‹ Hagiographie du diocèse d'Amiens (volume 2)Chapitre 61 sur 65 · DEPOS. PR. KAL. DEC · texte numérisé non relu

DEPOS. PR. KAL. DEC

NAT. AMBIANA

S^' THEUDOSlfi, MARTYRE. 527

C'est-à-dire : Aureliœ Tliendosiœ benignissimœ et incomparabili feminœ Aurelius Optatus coiyugi innocentissmœ depositœ pridie kalendas decembris^ fiaiione Ambiana^ bene mereniifecit. (A Aurélie Theudosie, très-douce et incomparable femme. Aurelius Optatus à son épouse très-innocente, déposée {ici)y la veille des calendes de décembre (30 novembre) , de nation amiénoise. Il a fait {cette épitaphe à elle) bien méritante).

Nous croyons avec M. Fr. Lenormant quMwre/î'a est bien le nom de la famille de Theudosie et non point, comme Ta supposé Mgr Gerbet, le nom féminisé de son mari. Theiidosia est le nom personnel de la martyre. La syllabe ///eu indique- t-elle, comme l'ont pensé Mgr Gerbet et M. Bonnetty, une origine gauloise ou germaine? nous ne le pensons pas. C'est là une forme dorienne qui était fort usitée, chez les Cretois et les Rhodiens, par exemple : nous la retrouvons dans beaucoup d'auteurs grecs et romains, ainsi que dans l'épigrapliie latine des IV' et V* siècles. Si cette forme theUy qu'on prononçait théouy n'indique pas exclusivement une provenance septentrionale, il faut reconnaître, d'autre part, que ce nom, véritablement grec, ne doit pas faire supposer que celle qui le portait fût d'origine hellénique : car de nombreuses inscriptions témoignent que beaucoup de gauloises portaient un nom grec.

Mgr Gerbet et M. Bonnetty ont émis quelques hypothèses sur l'identité qui pourrait exister entre la sainte amiénoise et la sainte Aurélie inscrite au 2 décembre, ou bien avec les saintes du martyrologe romain qui s'appellent ïhéodosie. Nous ne saurions

528 s** THEUDOSIE, MARTYRE.

les suivre dans cette voie, par cette raison décisive que les martyrologes de Rome n'ont jamais inscrit que les saints probati, c'est-à-dire dont les osse- * ments avaient été recueillis pour devenir l'objet d'un culte quelconque.

M. Bonnetty croit que le nom d'Aurélius indique une parenté avec l'empereur qui s'appelait ainsi. M. Fr. Lenormant pense au contraire que les noms des deux époux indiquent le IIP siècle et la qualité d'affranchis impériaux ou de descendants d'affranchis impériaux.

Avec M. Adrien de Longperrier, nous lisons naliom ambiatia, de nation amiénoise, et non pas 7iata ambiana^ comme l'ont fait Mgr Gerbet et M. Bonnetty. Cette dernière phrase ne serait point latine (il aurait fallu le substantif Ambiant^) ni de style épigraphique. Le mot nalio s'emploie parfois pour les circonscriptions particulières qui composent une grande nation et même pour les grandes villes. Aussi ne voudrions-nous pas conclure d'une manière trop absolue que Theudosie soit née à Amiens : cela est possible, mais ce qui seul est certain, c'est qu'elle naquit dans TAmiénois, dans le pagus Ambianensis.

Nous disons que cela est certaiji, parce qu'aucune autre interprétation ne saurait être donnée à Ambiana. Il n'existe, dans l'ancien monde, aucune ville, aucune province qui ait porté ce nom. Les appellations qui s'en rapprochent le plus sont Ambia, ville épiscopale de la Mauritanie, et Ambiaiinum, ville désignée par Strabon et située à l'emplacement actuel de Konigsthul (Prusse rhénane). Ambianus,

S*° THEUDOSIE, MARTYRE. 529

signification à'amiéfwis se trouve dans J. César, dans Strabon , dans Pline, dans Eumène et dans rinscription trouvée à Saint-Pierre-Montjoux. La forme secondaire AmbianctisiSy beaucoup plus récente, n'apparaît qu'au V* siècle dans la Noticia provinciarum Galliœ,

Mgr de Salinis écrivait, dans son mandement du 28 avril 1853 : t Ce n'était pas l'usage de marquer, dans l'épitaphe des martyrs, le lieu de leur naissance. Un des plus savants archéologues de Rome nous disait qu'il s'en rappelait à peine un exemple, fourni par l'inscription tumulaire d'une sainte de Nicomédie.» Cette mention ne fut pas aussi insolite que le supposait ce savant italien. « On possède au-delà des Monts, dit M. Le Blant {Inscriptions cimiiiennrs de la Gaule y préface, p. cxxxvi), des épitaphes appartenant à des enfants de la Gaule. . . Quelque rare que soit, dans les épitaphes des fidèles, la mention de la patrie, j'ai pu ainsi retrouver les noms de quelques-uns de nos pères à Vercelli, à Pesaro, à Borne, dans le sein même des catacombes. »

Pour ne parler ici que de l'appellation Ambianus, nous la voyons dans deux inscriptions que nous allons reproduire, la première trouvée à Saint- Pierre-Montjoux ; la seconde, dont le marbre, du temps de Gruter qui l'a publiée, était exposé daçs les jardins du palais de Médicis.

NUMINIBVS AVGCf

lOVI POENIDO

SABINEIVS CENSOR

AMBIANVS

530 s*** THKIDOSIF, NfARTYRE,

Page 1