sains? Cela nous paraît impossible. L'évêque de Lyon, en venant en Picardie, aurait pu sans doute cacher sa dignité ; mais il n'est guère possible d'admettre que cette circonstance soit restée ignorée plus tard. Or, Fauteur anonyme du récit de Finvention des reliques des trois martyrs de Sains se borne, au VIII« siècle, à qualifier Lupicin de probalœ vitx presbiter. La tradition est toujours disposée à grandir le mérite et
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les qualités de ses héros légendaires; elle change parfois les prêtres en évêques, mais on ne comprendrait pas qu'elle fit descendre un évêque au rang des simples prêtres.
Nous avons d'ailleurs consulté les Actes de S. Lupicin, évêque de Lyon, et nous n'y avons rien trouvé qui puisse autoriser la supposition de son séjour en Picardie. Cette particularité aura été sans doute introduite dans sa légende par suite d'une confusion qu'explique la parité des deux noms. Ajoutons que si les opinions sont partagées sur Tépoque où vécut S. Lupicin de Lyon, il n'en est aucune qui le fasse vivre au VP siècle, à l'époque de la découverte des reliques de S. Fuscien. Selon quelques hagiographes, cet évêque de Lyon aurait vécu au IIP siècle; d'après les BoUandîstes, il aurait probablement siégé entre 480 et 490; selon Severtius (Chronol. Lugd. archiepisc,)y il aurait été martyrisé en 496 et enterré dans l'église Saint- Just.
M. l'abbé Roze, qui possède une copie de la Chronique de Dom Cotron, nous a communiqué un passage de ce manuscrit où il est dit que S. Geoffroy, en 1 H3, procéda à l'élévation du corps du B. Lupicin et le renferma dans une châsse convenable J . Un autre chroniqueur de l'abbaye de Saint-Eiquier, Jean de la Chapelle, place cette élévation en 1097. Nous ne trouvons nulle part ailleurs d'indication à
* s. Godefridus, Ambianensis episcopus, e terra levavit corpus B. Lupicini presbyteri (qui primo iiivenit corpora SS. Fusciani, Victorici et Gentiani, martyrum), illudque in decenti feretro recondidit.
s. LuprciN. 181
ce sujet, et il n'est fait mention des reliques de S. Lupicin dans aucun des inventaires que nous connaissons.
Lupicin est figuré au portail de la Vierge dorée, par une statue qui tient un calice dans ses mains.
Une peinture moderne et une statue le représentent dans réglise de Sains.
20 Novembre,
Nous ne connaissons ces deux saints confesseurs que par la mention qui en est faite au 19 ou au 20 novembre dans les anciens martyrologes et calendriers amiénois * . Ils se bornent à nous dire qu'à cette date eut lieu, dans le territoire Amiénois, l'invention et la translation des corps des saints confesseurs Warlois ^ et Luxor ^
Ménage * se demande si S. Ouarlux, honoré à Notre-Dame d'Amiens, n'est pas le même que S.Urloux, abbé de Sainte-Croix de Quimperlé, lequel vivait au X^ siècle. L'invention du corps de S. Warlois dans notre diocèse dément cette hypothèse qui n'est basée que sur une ressemblance de noms.
* hiventio S. Vuarlesii et Liixoris, confessorum^ lisons-nous dans le calendrier d'un Missel d'Amiens, du Xlle siècle. (N® 454 de la Bibl. comm.)
* Wuarlesius^ Warlesius^ Walesius^ Varlesius^ Warlusius» Valerius^ Waclesius; — Vuarlois, Warlais, Ouarlux^ Warlus, Waloy^ Urloux, Warlut.
* Lussor^ Lusor, Luxoenus. — Il y a deux saints du même nom qui furent martyrisés en Italie sous le règne de Dioclétien.
* Dict. étymoL II, dans le Vocabulaire hagiographique.
La tradition est fort vague sur nos deux Saints. Dans un recueil manuscrit du XVIIP siècle, appartenant à M. Paton de Favernay, nous lisons : a La tradition porte qu'ils étaient marchands de poissons et qu'ils furent trouvez morts daiis les neiges, près du village du Mège, en Ponthieu. » D'après d'autres renseignements, tout aussi douteux, on disait jadis à Warloy-Baillon que c'étaient deux frères qui se retirèrent dans une solitude, et que cette localité, en se peuplant plus tard, prit le nom de S. Warlois * .On pourrait supposer que ce furent dès compagnons de S. Théofrid, venus deLuxeuil à Corbie, pour y fonder le monastère érigé par Ste Bathilde, et que l'amour de la solitude les aurait conduits dans l'endroit qui porte aujourd'hui le nom de Warloy- Baillon.
M. Thuillier, curé de Warloy, a constaté dans sa paroisse l'abs.ence de toute traditiop sur ces Saints dont on ignore même le nom. On montre l'emplacement d'un ancien monastère, à un endroit qui est désigné par le cadastre sous le nom de Pré de r abbaye; mais aucun souvenir précis ne s'y rattache.
D'un autre côté, on ne trouve jamais la désignation de sanctits ou de saint jointe aux anciens noms de Warloy.
RELIQUES
Les corps des SS. Luxor et Warlois étaient renfermés à Notre-Dame d'Amiens dans une châsse de vermeil qui est ainsi décrite dans le Registre aux délibérations du Cha-
* Communication de M. Thuillier, curé de Favièreç. ^^ *
pitre de Notre-Dame (ms. 517, p. 1 18) : « Cette châsse est d'argent doré... au bout d'icelle est un camayeu d'agathe grand comme la moitié d'un œuf, fait de relief, à la face d'Hercule coiffée de la peau d'un lion, et prisé par les orfeuvres du temps passé six cents livres, et de l'autre bout un camayeu blanc de chérubin, d
" Ce que la Révolution nous a laissé de leurs reliques est renfermé aujourd'hui dans la châsse de S. Honoré. On en conserve aussi quelques-unes au Carmel d'Amiens.
Une châsse de l'an 1066, conservée jadis à l'église de Saint-Jean-Baptiste de Picquigny, contenait une côte de S. Firmin Martyr et de nombreux ossements de S. Warlois et de S. Luxor *. Une inscription de six vers en lettres gothiques se terminait ainsi :
tluarUij : multa Suxo (rie ot) ea dcpulta, t066*
Le P. Ignace mentionne des reliques de nos deux Saints aux Chartreux d'Abbeville {Hist, ecclés. (TAbb,)
CULTE ET LITURGIE
Les noms de Warlois et de Luxor sont inscrits dans nos litanies des XlIPet XIV siècles (ms. 113 et 125), dans les additions de quelques manuscrits d'Usuard *. Dans les anciens martjrrologes d'Amiens et de Saint-Riquier, et dans nos plus vieux bréviaires amiénois.
Fête semi-double dans nos bréviaires du Moyen- Age, dans nos missels de 1498, de 1506, de 1529, dans nos bréviaires de ^528, de 1550, de 1667, de 1746 et 1840; simple
* Dàire, Hist. du doyenné de Picquigny^ ^.-^ Mélanges, ms, tl'M3 de la Bibl. d'Amiens.
* 6a Ht dans quelques-unes Aurelianis au lieu d'Amhianis.
mémoire dans les bréviaires et dans le Propre actuel, où elle est fixée au 20 novembre au lieu du 19.
Nous avons vu qu'il n'est pas probable que Warloy- Baillon doive son nom à S. Warlois. Il en est de même de Warlus, commune du canton de MoUiens-Vidame.
FONDATRICE DES CARMÉLITES RÉFORMÉES DE FRANCE, CONVERSE PROFESSE A AMIENS *.
i8 Avril.— I 1618.
Barbe Avrillot^ qui prit le nom de Marie de TIiicarnation en faisant sa profession au couvent des Carmélites d'Amiens, naquit à Paris le 1*"' février 1565^ Elle fut baptisée le lendemain^ jour delà Purification, à Saint-Merry^ sa paroisse. Sa famille appartenait de vieille date à la magistrature ; son père, Nicolas Avrillot^ était seigneur de Champla-
* Après avoir lu les diverses biographies de la B. Marie de l'Incarnation, publiées par André Duval, Daniel Hervé, l'abbé De Montis, Boucher, Fabbé Tron et Mgr Dupanloup, ainsi que les notices que lui ont consacrées Giry, Hilarion de Coste, le P. de Vernon, l'abbé Ilunckler, etc., nous avons constaté que l'ouvrage de Boucher, curé de Saint-Merry, édité et considérablement augmenté par Mgr Dupanloup, était le seul qui ne laissât rien à désirer. Nous nous bornons à en donner ici un simple abrégé, avec quelques additions relatives à notre histoire locale et divers emprunts faits aux ouvrages que nous citerons dans la Bibliographie.
• En 'i5G6, d'après notre manière de compter actuelle.
treux^ près de Luzarches, maître des comptes de la Chambre de Paris et chancelier de Marguerite de Valois^ reine de Navarre, qui devait plus tard épouser Henri de Béarn.
La mère de notre Bienheureuse, Marie Lhuillier, était alliée a un grand nombre de maisons nobles, entre autres à celle de Vignacourt. Elle ne le cédait en rien à son mari sous le rapport de la piété et de l'attachement à TÉglise.
Madame Avrillot, qui n'avait pu encore élever aucun enfant, mit celui qu'elle portait dans son sein SQus la protection de la Ste Vierge, le voua au blanc jusqu'à l'âge de sept ans et fit vœu de le conduire à cette époque dans un des sanctuaires privilégiés de Marie. Dans ses ferventes prières, elle intéressa également S. Claude à l'avenir de son enfant. l>ieu bénit ses vœux, et elle n'oublia point de son côté de les remplir. Quand Barbe eut atteint l'âge de sept ans, sa mère la conduisit à Notre-Dame de Liesse et fit don à une pauvre orpheline des vêtements blancs que venait de quitter sa fille.
André Duval, qui fut tout à la fois le directeur et le premier historien de la Bienheureuse, nous raconte qu'à l'âge de quatre ans, étant conduite par sa mère à la chapelle extra muros des Chartreux de Paris, elle fut rencontrée par un jeune écolier, âgé de dix ans, qui la remarqua, devina ses destinées et prit dès lors l'habitude de prier chaque jour pour elle. Cet écolier était M. Gallemant qui devait plus tard lui prêter un si zélé ccmcours pour la fondation des Carmélites.
La jeune Avrillot fut mise, à l'âge de onze ans, au
couvent des Clarisses de Longehamps, où sa tante Elisabeth Lhuillier était religieuse. C'est dans ce monastère qu'elle puisa ce vif amour de la piété, cette habitude du recueillement, cet heureux mélange de gravité et de modestie qu'elle devait conserver jusqu'à la fin de sa vie.
« Étant en ce monastère, dit le P. Honoré, elle apprit à méditer si chrétiennement sur les mystères de Notre-Seigneur et de la l^te Vierge, qu'elle fut jugée capable de faire sa première communion à douze ans, ce qui était alors bien rare: mais Jésus- Christ qui, à cet âge, avait manifesté sa sagesse au milieu des Docteurs dans le Temple, voulut à pareil âge se manifester à cette petite âme dévote, dans le saint sacrement de l'autel, et, lui parlant cœur à cœur dans ce mystère, lui apprendre le secret de son amour. »
Bien différente des enfants de son âge qui cherchent ordinairement à cacher leurs fautes, Barbe s'empressait d'avouer les siennes à ses maîtresses et de solliciter, comme une grâce, les punitions qu'elle croyait avoir méritées.
En 1580, sa mère la rappela dans la maison paternelle, alors qu'elle n'avait guère dépassé sa quatorzième année. Après avoir été un modèle de vertu pour ses compagnes de pensionnat, elle devint un exemple de prudence et de soumission qu'on peut proposer aux jeunes personnes qui se disposent, chez leurs parents, au choix d'un état. Les souvenirs de Longehamps vivaient toujours dans sa mémoire, et le séjour du monde ne fit qu'augmenter son goût pour la vie religieuse. Frappée delà vie dure et la-
LA ^. MARIE DE l' INCARNATION, I8d
borieuse que menaient les religieuses de THôtel-Dieu de Paris, Barbe manifesta le désir d'y entrer, pour se consacrer au service des malades. Madame Avrillot s'y refusa : n'ayant qu'une fille, elle voulait l'établir dans le monde, redoutant l'instabilité des monastères,. au moment où le protestantisme grandissait de force et d'influence, ce D'ailleurs, comme le dit André Duval, on ne voyait que rarement une fille de noble maison comme elle entrer à l'âge de dix-sept ou dix-huit ans en religion : on les y mettait d'ordinaire fort jeunes, n'ayant pas encore la capacité de discerner la grandeur de Testât religieux et les obligations qui y sont: ce qui a été cause en France de grands scandales et de plusieurs inconvénients. »
La jeune Avrillot, pensant que le refus de sa mère était surtout dicté par l'appréhension des austérités de l'Hôtel-Dieu, sollicitait son consentement pour entrer dans quelque ordre moins rigoureux. Voyant que ses prières et ses larmes restaient impuissantes, elle se résigna, en disant : ce Puisque mes péchés m'ont rendue indigne du titre glorieux d'épouse de Jésus-Christ, il faut bien que je me contente d'être sa servante dans un état inférieur. »
Madame Avrillot, qui ne songeait qu'à trouver un parti avantageux pour sa fille, lui reprochait son éloignement pour les assemblées nombreuses, l'éclat des parures, les frivolités du monde, et ce qu'elle appelait son trop grand excès de dévotion. De la sévérité elle passa bientôt à l'aigreur et même à la dureté. Pendant le rude hiver de 1581 à 1582,
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elle empêcha plusieurs fois sa fille d'approcher du feu, la laissant s'habillçr près d'une porte où le froid se faisait vivement sentir. Ce traitement rigoureux fut tant de fois répété que, par un malheur dont sa mère n'avait pas prévu la possibilité, les pieds de la jeune Avrillot en gelèrent et qu'il fallut, pour la guérir, lui extraire plusieurs ^os qui s'étaient cariés. La pieuse enfant montra en cette occasion un courage héroïque : elle ne se plaignit ni des douleurs que lui causa cette opération^ ni de la dureté de conduite 'qui avait occasionné sa maladie.
Quelques mois après sa guérison, Barbe AVrillot, âgée de seize ans et demi, accepta par obéissance le parti avantageux que lui présentèrent ses parents. Elle épousa, le 24 août 1582, Pierre Acarie, vicomte de Villemor, seigneur de Montberrault et maître des comptes de la Chambre de Paris. Ce jeune homme, de noble naissance, boitait un peu : mais ce défaut corporel était bien compensé par la bonté de son cœur, la douceur de son caractère, la droiture de son âme, sa franchise, sa gaité, sa piété et son attachement à la foi catholique.
Pierre Acarie, après avoir achevé sa philosophie au collège de Navarre, avait étudié le droit à Orléans. Il y avait été témoin des ravages et des actes de vandalisme des prétendus réformés. L'indignation qu'il en éprouva le fit entrer quelques années après dans la Ligue dont il ne pratiqua point les excès, mais dont il poursuivit le noble but qui était de conserver dans notre patrie l'unité de la monarchie et de la religion.
LA B. MARIE DE l'iNCARNATION. 191
Depuis son mariage, on n'appelait plus Barbe Avrillot que la Belle Acarie, Son mari prisait encore moins sa beauté que son esprit pénétrant, son jugement exquis, son humeur affable et surtout les vertus qui relevaient ses qualités naturelles. Il obtint de sa femme qu'elle suivit à peu près le cours de la mode : mais ce fut pour elle un véritable sacrifice. «Ne pourrait-on pas, disait-elle un jour à sa belle-mère, trouver un habit qui se vête tout d'un coup, avoir une robe qui puisse se mettre tout de suite? A quoi bon tant d'atours, de colliers et de bracelets ? Ce sont là tous fatras qui ne servent qu'à faire perdre le temps. Oh! que je désirerais avoir trouvé un habit que je puisse mettre en un instant. Pourquoi ne suis-je pas née-dans un village? je serais dispensée de toutes ces modes. » Sa belle-mère lui répondit : « Ma fille, cela viendra un jour, mais il n'est pas encore temps d'y songer. i> La jeune Acarie considéra ces paroles comme une espèce de prophétie qu'elle n'oublia jamais.
Madame Acarie avait une femme de chambre, nommée Andrée Levoix, qu'elle conserva depuis sa sortie de Longchamps jusqu'à la fondation des Carmélites. Le désir qu'elles avaient toutes deux d'avancer dans le chemin de la perfection efi*aça la différence des conditions et en fit deux amies inséparables; elles s'entretenaient souvent de pieuses considérations, s'avertissaient mutuellement de leurs défauts et s'accusaient chaque soir, l'une à l'autre, des légères fautes qui leur avaient échappé dans le cours de la journée.
Une des amies de madame Acarie lui ayant prê-
192 LA B. MARIE DE l'iNGARNATION.
té VAmadis de Gaule, elle prit goût aux romans d'aventure qui étaient alors en grande vogue.
M. Acariecraignantreffet de ces sortes de lectures y fit une habile diversion en y substituant des livres édifiants. 11 avait soin, pour mieux piquer sa curiosité, qu'ils fussent reliés en beau maroquin et dorés sur tranche. La solidité de ces ouvrages eut bientôt plus d'attrait pour elle que la frivolité des compositions et romanesques, elle y puisa les principes de la haute perfection à laquelle elle parvint.
En lisant une traduction des œuvres de S. Augustin, en l'année 1584, madame Acarie fut singulièrement frappée de cette maxime : Trop est avare, àquiDieu ne suffit. Ce fut la devise qui plana désormais sur toute sa vie et qui dès lors lui inspira un redoublement de ferveur. Plus tard, sa fille aînée disait à ce sujet: « Un jour étant seule avec ma mère, au couvent d'Amiens, elle m'entretint de cette grande parole avec tant de ferveur que son visage en était tout enflammé, et son esprit et son cœur étaient si occupés et si remplis de cette vérité divine qu'elle me larépétaun très-grand nombre de fois avec une affection tout extraordinaire. Elle récrivit même douze ou quinze fois sur un papier qu'elle me donna, et fut bien une heure à me parler sur ce sujet par un mouvement tout particulier que Dieu lui en donnait. L'effet qu'elle opéra en moi fut tel que je puis assurer que, quoique je fusse très-éloignée de ses dispositions intérieures, néanmoins elle m'imprima, et Dieu par elle, un sentiment si vif et une connaissance si intime de cette sainte parole, que je ne puis l'oublier ;
LA B. MARIU DE l'iNCARNATION. 193
et maintenant que j'écris ceci, je l'ai si présente h Tesprit qu'il me semble encore voir ma mère me la répéter plusieurs fois et m'en entretenir avec la ferveur qu'elle fit alors. »
A mesure que les années s'écoulaient, madame Acarie devenait de plus en plus affectionnée et dévouée à son mari. Elle ne se bornait point à des marques extérieures de respect et de tendresse à son égard, mais elle était réellement soumise à ses moindres volontés et s'étudiait à prévenir tous ses désirs. « J'aime mieux lui obéir simplement, disait-elle, que de me servir de la médiation de quelqu'un pour l'amener à ce qu'il n'a pas voulu d'abord. » Le mérite était d'autant plus grand que M. Acarie n'était pas toujours d'humeur accommodante : il plaisantait lui-même de son défaut et disait en riant à ses amis : « On prétend que ma femme sera sainte un JQur, mais j'y aurai bien contribué, et il devra être parlé de moi dans le procès de sa canonisation, pour l'exercice que j'aurai donné à sa patience » .
La Ligue,formée à Péronne dès 1576, fut établie ouvertement à Paris en 1584. M. Acarie, qui s'y enrôla un des premiers, y prit une part assez importante pour que le parti adverse l'ait surnommé ironiquement le laquais de la Ligne : c'était une allusion au mouvement qu'il se donnait pour servir le duc d'Aumale, dont il était l'un des quarante conseillers. Hâtons-nous de dire qu'il ne se permit jamais lamoindreinjustice ni la moindre violence : Henri IV lui rendit de sa propre bouche ce glo-
194 LA B. MARIE DE l' INCARNATION.
rieux témoignage après la prise de Paris, mais ne l'en exila pas moins en 1594.
M. Acarie, libre de choisir sa résidence hors de Paris, se retira à la Chartreuse de Bourg-Fontaine, près de Villers-Cotterets, où il vécut plutôt en religieux qu'en laïque. Il avait dépensé plus de trente mille écus dans Tintéret de la Ligue et compromis presque toute sa fortune. Ses créanciers firent saisir tout le mobilier de madame Acarie, et jusqu'au siège où elle était assise, sans qu'aucune émotion se trahit sur son visage. Réduite à une nécessité extrême, elle manqua plus d'une fois de pain pour ses enfants. Si elle avait été seule, elle aurait bien volontiers renoncé à la fortune : mais 'elle sentait qu'elle ne pouvait sacrifier l'avoir de ses enfants : aussi déploya-t-elle une activité incessante pour soutenir des procès, solliciter les juges et relever les ruines de sa fortune. Elle réussit à en sauver quelques débris et sortit complètement justifiée d'une accusation criminelle et politique où les ennemis de M. Acarie avaient essayé de l'impliquer.
Madame Acarie obtint de la Cour que son mari se retirât au château de Luzarches qui appartenait à une de ses cousines, et elle put dès lors le visiter plus facilement et adoucir pour lui les peines de l'exil.
Modèle des mères chrétiennes, madame Acarie regardait comme sa principale obligation rédu(5lition de ses enfants; elle en eut six, trois garçons et trois filles * . Par une surveillance de tous les ins-
* Nicolas (^584), Marie (-1585), Pierre (1587), Jean (1589), Marguerite (1590), Geneviève (1592).
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tants^ elle s'efforça de leur inspirer le goût de la piété, la ferveur de la foi, réloignement du mensonge, la concorde fraternelle, la douceur avec les domestiques. Elle Tes formait peu à peu à cet espèce de mortification qui caractérise le vrai chrétien. Une de ses filles, qui n'avait que dix ans, fit un jour paraître du dégoût pour un mets qu'on avait servi ; sa mère lui en fit donner à tous ses repas pendant quinze jours, et sa délicatesse fut si bien réprimée dans cette occasion qu'aucun des mets qu'on servait à table ne lui déplut par la suite.
Madame Acarie fit elle-même l'éducation de ses filles, avec l'aide d une gouvernante, et plaça ses fils au collège. Elle allait souvent les voir pour les encourager au bien et surveiller leurs progrès. Ce fut dans une de ces visites qu'elle se cassa la cuisse la pour seconde fois. Un premier accident de ce genre lui était arrivé en tombant de cheval, alors qu'elle allait rendre visite à son mari exilé. Sans vouloir influencer ses enfants dans le choix d'un état et en leur laissant toute liberté à cet égard, elle les aidait à réfléchir sur les avantages et les inconvénients des diverses professions auxquelles ils songeaient. Tous s'établirent honorablement. Le fils aîné devint maître des eaux et forêts de Champagne; le second, vicaire général de Rouen ; le troisième embrassa l'état militaire et eut un fils qui remplit les fonctions d'aide-de-camp auprès du prince Xavier de Saxe, frère de la Dauphine, mère de Louis XVI. Ses trois filles se firent carmélites, l'aînée fut sous-prieure du couvent d'Amiens. Beaucoup de maîtres croient avoir rempli toute
justice à regard de leurs serviteurs quand ils les ont payés des services qu'ils en reçoivent. Telle n'était point la conduite de madame Acarie qui se regardait comme obligée de surveiller leurs mœurs, de corriger leurs défauts, de leur faciliter la pratique de tous les devoirs religieux. Un de ces bons serviteurs entra dans TOrdre de S. François de Paule et mourut au couvent des Minimes d'Abbeville. Le P. Girynous a laissé les détails suivants sur son confrère : « L'Ordre des Minimes conserve encore la mémoire de P. François Guichart, lequel profita si bien des instructions de sa bonne maîtresse, madame Acarie, chez qui il avait demeuré, et des soins qu'elle avait pris de le faire étudier pour le mettre en état d'entrer en religion qu'il se rendit également savant et vertueux. En effet, dans l'espace de quarante ans qu'il a vécu dans cet Ordre, il a donné les marques d'une profonde érudition, tant pour la théologie que pour l'intelligence des langues orientales, et s'est rendu le vrai modèle d'une parfîiite pénitence. Il avait joint à cette vertu une haute oraison : car il n'employait pas moins de trois heures par nuit à la prière, outre Toffice des matines et la méditation de la communauté, de laquelle il ne s'absentait jamais, quelque fatigue qu'il eût eu le long de la journée, ni même après avoir prêché trois ou quatre fois par jour. Enfin il est décédé dans les ferveurs de son zèle, le 24 novembre 1G43, au couvent d'Abbeville. »
Madame Acarie eut divers directeurs qui exercèrent une grande influence sur les bonnes œuvres qu'elle accomplit. Ce furent successivement le P.
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Benoît de Canfeld qui, après avoir abjuré l'hérésie dans laquelle il était né, quitta l'Angleterre et se fit capucin au couvent de Meudon ; André Duval, célèbre docteur de Sorbonne, qui refusa la place de théologal de l'Église d'Amiens, et qui devait écrire la vie de sa pénitente ; Dom Beaucousin, qui mourut prieur de la Chartreuse de Cahors ; M. Gallemant qui, après avoir professé la rhétorique à Beauvais, devint curé d'Aumale et plus tard supérieur des Carmélites de France.
C'est sous la direction de ces confesseurs éminents en sainteté que madame Acarie s'exerça dans la pratique de toutes les bonnes œuvres. Le soulagement des pauvres avait pour elle un souverain attrait. On l'aidait de toutes parts dans ses œuvres de charité. Pendant cinq à six mois, Henri IV lui envoya vingt-cinq écus, chaque fois qu'il prenait le divertissement du jeu. Elle recueillait chez elle les ecclésiastiques malades, visitait les pauvres honteux, assurait l'avenir des orphelins, préservait l'honneur des jeunes filles indigentes. Son zèle redoubla surtout pendant le siège que subit Paris en 1590 et où la famine fit périr plus de 20,000 personnes. Un jour qu'elle revenait de l'Église, elle fut accostée par deux gentilshommes, tourmentés par la faim, qui la suppliaient de leur donner le chien qui la suivait. Suffoquée par l'émotion, elle leur fit un signe de consentement et rentra chez elle en fondant en larmes.
Cette pieuse femme consacrait une partie de son temps à soigner les malades, soit à leur domicile, soit dans les hôpitaux, et s'imposait parfois dç telles
fatigues que sa santé n'y résistait pas. Pendant une de ses longues maladies, la duchesse de Longueville vint lui rendre visite et lui proposa de la veiller la nuit. Madame Acarie essaya d'utiliser cette bonne volonté au profit d'autrui : c Puisque vous êtes disposée, madame, lui dit-elle, à exercer la charité, je puis vous offrir une belle occasion : il y a ici proche un pauvre vinaigrier qui souffre beaucoup ; ce pauvre homme est bien plus malade que moi; il a plus de besoins et moins de ressources.»
Madame Acarie, en servant les malades, cherchait avant tout Foccasioii de les ramener à Dieu et de les aider h bien mourir. Que de consolations n'éprouva-t-elle point à Thôpital Saint-Gervais où on apporta, en 1589, les soldats qui avaient été blessés à la bataille de Senlis et à la rencontre de Montereau. Gauthier, avocat général au Grand Conseil et traducteur de diverses œuvres de piété, estime à plus de dix mille les conversions opérées par madame Acarie de Tau 1598 à Fan 1G14, époque oii elle entra en religion. Dans les nombreuses abjurations qu'elle obtint de familles protestantes, elle trouva un concours efficace dans Faide de la comtesse de Soissons, de la duchesse de Longueville, de Marie de Médicis et de Henri IV.
Ne doit-on pas mettre au rang des bonnes œuvres de madame Acarie les progrès qu'elle fit faire à ses amis dans les voies spirituelles? Parmi ceux qui lui furent le plus fortement unis par ces liens si profitables, nous citerons S. François de Sales qui parle d'elle avec tant d'admiration dans plusieurs de ses lettres ; le cardinal de BéruUe qui
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puisa dans ses rapports avec notre Bienheureuse l'esprit de détachement qu'il conserva au sein des dignités et des grandeurs ; le garde des sceaux de Marillac qui n'entreprenait jamais rien sans consulter sa vertueuse amie; Louise Séguier, la mère du cardinal de Bérulle, qui se fit Carmélite à cinquante ans, après avoir rempli tous ses devoirs d'épouse et de mère chrétienne; madame de Meignelay qu'Henri IV surnommait la Sage Marquise ; et la marquise de Breauté qui, après la mort de son mari, entra dans l'Ordre du Carmel. Madame Acarie était comme l'institutrice et le centre de ces âmes magnanimes qui furent suscitées de Dieu à cette époque de régénération.
On doit regretter que madame Acarie, par un sentiment exagéré d'humilité, ait brûlé la plupart des écrits qu'elle avait composés sur la vie intérieure. Abondamment pourvue des dons de l'intelligence et de la grâce, personne n'était plus favorablement doué pour tx*aiter de tels sujets. Son habileté du reste s'appliquait à tout. Soit qu'elle interprétât l'Ecriture sainte, qu'elle lisait dans le texte latin, soit qu'elle rédigeât des mémoires sur des affaires contentieuses, soit qu'elle composât des remèdes pour les malades, soit qu'elle dirigeât la construction des couvents, soit qu'elle s'appliquât au discernement des esprits et à la direction des consciences, elle montrait partout une supériorité dont elle était la seule à ne point s'apercevoir.
La foi était le principe surnaturel de toutes ses pensées, de toutes ses démarches, de toutes ses œuvres. Jamais un doute ne s'élevait dans son esprit
sur les matières religieuses : on aurait dit qu'elle avait non-seulement la foi, mais la vision manifeste des vérités que la foi propose à croire. Elle était loin pourtant d'avoir cette sorte de crédulité qui ne provient que de l'infirmité de Tintelligence. On en eut une preuve bien manifeste dans l'affaire de Nicolle Tavernier. Cette prétendue thaumaturge, native de Reims, avait accaparé la réputation d'une sainte. Elle ordonnait des prières et des processions solennelles pour conjurer les fléaux qui désolaient la France. Madame Acarie, loin de partager l'enthousiasme populaire, devina que ce n'était point l'esprit de Dieu qui agissait dans cette fille ; elle démasqua ses intrigues, découvrit ses mensonges et son ignorance, et la fit honteusement rentrer dans l'ombre et le silence.
L'union de la Bienheureuse avec Dieu était si grande que, selon l'expression de la marquise de Meignelay, « on voyait Dieu en elle beaucoup plus qu'on ne la voyait elle-même » ; elle se montrait souvent confuse de ces faveurs célestes. Dans une grande maladie qu'elle fit au couvent d'Amiens, ne pouvant déguiser la joie intime qui débordait de son âme, elle s'écriait : « Mon Seigneur ! vous me comblez; il n'y a pas moyen de le cacher. Puisque vous me donnez, au moins cachez-le,mon Dieu, et faites que je puisse le cacher ! j)
L'espace nous manque pour suivre les historiens de la B.Marie de l'Incarnation dans le récit détaillé de toutes ses vertus ; nous préférons ne pas nous appesantir sur sa dévotion aux offices de l'église, sur sa vive piété envers le Saint-Sacrement, sur
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son culte ardent pour la Ste Vierge et les Saints \ sur son respect à l'égard des ministres de TÉglise, sur sa profonde humilité, sur son courage à endurer la douleur, sur le don de prophéties et de miracles dont elle était douée, sur son état habituel d'extase et ses douleurs stygmatiques, et réserver plus de place à ce qui concerne son œuvre principale, l'établissement en France de la réforme de Sainte-Thérèse, et surtout à ce qui intéresse plus particulièrement l'histoire de notre diocèse, c'est-à-dire à son séjour à Amiens.
C'est à M.deBrétigny qu'est due la première pensée d'introduire en France la réforme du Carmel que Ste Thérèse avait entreprise en Espagne, dès l'an 1562. Ses efforts ne furent point couronnés de succès : cette œuvre était réservée à madame Acarie, à qui Ste Thérèse apparut diverses fois pour l'engager à doter la France de l'Ordre du Carmel. Notre Bienheureuse sut intéresser à ce projet la duchesse de Longueville, le cardinal deBérulle, Gallemant, André Duval, de Marîllac et S. François de Sales. On obtint une bulle d'institution du pape Clément VIT (13 novembre 1603), et on établit un couvent sur la place Sainte-Geneviève ; plus tard, après de nombreux obstacles, six Carmélites espagnoles furent installées dans le prieuré de Notre- Dame des Champs, qui avait été réparé et agrandi parles soinsde madame Acarie. Sa pieuse confidente, Andrée Levoix, devint la première des sept novices
> Elle fit le voyage de Laon pour y vénérer le bras de S, Laurent, encore aujourd'hui conservé à l'église Saint-Martin.
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qui furent admises dans le nouvel établissement, après avoir été formées par madame Acarie dans la petite communauté de Sainte-Geneviève. Madame Acarie eut la joie de voir ses trois filles entrer librement dans l'institut qu'elle avait formé et auquel elle consacrait tous ses soins.
Nous ne raconterons point les fondations successives de monastères du Carmel que madame Acarie fit à Pontoise, àDijon, àTours et à Eouen, mais nous nous arrêterons à la quatrième fondation qui eut lieu à Amiens eh 1606 '.
La fondatrice de cette maison fut M"® de Viole, dont le père était maître des requêtes. Mise à la tête de la petite Congrégation de Sainte-Geneviève, elle fut une des premières novices de Notre-Dame des Champs et voulut plus tard consacrer une partie de sa fortune à l'érection d'un couvent de son Ordre. On hésitait entre Rouen et Amiens. Madame Acarie fit choisir cette dernière ville, parce qu'elle avait une grande dévotion au chef de S. Jean- Baptiste et parce que la comtesse de Saint-Pol, belle-sœur de la duchesse de Longueville, promit
* Nous espérions trouver dans les onze volumes manuscrits que conservent les Carmélites du faubourg Saint- Jacques, des détails inédits sur la fondation d'Amiens et sur le séjour qu'a fait dans notre ville la B. Marie de l'Incarnation. Notre espoir a été déçu. Madame la Supérieure des Carmélites de Paris a bien voulu, sur notre demande, faire confronter ces documents manuscrits avec les diverses histoires imprimées, et on a constaté qu'il n'y avait pas un seul détail concernant Amiens, qui n'ait été utilisé par Boucher et Mgr Dupanloup. Aussi, à partir de ce moment, nous allons suivre presque textuellement l'édition de Mgr l'évêque d'Orléans, jusqu'au départ de la B. Marie pour Pontoise.
que cet établissement serait protégé par son mari, qui était gouverneur de Picardie.
La mère Isabelle des Anges, qui était alors à Dijou^ fut désignée comme prieure du futur monastère d'Amiens. Elle était née en 1565 à Villecastin, dans le diocèse de Ségovie. Son père avait été ambassadeur du roi catholique auprès du duc de Florence. Elle fit profession en 1590^ dans le monastère de Salamanque, dont elle était sous-prieure, quand on vint la chercher pour aller en France, avec cinq autres espagnoles, établir TOrdre du Carmel. Elle fonda successivement les. monastères de Dijon, d'iVmiens, de Rouen, de Bordeaux, de Toulouse et de Limoges.
Madame Acarie partit de Paris pour Amiens, accompagnée de M. Gallemant et de M. Duval. A Clermont-sur-Oise, quand on entra dans Tauberge, on y trouva un marchand de Paris qui revenait de la capitale de la Picardie. Cet homme était hostile à la fondation qu'on allait faire dans cette ville; il en parlait avec emportement etdisait qu'on ferait bien d'abattre la partie du couvent qu'on avait déjà construite. André Duval allait répliquer, mais la Bienheureuse l'en empêcha : « Ne répondons pas, mon Père, lui dit-elle, c'est au milieu de contradictions que se font les œuvres de Dieu, et ce que nous venons d'entendre est de bon augure pour l'établissement du monastère. » Pendant le reste de la route, elle répétait avec une certaine consolation les propos injurieux qu'avait tenus le voyageur et en concluait de nouveau que l'œuvre réussirait.
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On arriva à Amiens le 13 mai 1606, dans la matinée : c'était la veille de la Pentecôte. On descendit au couvent que les ouvriers étaient en train de bâtir dans la rue Saint-Jacques. La comtesse de Saint-Pol avait posé la première pierre de réglise et Févôque de laMarthonie avait présidé à cette cérémonie. Madame Acarie examina le bâtiment dans tous ses détails, et elle en parla avec tant de justesse que l'architecte, surpris des connaissances spéciales qu'elle montrait, lui témoigna les plus grands égards.
On se rendit ensuite à la maison des sœurs blanches, située dans la chaussée Saint-Leu ; c'était une communauté de Dominicaines qui avait été établie pour le service des malades et que l'éveque venait de supprimer. La nouvelle colonie du Carmel devait habiter cette maison pendant deux ans jusqu'à ce que le monastère de la rue Saint- Jacques fut achevé. On fit venir les jeunes personnes d'Amiens qui avaient manifesté le désir d'entrer au Carmel, et madame Acarie examina leur vocation avec un admirable discernement, a (.-elle-ci est propre à l'institut, disait-elle à M. Duval, vous pouvez la recevoir ; celle-là n'a point de vocation, ne l'admettez point y>. L'expérience confirma tous les jugements qu'elle avait portés sur les postulantes.
La mère Isabelle des Anges ne devait arriver que le soir avec les religieuses qu'elle amenait. La comtesse de Saint-Pol et madame de Treïgnel, dont le mari était gouverneur d'Amiens, allèrent à deux lieues au-devant d'elles, avec plusieurs dames de la ville. Après que les religieuses eurent vu la ca-
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thédrale^ on les conduisit à la maison qui leur était destinée; en Tabsence de Tévêque, son vicaire général s'y était rendu pour les recevoir.
Le lendemain, jour delà Pentecôte, on célébra solennellement la messe, à laquelle assistèrent les échevins et les principaux habitants de la ville, et l'on voulut que le nouveau couvent portât le vocable du Saint-Esprit.
Le lundi, on donna l'habit du Carmel à quatre demoiselles de la ville ', et Ton remit à un autre jour la vêture des autres postulantes qui étaient en plus grand nombre. Madame Acarie s'entretint avec chacune d'elles avant de retourner à Paris.
ce Le dimanche 25 juin 1608, dit Pages ^, l'église de ces religieuses Carmélites fut dédiée par Mgr l'Evêque d'Amiens; le mercredi suivant, elles furent conduites dans leur nouveau couvent, sur les neuf heures du matin, par la procession de la cathédrale, à laquelle assistaient les religieux mendiants et où Ton porta le chef de S. Jean-Baptiste. Cette procession, étant sortie de l'église Notre-Dame, descendit par-devant la maison des Sœurs blanches où étaient alors lesdites religieuses Carmélites i Elles marchèrent ensuite avec ladite procession, dans laquelle on porta sous le dais le Très-saint Sacrement, qui avait été exposé dans Téglise desdites Sœurs blanches. Ces Carmélites furent conduites dans leur dit couvent, rue Saint-Jacques, marchant deux à
* Sœur Madeleine Delacroix, sœur Marguerite du Saint-Esprit, sœur Catherine des Anges, sœur Claire du Saint-Sacrement.
* Maiiuscrits^ t. i, p. 351.
deux «au nombre de dix-huit, tenant chacune un cierge à la main et couvertes d'un crêpe ou voile, de manière qu'on ne pût les reconnaître, i»
On n'a pas oublié peut être la petite communauté de Sainte-Geneviève, première pépinière du Carmel. Les sujets qui étaient restés dans cette maison ne se sentirent point de vocation pour la règle austère de Ste Thérèse. Madame Acarie en fit un institut pour l'éducation des jeunes filles, avec l'aide de sa cousine Madeleine Lhuillier, épouse de M. de Sainte- Beuve, conseiller au parlement. Ce fut Torigine des Ursulines, dont la bulle d'érection fut donnée le 13 juin 1612. Madame Acarie prêta également son concours à la fondation que fit M. de BéruUe de la Congrégation de TOratoire.
Epuisée par tant d'occupations et de travaux, madame Acarie tomba gravement malade au mois de juin 1610. Elle se trouva très-soulagée quand on lui eut appliqué le manteau de Ste Thérèse que les Carmélites espagnoles avaient apporté en France.
Trois ans plus tard, le 17 septembre 1613, elle eut la douleur de perdre un mari auquel elle avait toujours été tendrement attachée. Elle eut la consolation de le voir mourir aussi saintement qu'il avait vécu.
Libre des soins de la terre, n'ayant plus à s'occuper de ses enfants qui étaient tous établis, madame Acarie put suivre la vocation qui l'attirait au Carmel. Elle se retira au couvent de Paris et sollicita d'être reçue en qualité de sœur converse. MM. Duval et de BéruUe s'opposèrent d'abord à cet
excès d'humilité, mais ne purent changer une détermination qui paraissait inspirée du ciel. Pour remplir les vœux de cette sainte femme, il ne s'agissait plus que de lui désigner la maison la plus pauvre de FOrdre. M. Duval indiqua un monastère qui était à une grande distance de Paris : mais on y renonça bientôt. On fit réflexion que madame Acarie serait trop éloignée des supérieurs, dont les avis pouvaient lui être nécessaires. On ne voulait point non plus la mettre dans une maison qui fût trop près de Paris. La grande réputation qu'elle avait acquise par ses lumières et sa sainteté faisait craindre qu'elle ne reçût trop de visites, ce qui aurait pu nuire à l'esprit de recueillement qui convient aux Carmélites. Après mûre délibération, il fut arrêté qu'elle irait au couvent d'Amiens, à la fondation duquel avait contribué son époux.
Madame Acarie fut comblée de joie quand elle vit qu'on l'admettait au nombre des épouses de Jésus-Christ. I^ 12 février 1614, elle partit de Paris pour se rendre à Amiens où elle n'arriva que le 15. Edmond de Messa, qui avait été son serviteur de confiance, l'accompagna dans son voyage et raconte ainsi son entrée à Amiens. « En y arrivant, elle alla descendre au monastère des Carmélites. On venait d'y refuser une fille qui s'était présentée pour être sœur converse ; et comme on la destinait au service extérieur de la maison, elle se trouvait alors chez les tourières. La Bienheureuse qui la vit affligée du refus qu'elle avait éprouvé et de la destination qu'on faisait d'elle, lui dit pour la consoler : ce Ma sœur, ne vous affligez point, je m'en
vais entrer dans le monastère pour entrer dans la place où vous étiez, mais je suis si imparfaite que je crains bien que Ton ne me renvoie. Si cela arrive je demanderai par pure miséricorde qu'on me laisse au tour avec vous » .
ce Quand il fallut entrer dans le monastère, je Taidai à aller de la chambre du tour jusqu'à la porte, étant accompagnée de deux tourières qui la soulageaient, à cause de la faiblesse de sa jambe qu'elle s'était rompue plusieurs fois. Elle trouva à la porte toute la communauté qui était venue en cérémonie la recevoir, non comme une personne qui passe du monde à la religion, mais comme leur mère, et comme si c'eût été un ange descendu du ciel.
« Voyant la prieure à qui elle avait rendu de grandes assistances spirituelles lorsqu'elle était dans le monde, la Bienheureuse se prosterna à ses pieds, le visage contre terre, et lui dit qu'elle venait, comme pauvre, demander miséricorde et se jeter entre les bras de la religion. Ce qu'elle dit avec tant de larmes et dans le sentiment d'une humilité si profonde que toutes les religieuses en furent extrêmement touchées. Après, elle s'en alla à la cuisine commencer à exercer l'humble qualité qu'elle se donnait, s'appelant une pauvre chambrière de cuisine ; et sa ferveur la transporta de telle sorte, qu'elle travaillait et marchait sans aiucun appui, quelque faible et incommodée qu'elle fût. Elle fit tant d'efforts en trois ou quatre jours, qu'elle se blessa et ne put jamais depuis marcher sans bé-' quilles ou sans bâton, excepté deux fois, l'une à sa prise d'habit, l'autre à la cérémonie d^un voile. t>
La Supérieure du monastère d'Amiens était alors la mère Isabelle de Jésus. Née à Berg-Ôp- Zoom, le 5 juillet 1577, elle fut élevée dans le sein de la religion luthérienne et se convertit à Paris où elle avait accompagné la princesse d'Orange. Elle fit ses vœux de carmélite à Paris, en 1607, et, un an après, fut nommée maîtresse des novices du couvent d'Amiens ; en 1610, elle en fut élue prieure.
Notre Bienheureuse, par respect pour les constitutions de l'Ordre, n'aurait voulu prendre l'habit religieux qu'un an après son entrée au noviciat; mais les Supérieurs en décidèrent autrement. Madame Acarie prit donc l'habit en même temps que mademoiselle de Marillac, le 7 avril 1614, moins de deux mois après son arrivée, des mains de M. André Duval, et reçut le nom de Marie de l'Incarnation. Elle avait quarante-huit ans. La cérémonie se fit de grand matin : on prit cette précaution pour ne pas exposer aux regards du public les grâces extraordinaires que la novice pourrait alors recevoir; l'événement prouva qu'on avait eu raison. Pendant la messe, la Bienheureuse parut toute abîmée en Dieu : son visage éta,itplus beau qu'à l'ordinaire, elle avait les yeux presque fermés et restait sans mouvement. Lorsqu'on en vint àlavêture, elle répondit fort bien aux questions qu'on lui fit. Au moment de s'étendre sur le tapis, la mère Isabelle futobligée de l'aider, tant la force de l'attraction divine l'avait mise hors d'elle-même. Il fallut lui rendre le même service à la fin de la cérémonie, lorsqu'il s'agissait d'embrasser les religieuses; bien-
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tôt on s'aperçut qu'elle était tombée en extase : on la fit asseoir dans une stalle où elle resta plus d'une heure.
Marie de rincarnation passa son noviciat avec tant de perfection que les religieuses la considéraient comme la règle vivante des vertus qu'elles devaient pratiquer. L'humble sœur converse s'occupait des travaux de la cuisine autant que ses infirmités habituelles le lui permettaient. Elle faisait aussi^ pour l'église et la sacristie, des ouvrages en tapisserie.
Une de ses compagnes d'Amiens a laissé de ses travaux une peinture toute naïve qu'il ne faut point modifier : « Elle accommodait les lampes, elle allumait le feu, elle balayait, elle nettoyait les légumes, elle mettait les herbes au pot, elle préparait les tables et apportait à boire et à manger. Elle faisait ces actions et autres semblables avec tant de ferveur et plaisir qu'une religieuse lui ayant dit une fois qu'elle devait prendre garde à ne pas se faire mal, étant déjà si incommodée, elle répondit que, bien loin de se faire mal, elle se guérirait plutôt en faisant ces sortes d'actions,' et que c'était ses délices. Elle les faisait avec autant de soin que si tout le bien de la religion en eût dépendu, et elle recommandait par ses paroles et par ses exemples à ses compagnes de les faire toujours avec un renouvellement d'esprit. Aussi, Notre-Seigneur qui, selon les oracles de l'Ecriture, résiste aux superbes et donne la grâce aux humbles, avait trouvé si agréables ces actions humbles de sa servante, qu'elle a dit qu'elle recevait quelquefois
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plus de grâces de lui, en lavant les écuelles-et en épluchant les herbes, qu'à l'oraison > .
Elle avait coutume de travailler devant une image qui représentait la Sainte Famille appliquée à des ouvrages domestiques; et un jour qu'une religieuse l'exhortait à modérer son activité, elle répondit : ce Voyez avec quelle ardeur travaille l'Enfant-Jésus, avec quelle humilité il s'occupe des choses qui sont indignes de lui. Après un tel exemple, pourrions-nous rester oisives ou nous plaindre de la bassesse de nos travaux ? »
Ses dévotions ni ses infirmités ne lui servaient jamais de prétexte pour se soustraire à l'obéissance. Elle appelait la cloche qui annonçait les divers exercices de la journée le signe du grand Roi ; et dès qu'elle l'entendait sonner, elle quittait tout pour se rendre à son appel.
Elle portait très-loin l'amour de la pauvreté, quand il s'agissaitde choses qui étaient à son usage. Un jour que ses alpargates * étaient rompues, elle se mit à les raccommoder, de peur qu'on ne vît leur mauvais état et qu'on ne voulût lui en donner d'autres. Une religieuse qui s'en aperçut lui conseilla de quitter une chaussure dont elle ne pouvait plus faire usage, ce Quoi ! ma sœur, lui répliqua cette
* Alpargate est un mot emprunté de la langue espagnole, qui désigne la chaussure des Carmélites. Cette chaussure est une espèce de soulier, dont le dessus et le quartier sont de grosse toile grise. La semelle qui a l'épaisseur d'un pouce est faite de chanvre natté. Ces religieuses ont, pour allerjdans les cours et le jardin, dies sandales de bois dans lesquelles elles insèrent leurs alpargates.— Boucher.
S12 Lk Bb maeub se l'incarnation.'
sainte femme^ vous me conseillez de manquer ainsi à la pauvreté. Ah ! combien de pauvres serviraient Dieu mieux que je ne le sers, s'ils étaient aussi bien chaussés que je le suis ! y>
La Bienheureuse ôta de sa cellule un tableau qui représentait sainte Marie l'Égyptienne et auquel elle avait de la dévotion : a Mes sœurs, dit-elle, n'en ont pointde semblables » . Elle avait un chapelet qu'elle aimait beaucoup : S. Charles Borromée l'avait béni et le Pape y avait attaché des indulgences. Elle le donna à la Mère Marie du Saint-Sacrement qui allait fonder les Carmélites d'Orléans : ail faut, lui dit-elle, se défaire de toutes les choses qu'on aime, quand même elles seraient saintes, afin de ne rien avoir en propre ^ y>.
Le mépris qu'elle avait pour elle-même lui faisait repousser toute espèce de félicitations. Elle n'ouvrait presque jamais la bouche que pour s'accuser de ses défauts. Dans la crainte de s'attirer des louanges, elle ne parlait jamais la première sur les choses de Dieu, ou si elle le faisait, elle s'arrêtait bientôt, en disant qu'en sa qualité de sœur converse elle devait se taire et écouter les autres.
Marie de l'Incarnation avait une dévotion toute spéciale pour la passion du Sauveur. Elle fit bâtir, dans le jardin du couvent, un ermitage représentant le mont Calvaire, élevé de quinze degrés, afin que les religieuses, y montant, pratiquassent la dévotion de Véchelle sainte. Cet ermitage était tellement en-
^ Le chapelet que laissa notre Bienheureuse en mourant^ fut réclamé comme une relique par Marie de MédiciSé
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touré d'épines et de feuillages qu'on ne pouvait point apercevoir la religieuse qui s'y retirait pour faire oraison.
Tant de vertus et d'abnégation furent récompensées par des faveurs extraordinaires. Ce fut pendant l'année de son noviciat que notre Bienheureuse vit se multiplier ses extases et ses ravissements; qu'elle aperçut, dans une vision, son époux au milieu des Bienheureux, et que, par ses prières, elle obtint la guérison du jeune Henri, duc de Longueville.
La sainte novice devait prononcer ses vœux le 8 avril 1615. Comme elle venait d'être gravement malade, on transporta son lit dans l'une des salles de l'infirmerie qui donnait sur l'église. M. de BéruUe et la mère Isabelle de Jésus reçurent ses vœux en présence de la communauté. Nous avons vu, dans le registre des Professions des Carmélites d'Amiens, celle que Marie de l'Incarnation y écrivit alors de sa main. Pendant cette maladie, dont la plus grave période précéda sa profession, la Bienheureuse ne cessa d'édifier la communauté par sa patience et sa résignation, oc Mon Dieu, s'écriaitelle, je ne puis vous demander de me conserver la vie que pour avoir le moyen de souffrir plus longtemps. y> Ce ne fut que par obéissance qu'elle pria Dieu de la guérir. Un jour, pendant l'oraison du matin, elle reçut des grâces extraordinaires, à la vue d'un grand crucifix qui se trouvaitsur la balustrade de l'église, et qu'elle apercevait à travers la grille de la chambre oii l'on avait transporté son lit * .
* Ce crucifix est conservé par les Carmélites d'Amiens.
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Marie resta cinq heures dans un ravissement esta* tique. A la suite de cette crise, elle recouvra une partie de ses forces et entra en convalescence.
Quand les six années du priorat de la mère Isabelle de Jésus furent expirées, en 1616, on procéda à l'élection, en présence de M. Duval. L'unanimité des voix se porta sur notre Bienheureuse, qui refusa d'accepter cette charge. M. Duval lui vint en aide en représentant à la communauté qu'une sœur converse ne pouvait être choisie pour prieure,et que d'ailleurs. Dieu ayant assigné à Marie de l'Incarnation le rang qu'elle devait tenir dans le cloître, rien ne pouvait être changé à cet égard. On procéda donc à une nouvelle élection et le choix tomba sur la fondatrice de la maison, la mère Anne du Saint-Sacrement, qui était alors sous-prieure du couvent de Paris. Elle s'était appelée dans le monde Anne de Viole. Fille d'un conseiller au parlement de Paris, elle était entrée dans la petite Congrégation de Sainte-Geneviève. Pendant son priorat, elle fit beaucoup de bien au monastère d'Amiens, fondé en grande partie par sa générosité.
La communauté, voulant en quelque sorte se dédommager du refus de madame Acarie, nomma sous-prieure sa fille ainée, Marie, qui avait pris le voile à Paris, en 1608, sous le nom de Marie de Jésus. Elle était déjà à Amiens, en 1615, lorsque sa mère y fit profession * . En attendant la prieure, c'était la sous-prieure qui devait gouverner la mai-
^ La sœur Marie de Jésus quitta Amiens en 1620, pour êti^e prieure du n^onastcre d'Orléans, où elle mourut en 1641.
LA B. MARIE DE l'iNCABNATION. 215
son. Ce fut une occasion pour Marie de Tlncarnation, elle qui était mère par la nature, de s'humilier devant sa fille, qui devenait samère par la religion. La fille du garde des sceaux de Marillac, alors carmélite à Amiens, écrivit ces lignes à ce sujet : ce On ne l'a jamais vue, ni par surprise, ni par récréation, manquer tant soit peu de respect envers celle que la nature lui avait assujétie et que la grâce lui avait donnée pour supérieure. Elle lui déférait et lui obéissait en toutes choses avec une simplicité d'enfant, d
Dans une visite qu'André Duval vint faire à Amiens, il ordonna à la sœur Marie de l'Incarnation d'écouter les religieuses qui voudraient lui parler de leurs dispositions intérieures et de leur faire les réponses qu'elle jugerait convenable. L'humilité dont la Bienheureuse était remplie l'empêchait souvent de se. prêter à cette bonne œuvre. Elle eut beau représenter qu'elle avait plus besoin d'avis que les autres, et que son devoir, en qualité de sœur converse, était de se taire et d'écouter : M. Duval persista dans l'ordre qu'il venait de lui donner et lui dit que puisqu'elle avait beaucoup de talent pour la conduite des âmes, elle devait en faire usage.
Les infirmités de cette sainte femme devenant de plus en plus grandes, les Supérieurs, MM. Gallemant, de BéruUe et Duval, crurent devoir lui ordonner de se rendre au monastère de Pontoise, où elle serait plus à portée de recevoir les secours dont elle avait besoin, à cause de la proximité de Paris. La veille de son départ, la sœur Marie demanda pardon aux religieuses d'Amiens, des mauvais exem-
216 LA B. MARIE DE l'iNGARNATION.
pies qu'elle leur avait donnés. Elle parla d'un ton si pénétré et répandit des larmes si abondantes qu'on aurait cru qu'elle disait vrai, si on l'eût moins connue.
Madame Acarie arriva à Pontoise le 7 décembre 1616, après avoir séjourné près de trois ans à Amiens. L'espace nous manque pour raconter tous les services qu'elle rendît au monastère de Pontoise dans l'ordre matériel et spirituel.
La Bienheureuse tomba gravement malade le 7 février 1618. L'apoplexie et la paralysie combinaient leurs dangers. Après plusieurs visions qui la comblèrent de joie, elle mourut le 18 avril, à l'âge de cinquante-deux ans, deux mois et sept jours, en ne comptant pas les dix jours qui ont été retranchés du calendrierpar Grégoire XIII. Il y avait treize ans et demi que l'ordre des Carmélites réformées avait été établi en France par ses soins et il y possédait déjà dix-huit maisons * .
<t Le siècle de Madame Acarie, dit M. l'abbé Tron, qui ne pensait pas, comme le nôtre, qu'un Ordre
* Paris, Iw couvent, rue S. Jacques, 1604. — Pontoise, 1605.— Dijon, 1606.— Amiens, 1606 —Tours, -1608. — Rouen, 1609. — Bordeaux, 1640.- Châlons, 1640.— Dôle, 1644.-Dieppe,1615.— Toulouse, I616.-Caen, ^ 646.— Besançon, 1616.— Lyon, 1616.— Orléans, 1617. — Paris, deuxième maison, rue Chapon, 1617. — • Bourges, -1617.— Saintes, 1617. (Archives du couvent des Carmélites de la rue d'Enfer.) Il existe actuellement en France 65 maisons de Carmélites. La Picardie n'en compte que trois ; celle d'Amiens qui fut rétablie en 18 1 5, rue St -Jacques, et transférée en 1833 rue Porte-Paris; celle d'Abbeville, fondée en 1636, et celle de Compiègne, en 1867.
* La B' Marie de V Incarnation^ p. 445.
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destiné à plaider auprès de Dieu les intérêts spirituels de rhomme fût inutile, ni qu'il fût inférieur aux Ordres qui se vouent au soulagement de nos misères corporelles, dut certes savoir grand gré h cette femme admirable de ses nombreuses fondations ; et nos penseurs du jour, qui affectent un certain spiritualisme, devraient bien comprendre aussi combien il est nécessaire qu'il y ait dans la société quelques associations d'âmes d'élite, aussi élevées par leurs affections et leurs pensées, au-dessus du commun des hommes, que les cieux sont distants de la terre, comme pour formej* en quelque sorte comme la tête, le cœur et l'âme du corps social,et pour louer, bénir, adorer, prier, conjurer, apaiser le Ciel au nom delà grande famille humaine. J'admire et je bénis la sœur de charité qui cicatrise nos plaies et console nos douleurs ; mais je vénère et je bénis aussi la carmélite qui prie pour ceux qui ne prient pas, qui châtie son corps pour ceux qui ne connaissent aucune expiation, qui bénit Dieu et l'adore pour ceux qui l'oublient ; car il y a une certaine solidarité entre les enfants d'une même famille. Et ne sait-on pas que Dieu accorde souvent de grandes grâces aux uns, en faveur des autres. »
Diverses circonstances déterminèrent à poursuivre* la béatification de la sœur Marie de l'Incarnation. De merveilleuses odeurs s'étaient échappées de son tombeau à
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plusieurs reprises; des personnes dignes de foi affirmaient ravoir vue leur apparaître ; enfin, divers malades avaient été guéris par son intercession. Sur la demande de l'Archevêque de Rouen, cinq commissaires apostoliques furent délégués, en 1630, pour faire des informations sur les vertus et les miracles de Marie de l'Incarnation. 193 témoins furent entendus tant à Paris qu'à Amiens, à Pontoise, à Saint-Denis, à Gisors, à Chartres, à Noyon, à Orléans et à Bar-le-Duc. Sur ces entrefaites, le Pape Urbain VIII prescrivit de n'entamer aucun procès de béatification que cinquante ans après la mort de la personne décédée en odeur de sainteté. La poursuite de cette cause fut donc forcément interrompue ; reprise en 1784, elle fut terminée en 1791 . La cérémonie de la béatification se fit le 5 juin dans la basilique de Saint-Pierre. Les Carmélites d'Amiens ne purent s'unir à cette fête : la Révolution les avait exilées.
Le culte de la B. Marie de l'Incarnation est très en honneur à Pontoise, où de nombreux pèlerins vont prier près de son tombeau pendant la neuvaine qui précède sa fête.
Les Églises d'Amiens, de Paris et de Versailles^ ainsi que tous les couvents de Carmélites, célèbrent, le 18 avril, la fête de la B. Marie de l'Incarnation.
RELIQUES
Marie de l'Incarnation fut inhumée dans le cloître du couvent des Carmélites de Pontoise. M. de Marillac érigea sur ses dépouilles un tombeau de pierre de liais qui existe encore aujourd'hui, et qui devint aussitôt un but de pèlerinage. S. François de Sales, Ste Chantai, Marie de Médicis, Anne d'Autriche allèrent s'y agenouiller.
Un plus riche mausolée, détruit à la Révolution, fut érigé en 1626, grâce aux libéralités réunies de Louis XIII, de Marie de Médicis et de M. de Marillac.
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En 1634, les Carmélites de Pontoise, redoutant les suites des irruptions des Espagnols,- retirèrent le corps de la Bienheureuse de son tombeau et l'inhumèrent dans leur cimetière.
En 1792, les reliques furent enterrées, par les soins religieux de M. le comte de Mouthiers, dans le cimetière de la paroisse de Nucourt. Exhumées en 1797, déposées alors dans la chapelle du château de Nucourt, elles ont été rendues aux Carmélites de Pontoise, le 7 mai 1822, et mises dans une châsse donnée par M® de Soyecourt. a C'est là, dit Mgr Dupanloup, c'est là, dans For et la soie d*une grande et belle châsse, que repose aujourd'hui en paix, parmi les vœux des fidèles et des âmes pieuses, le corps vénéré de cette sainte femme ; ce corps, que le cilice, le jeune, le travail des mains, une longue suite de veilles, de sueurs et de larmes, et tant de saintes œuvres ont préparé aux splendeurs de la Résurrection glorieuse ; ce corps qui fut un temple si pur du Saint-Esprit ; ce corps si pénitent, en qui la mortification accomplit ce qui manque pour chacun de nous aux souffrances de Jésus-Christ, et qui, en récompense, portera à jamais dans le ciel les stigmates glorieux de ce divin Sauveur ! »
La chambre d'infirmerie qu'avait occupée la B. Marie aux Carmélites d'Amiens, fut convertie après sa mort en un oratoire où l'on conservait parfois le Saint-Sacrement. Au mois de juin 1625, Marié de Médicis, Anne d'Autriche et Henriette-Marie de France, passant à Amiens, voulurent visiter cette pièce et la cellule de la B. Marie. Elles voulurent aussi qu'on leur montrât le crucifix à la vue duquel cette sainte religieuse avait reçu des grâces si extraordinaires, et qu'on leur donnât par écrit la relation de ce qu'elle avait alors éprouvé. Le P. Hervé, qui rapporte cette visite, dit l'avoir apprise de la Mère Madeleine qui était religieuse à Amiens en 1625 et qui devint ensuite prieure à Bourges.
Les habits séculiers que Madame Acarie quitta pour prendre le voile à Amiens, furent conservés longtemps comme des reliques* Jeanne L'Epervier qui garda une de
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ses manches, a attesté que plusieurs malades avaient été guéris en la touchant.
Nerlande nous apprend que de son temps on conservait à Port une relique delà bienheureuse Marie {Dissert, manuscrite sur S. Honoré),
On conserve au couvent des Carmélites d* Amiens le cœur, un œil et un gros os de la B. Marie de l'Incarnation, ainsi que son manteau et des fragments de divers vêtements.
On y possède aussi quatre petits traités de dévotion, dont l'un consiste en quelques avis adressés à la nièce du P. Coton qui était carmélite à Amiens, sous le nom de sœur Thérèse du Saint-Sacrement, et quelques lettres datées de Paris, d'Amiens et de Pontoise.
Nous avons vu d'autres petites reliques dans les couvents du Sacré-Cœur, de la Sainte-Famille, des Ursulines et de la Visitation, à Aiiliens, et dans la chapelle , des Carmélites d'Abbeville.
Un os du bras est vénéré à l'église Saint-Nicolas-des- Champs de Paris ; un autre à l'église Saint-Merry.
ICONOGRAPHIE
Le portrait de notre Bienheureuse a été gravé par Van Lochom, Van Merlen, Montcornet, Lenfant et Adelinck, d'après te moule que M. de Marillac fit prendre de son visage, immédiatement après sa mort. Les Carmélites de Pontoise possèdent un ancien dessin au crayon qu'on dit ressembler à la Bienheureuse. Les Carmélites de la rue Chapon conservent aussi un tableau peint à Thuile, où la sœur Marie est représentée voyant une apparition de Ste Thérèse. Ce pourrait être l'œuvre de Vouet ou du moins une copie de cet original. (Dupanloup, Vie de la B. Marie de l Incarnation^ ii, 405).
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Dans un tableau de FErmitage qiû portait son nom, à Pontoise, elle est représentée s'appuyant delaimajn droite sur sa canne.
En tête de sa F/c, publiée par Hervé, Jean Lenfant, d'Abbeville, a gravé le portrait de la Bienheureuse tenant un cœur dans sa main. Dans d'autres images, elle tient une croix que baise un ange.
Boucher a fait graver par Massart une estampe destinée à orner sa Vie de la B. Sœur Marie. Le sujet principal représente la glorificationde la Sainte. Les sujets deTencadrement nous offrent les portraits de divers personnages dont l'histoire est liée à celle du Carmel de France et quelques scènes de la vie de la B. Marie, entre autres sa prise de voile aux Carmélites d'Amiens.
M. l'abbé Tron a donné, dans sa Vie de la B. Marie ^ la gravure de la statue agenouillée de la Sainte qui faisait partie de son mausolée, érigé par M. de Marillac et Marie de Médicis, et le dessin du reliquaire donné au couvent de Pontoise par Madame de Soyecourt.
BIBUOGRA>HIE.
André Duval, la Vie admirable de sœur Marie de fincarnation, Paris (sept éditions de 1621 à 1625). — Daniel Hervé, la Vie chrétienne de la vénérable Marie de V Incarnation. Paris, 1666, in 8°. — Daire, Histoire littéraire d* Amiens ^ p, 272. — L'abbé de Montis, Vie de la B. Marie de [Incarnation, Paris, 1778, in-12. — Le P. de Vernon, Conduite chrétienne, — Manmcrits de Pages, i, 349; iv, 397. — HiLARiON de Coste, Histoirc cathoUquc du XVI"^ siècle.-^ Relation des cérémonies observées à la béatification de la Sœur Marie de V Incarnation, Rome, 1791, in-4;0. — Béatification de Madame Acarie^ dite Sœur Marie de V Incarnation. Paris, 1791, in-8° de 14 pages. — J.-A. Boucher, Vie de la B.
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Marie de Plncamation,àite dans le monde Mademoiselle Acarie. Paris, 1>800, in-8®. — Le même ouvrage revu et considérablement augmenté par Mgr TEvêque d'Orléans. Paris, 1854, 2 vol. in-12. — L*abbé Tron, Recherches historiques sur Pontoise, 1840, in-8»; la B, Marie de V Incarnation, 1841, inl2. — Victor Cousin, la Jeunesse de M^^ de Longueville, appendice sur les Carmélites. — Hunkler, Vie des Saints du diocèse de Paris^ i, 101. — Bréviaires de Paris, — Propre du diocèse d'Amiens. — Recueils hagiographiques de GiRY, GoDESCARD (édition Leglay), Mgr Guérin, etc.