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nas faire intervenir la foi, l'Eglise et la théologie dans les matières auxquelles les arguments d’ordre surnature] sont complètement étrangers.
De même qu’on ne saurait dénier le nom de catholiques à nos diverses revues — telles que la Revue Canadienne, la Nouvelle-France, le Parler Français, etc. — sous prétexte qu’elles poursuivent différents objectifs et limitent lëur champ d’action ; ainsi serait-il également injuste de le refuser à un journal politique, social et littéraire, parce qu’il n’institue pas dans ses colonnes une chaire de théologie et de morale et n’adresse pas chaque jour un sermon à ses lecteurs.
Qu'il y ait des journaux qui assument cette besogne, je n’y trouve pas à redire; ÿ’applaudis même au bien qu’ils sont appelés à faire, s’ils s’en acquittent judicieusement et honnêtement, suivant les instructions du Souverain-Pontife. Mais on conviendra qu’il y a place pour d’autres journaux dans le vaste champ de la presse; que, tout en étant catholiques, nous ne faisons pas moins pour cela partie d’une société temporelle: que la société temporelle, libre et indépendante dans sa sphère d’aclion, tout en étant subordonnée à la fin dernière et surnaturelle, peut et doit aviser aux moyens propres à la poursuite de sa fin immédiate, qui est, suivant S. Thomas, de promouvoir l’honnête prospérité temporelle de ses membres.
Conséquemment, il peut et il doit y avoir des journaux vraiment catholiques qui, ne voulant pas formellement tout embrasser, au risque de mal étreindre,
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limitent plus spécialement leur Programme au questions d’ordre temporel, tout en n’excluant pas les autres, quand l’occasion et Vopportunité s’en présentent.
Ces journaux pénétreront — ils pénètrent — ]à où les autres à teinte théologique et reli,.suse resteront toujours inconnus ou sans aucune influence. Ils feront le bien là où les autres ne Peuvent pas l’accomplir.
Pourquoi y aurait-il là matière à grief et à dénonciations? Labbé avoue lui-même que le métier de journaliste strictement catholique est très difficile. Pour l'exercer, dit-il, “il ne suffit ni des bonnes intentions, ni du zèle, ni même de la sainteté personnelle: il faut une science assez étendue et assez sûre, il faut des études constantes.” (Almanach, p. 50.) Et il aurait Pu ajouter: il faut, en outre, de la loyauté, de la sincérité dans l’extériorisation de sa science, comme aussi l'absence de toute Passion politique ou autre qui fasse sacrifier la vérité aux intérêts d’une coterie ou d’un parti, non plus qu'aux rancunes personnelles. (1)
(1) Suivant la Semaine religieuse de Québec, reproduite par l’ Action catholique du 10 octobre 1915, l’idée que se faisait du vrai journal catholique $. E, le cardinal Bégin, Quand fut fondée l’Action sociale, était celle-ci :
catholique avait pour mission de journal quotidien “hautement et : catholique dans ses doctrines, , Catholique dans ses appréchoses...” cole politico-thologique d’oser mpartial, à i
Or, si la tâche est si rude et comporte tant d’ennuis, même pour des théologiens de profession, pourquoi veut-il la faire assumer psr de simples laïques, qui ne sauraient y être préparés et qui, n'osant s’y aventurer au risque de briser leurs ailes, ne doivent certainement Pas contrecarrer en cela les voeux intimes de leur Ordinaire.
De même qu’il peut y avoir diverses espèces de journalisme catholique, il y a aussi liberté, en chaque diocèse, de juger quelle éspèce est le plus appropriée aux lieux et aux circonstances.
Encore une fois, toute revue ou tout journal n’est pas obligé de se faire l'organe de toutes vérités, bien qu’il doive adhérer à toutes vérités et n’en contredire aucune,
Un journal, tout en abordant maintes autres questions, peut, s’il le juge à propos, se spécialiser dans l'enseignement de la doctrine catholique, pourvu qu’il ne l'exagère pas et surtout qu’il ne la dénature pas et ne la violente pas pour en appuyer et faire triompher
l'Ecole d'obtenir d’eux le témoignage que dans les nombreux articles de journaux qu'elle a composés ou inspirés, dans l’article de l’Atmanach présentement en cause, dans la brochure “Où allons-nous?” elle s’est montrée hautement et exclusivement catholique en ses appréciations des hommes et des choses relativement à l'impérialisme et au nationalisme canadien. Car, je ne saurais trop le répéter, en fait d'appréciation des hommes et des choses, elle à souvent agi à l'encontre de toute règle catholique, elle a pris le contre-pied de l'esprit catholique, qui réprouve l’abus de la religion au service de la politique, tout comme les calomnies, les insinuations perfides et les dénonciations mal fondées.
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même les meilleures causes, encore moins pour la traîner dans les vulgaires chicanes humaines . Mais la liberté qu’il a d’agir ainsi n'implique pas pour les autres l’obli. gation et la nécessité de faire de même,
En outre, il est des vérités bonnes à dire et d’autres qu’il faut taire ou voiler, au risque de tout gâter. Il est aussi des vérités qu’un journal peut énoncer et qu’un autre journal ne doit Pas proclamer sous peine de compromettre l'oeuvre excellente qu’il accomplit par ailteurs.
Un exemple propre à illustrer ces deux dernieres remarques, Après avoir mis “la cause catholique” en garde contre le protestantisme matérialiste et le nationalisme, l'abbé de l’Almanach (P. 50) écrit:
“T1 lui faut (la cause catholique) maintenir sa bannière haute et bien en lumière, pour rallier autour d’elle, clairvoyants, fiers et Courageux, tous ceux que peut encore émouvoir la cause sacrée de Dieu, de l'Eglise et de la patrie, qui n’est qu’une seule et même cause.”
Il s’agit évidemment ici de l'Eglise catholique et romaine, de l'Eglise. Vu que seule elle possède la vérité intégrale et que l'idéal de toute société ne saurait se réaliser que dans la possession, la pratique et la mise en oeuvre de la vérité, il est clair que, dans ce sens et à cet égard, “la cause de lEglise et de la patrie n’est qu'une seule et même cause”, bien que sous maints autres rapports les deux causes soient réellement dis tinctes, puisque suivant Léon XIII, cité plus haut, elles sont d’ordre tout à fait différent, même là où Je catholicisme est la religion d'Etat.
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Mais pour notre Pays en majorité protestant, l’assertion de l'abbé — abstraction faite de son inexactitude en l’occurrence -- n'est-elle pas des plus inoppr ‘tunes ? Proclamer, au Canada, l’identification de la‘ cause de la patrie avec celle de Rome! Il y à de quoi soulever tous les adhérents des sectes protestantes, faire bondir et rugir tous les fanatismes à la fois.
L’abbé de l’Almanach peut se permettre de telles incartades de plume sans appréhender de graves conséquences, parce qu’elles viennent de lui, c’est-à-dire d’un ecclésiastique qui n’occupe qu'un rang secondaire dans la hiérarchie, Mais supposez qu’un de nos hommes publics tienne un pareil langage, proclame une telle doctrine, affiche comme un principe cette prétention ; supposez seulement que cela eût paru dans le Devoir sous la signature de son directeur, ou qu’on puisse l’extraire d’un livre de M. Bourassa! La cause catholique en serait-elle plus avancée? Peut-on dire que, dans l’occurrence, elle eût été intelligemment servie ?
Q—Mais “Patriote”, dans son pamphlet (pp. 34 et 35) dit que la presse nationaliste ne défend jamais l'Eglise, ni l'éducation catholique quand elles sont attaquées, qu’elle ne combat pas la franc-maçonnerie et la libre-pencée, qu’elle reste étrangère à la lutte contre le socialisme et l'alcoolisme? Est-ce là le fait d’un journal catholique ?
R—A cette accusation méchante laissez-moi opposer la réponse cinglante que publia le Progrès du Golfe (1er
décembre 1916), qui connaît très bien son abbé pour Vavoir longtemps pratiqué:
“Notons, dit-il, en Passanc que le Devoir, dor s’agit, et son directeur ont été les plus Courage! \ d seurs des écoles catholiques du Keewatin, quand d’autres catholiques rageusement orthodoxes pour damner le nationalisme se déclaraient alors satisi des dénis de justice du &ouvernement Borden : que même journal a prêté main-forte, plus que tout autse, aux COurageux jeunes gens qui ont délogé les frères de l'Emancipation ; que pas un journa! n’a plus fait pour activer au pays l'étude de Papologétique. Qu'on se rappelle à ce sujet, les articles du Devoir en favex. du Cours du Père Loiseau, la publicité qu’il dor aux Paroles du P. Plantier et l’aide efficace qu’il apporta à lenseignement catholique sur la question sociale lors des conférences du chanoine Desgranges, L’en sait aussi que le Devoir déclarait lors de sa fondation qu’il n'aurait jamais d’accointance aves les partisans de la buvette et qu'il eut toujours pour ligne de conduite de ne jamais patronner en quoi que ce toit la cause de Val:ol .par annonces Ou autrement, Je connais des journaux aujourd’hui farouchement prohibitionnistes qui n’ont pas t'ijours eu cette réserve.”
Oui, différemment de bien des journaux et conformément à la morale catholique, le Devoir n’est pas un journal mercantile et Luïtariste; il n’a Pas en vue le bénéfice ou la perte qu'il pourra faire, s'il se tait ou s’il parle, quand il s’agit du bien public; différem. ient
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de bien des journaux et conformément à la morale catholique, quoique Pauvre, il se prive de bien des revenus pour ne pas annoncer ce qu’il croit préjudiciable à la morale et à Ja vigueur de notre peuple, pour ne pas recommander mais plutôt dénoncer certains faiseurs qui veulent parvenir ou s’enrichir aux dépens de la fortune publique. Il se résigne même au boycottage de tout un groupe de citoyens, qui lui coupent Jes vivres parce qu’il défend trop vaillamment nos causes nationales et catholiques.
Et voilà comment il se trouve que la presse nationaliste est... neutre, acatholique !