‹ Ham, son château et ses prisonniersChapitre 2 sur 138 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

La ville de Ham joue un rôle si restreint dans Thistoire gé* nërale que, pour lier entr'eux les événements qui s*y sont passés et les enchaîner à Thistoire générale, il faudrait raconter les invasions des Normands, retracer le grand mouvement d'émancipation des communes, Télan des croisades ; esquisser à grands traits la grandeur et la décadence de la féodalité; peindre les horreurs des guerres de religion , les luttes sanglantes avec les Flamands, les Bourguignons, les Anglais et les Espagnols ; démontrer les excès de la centralisation administrative; en un mot écrire Thistoire de la Picardie.

Tel n*est pas notre but, le cadre que nous nous étions tracé, quoique déjà bien élargi , est beaucoup plus modeste; nous nous sommes proposé : 4^ de faire connaître les documents que nous avions rassemblés sur Torigine de Ham, sur ses institutions, sa commune, ses chartes , en citant les sources où nous les avions puisés.

S^ D'étudier ses monuments tant anciens que modernes , en recherchant leur origine. De conserver et de faire revivre, par la reproduction d'anciens plans, d'anciennes vues; et, par plus de cent gravures sur bois, insérées dans le texte, de faire connaître plusieurs monuments qui ont disparu, afin d'inspirer, pour ceux qui existent encore, le respect que méritent ces vieux témoins d'une autre époque.

3* De décrire ses établissements civils, religieux, charitables, d'étudier les transformations de son commerce, l'influence de ses corporations.

i*» De raconter les événements remarquables , les faits intéressants qui s'y sont passés , les sièges que la vilte a supportés. De faire connaître ses mœurs , ses coutumes.

5® De signaler les hommes que le pays a produits ; de décrire son château, ses tours, ses fortifications ; de donner les noms de ses seigneurs, de ses gouverneurs et des prisonniers qui y ont été détenus.

fi^ Enfin nous avons voulu, en publiant un plan représentant avec la plus grande exactitude la ville , le château et les alentours, constater Tétat actuel de Ham et fournir les moyens d'étudier utilement le plus grand nombre des faits mentionnés dans cette publication.

Pour rendre les recherches faciles, nous avons divisé ce travail en vingt-huit chapitres, dont vingt-et-un forment la première partie; elle comprend tout ce qui concerne la ville de Ham, son origine, sa commune, ses monuments, ses établissements civils, religieux, charitables, ses confréries, ses coutumes, ses sièges et sa biographie. — La seconde partie contient sept chapitres ; elle a rapport au château , à ses seigneurs et aux prisonniers qui y ont été enfermés. Cette division nous a paru présenter, pour les recherches, plus d'avantages que la méthode chronoh)gique , attendu qu'on ne connaît pas toujours k date du fait qu'on veut obtenir, tandis qu'on saura toujours dans quel ordre de matières on devra chercher le renseignement demandé.

Dans ce but nous avons fait suivre la TabU des matières par chapitres d'une seconde Table renfermant les matières principales classées par ordre alphabétique. Aujourd'hui qu'on étudie l'histoire par son côté statistique, la division par chapitres est la plus commode pour retrouver facilement les monuments épars du passé.

Nous ne nous sommes pas fait illusion sur ce qu'offrirait d'aride pour le lecteur le classement que nous avons adopté dans cet ouvrage, nous convenons sans peine qu'il eût présenté plus d'intérêt si nous avions, par des récits empruntés à Fhis -

toire générale, lié entr'eux les événements qui se sont passés à Ham; mais cette méthode eût nécessité trop de développements. En publiant ce volume, nous avons écrit pour ceux qui veulent étudier les institutions et les monuments de leur pays, connaître les événements qui s'y sont accomplis, plutôt que pour les lecteurs qui voudraient trouver^ dans ce modeste travail, les grands événements de Thistoire.

Nous croyons que les événements qui ont rapport à une localité ne tardent pas à être utiles à l'histoire en général et un coin de la France peut offrir matière à de hautes considérations morales et politiques. Est-ce que l'histoire de la France ne se compose pas de celle de chaque ville ? Notre étude sur Ham ne sera pas, nous l'espérons, sans intérêt ; car le théâtre, pour être moins vaste, offre toujours les mêmes passions. Le temps marche, les âges se succèdent, et plus d'une fois les traditions » les documents , chers aux habitants d'une ville, auraient disparu comme eux si des écrits, des publications ne les avaient , consignés avec soin. Les événements, les faits que nous allons rapporter, sont loin sans doute d'offrir l'intérêt qui s'attache à l'histoire de France ou même à celle d'une province ; mais ils ne trouveront pas indifférents, nous l'espérons, les arrièreneveux de ceux dont il est fait mention dans le cours de cet ouvrage. Le récit sera utilesurtout si, par l'attrait delà curiosité, il excite chez quelques lecteurs, le goût des études historiques , si fécondes en sérieux enseignements.

Nous avons éprouvé une véritable jouissance à parler des lieux qui ont été témoins de nos premiers pas dans la vie, à raconter la vie des hommes de mérite dont l'existence se lie essentiellement à l'histoire de Ham. Les uns y ont vu le jour, les autres nés ailleurs y sont venus jouer un rôle; leur existence , leur mémoire semblent nous appartenir plus qu'à tous autres, et nous nous enorgueillissons de leurs mérites.

Longtemps nous avons hésité à publier ce volume parce que, tous les jours, nos recherches nous mettaient sur la voie de

vin

nouveaux documents. Si nous nous sommes décidé à coordonner et à livrer à l'impression les notes que nous avions recueillies, c'est parce que nous en avons été vivement sollicité par beaucoup de nos compatriotes.

En laissant à notre ville natale ce témoignage de notre pa* triotisme» fruit de nos patientes et persévérantes recherches, nous sommes loin d'avoir la prétention de ne pas avoir fait d'erreurs; mais, comme tout ce qui a été avancé par nous est justifié par l'indication des sources, il sera toujours facile de contrôler nos assertions. Nous croyons que, lorsqu'on parle d'une époque obscure du passé, on ne saurait prétendre être cru sur parole.

Nous n'avons pas non plus la prétention d'avoir toujours écrit du nouveau et nous avons répété souvent ce i^ue l'on avait dit avant nous ; mais nous y avons ajouté le plus souvent des particularités , et des faits échappés aux investigations de nos devanciers.

Nous devons exprimer tous nos remerciments à nos gracieux ^collaborateurs MM. Léon Paulet, deMons, et Lucas, secré* taire de la mairie de Ham. Ces deux compatriotes ont poussé Tobligeance jusqu'à nous donner en communication bon nombre de renseignements qu'ils avaient rassemblés sur notre intéressante cité. Un semblable procédé nous inspire la reconnaissance la mieux sentie.

Ch. GOMART.

INTRODUCTION

ÉPOQUE CELTIQUE

N trouve à chaque pas , dans la Picardie, des témoignages irrécusables du séjour des Celtes. Le grand nombre de villages dont les noms indiquent cette origine, les rivières, les sources , dont quelques-unes portent encore le nom de leur ancien génie particulier , les Tumuli , les souterrains , nous fournissent à chaque pas des preuves que ce grand peuple a longtemps habité cette contrée.

En effet, si nous décomposons les noms des villages des environs de Ham , nous trouvons qu'ils ont presque tous une racine celtique, et, sans vouloir établir ici rien d'absolu , on ne peut méconnaître que la désinence des noms de lieux peut, dans une certaine mesure, servir à en déterminer Torigine.

Les nombreux villages dont les désinences se terminent par

2 INTRODUCTION

Court, (1) tels que Gricourt, Golancourl, Sancourt, Eaucourt, Caulaincoun, Guisancourt, etc., doivent leur nom à la langue celtique , qui est pour nous la primitive ; ceux dont le nom est Hem, Heim, Haim, comme Ham, le Hamel, le Hem , sont dérivés de la langue germanique; ceux terminés en inn, inny, que Ton prononce igny, comme Matigny, Pargny, Aubigny, Regny, Cartigny, etc. , font présumer qu'ils doivent leur origine aux Saxons. Enfin ceux terminés par le villa ou ville, Eppeville, Marteville, Viefville, etc., delà moyenne latinité , appartiennent évidemment à Tépoque romaine. Le Court, celtique; le Ham, germanique; le Ignies, saxon; le Ville, romain ; le Celle, franck, sont des racines de différentes langues qui signifient à peu près la môme chose , c'est-à-dire village , réunion de maisons d'habitation. Ainsi Remicourt a, en langue celtique, la même signification que Remignies en langue saxonne, c'est-à-dire: village de Rémi.

Les noms de quelques villages des environs de Ham nous paraissent tirer leur nom des dieux gaulois ; le ar, er, celtique (terre) , a donné Ercheu , Artemps , Arvillers. Le Tuis (dieu germain), a donné Tuigny. Le Ouvana (dieu germain), a fait Oignes. Le Œsus (grande divinité gauloise), a fait Aisecourt.

Plusieurs rivières et sources portent encore aujourd'hui les noms des génies particuliers des Celtes : Samara, la Somme; jEsia, l'Oise; Germania, la Germaine; Alminio, l'Aumignon , etc. etc., et, si les fontaines les plus importantes reflètent, dans la Picardie, l'image de la Vierge ou celle d'un saint, c'est parce qu'un des premiers soins de la religion chrétienne fut de consacrer les fontaines déifiées précédemment par un génie païen. Partout les mythes des anciens âges évoquent leurs fantômes poétiques , et cent endroits divers sont consacrés par les traditions féeriques de l'époque gauloise.

(1) Le mot court ou curt est celtique , il signifie habitation. Les Espagnols» celtes de nation, ont conserTé ce mot dans leur langue; Coriéa signifie encore chez eux réunion, assemblée.

ÉPOQUE CELTIQUE 3

Les Gaulois sont devenus chréliens sans répudier aucune des influences auxquelles ils avaient prêté une obéissance séculaire, et ils sont entrés de plein saut du druidisme dans la foi catholique. Le culte des fontaines , qui était encore si vivace au vu® siècle (puisque saint Ëloy le défendait dans son traité De rectitudins conversationisj , n'a pas encore cessé de nos jours, et les propriétés de guérir certaines maladies, attribuées au plus grand nombre des fontaines de Picardie, nous paraissent être des restes de paganisme, modifiés par la religion chrétienne.

Parmi les monuments attribués aux Celtes, les menhirs ou pierres levées (souvenirs mysiérieux des âges anté-historiques) , doivent occuper la première place. La Picardie est fière de pouvoir encore montrer plusieurs de ces pierres mémorables qui rendent témoignage de la grandeur de la race celtique.

Le Menhir de Doingt, près Péronne, qui s'élève majestueusement au milieu des prairies , à 1 00 "* au Sud de la route impériale n® 37, entre le village de Doingt et Péronne.

La pierre qui pousse, qu'on rencontre à peu de distance de Ham , dans le marais d'Eppeville, non loin des bords du canal de la Somme , est un monument celtique parfaitement conservé et d'un grand intérêt pour nos contrées. Une tradition prétend que ce bloc énorme fait tous les ans un tour sur lui-même pendant la nuit de Noël; ce qui lui a valu aussi le nom de pierre tournante, A la nuit, on y entend, dit-on, des voix confuses et l'on y a vu parfois des formes incertaines dans les vapeurs du crépuscule. Le bouvier aUardé vous affirmera avoir aperçu, à la chute du jour, des fées traçant à l'entour de cette pierre mystérieuse les cercles de leurs danses infernales.

Nous avons visité ce menhir, qui est non pas seul , mais entouré pour ainsi dire d'un groupe de pierres de même nature , beaucoup plus petites et plus enterrées que lui. La pierre principale ,, dont nous donnons ici le dessin , est un énorme pjrès

i3rna»iciios

LA PIEBMB QCI POUSSE > MElifBfR PRÈS DB HAM

ÉPOQUE CELTIQUE

qui sort de 2 °^ 80 *^ au-dessus du sol actuel et qui porte une largeur de 4 " 50 *^ sur " 50 * environ d'épaisseur. Sa surface, blanchie par la pluie, est très-dure.

Le tieu où cette pierre est placée indique évidemment le travail de rhomme , car on ne rencontre de carrière de grès qu'à une assez grande distance, et le bassin de la Somme, au milieu duquel ce monument s'élève , est formé en cet endroit d'une alluvion moderne avec tourbes assises sur un banc de craie it de marne. Le bloc n élc [iktiLlé de manière que l'extrémité la

plus volumineuse est en bas et la moins grosse en haut.

Ce monument d'un grand peuple n'était pas autrefois le seul que les environs de Ham eussent conservés, car les lieux dits la Haute Borne, le Champ à Bornes, mentionnés encore aujourd'hui sur les terroirs des communes de St- Siraon , Tugny , Trefcon , etc. etc., montrent que ces villages ont eu leurs menhirs.

D'aulrêg monumeiiis plus nombreux attestent que des bras bumains ont reinue te sol, et^ pour être simplement des tertre de lerre couverls dt? f^^azon , ils n'en sont pas moins les «fins aficious de nos conirees. Les environs de Ham présentent un grand nombre de monticules qu'on appelle mottes, loin- Mies ou tumuli.

La tombelle /fw^^in^f, à Monchy-Lagache ; — la tombelle Waring, à Vraignes; — la tombe Régnier, à Ugny-le-Gay ; (1)

(1) La tombe Régnier, désignée sur d'anciens titres sou» le nom de Tumutus Heinaldi, peut faire supposer qu'elle doit être le tombeau

Il 15TKODUCT109(

— ie Coquerel, à Fia vy-Ie-Martel ; — les tombelles de Durj' , — de MoDieseourt, — d'Happencoort, — d'Oroir, — de Savy, — de Beauvois , — d'Ëaneniain , — sont des buUes artifieidles de forme circulaire et conique , dont la circonférence , due évidemment à l'industrie des hommes , varie à l'infini. L'élévation est en rapport naturel avec la base ; toutefois les efforts du temps, du climat, de la culture, ont amené sur toute la périphérie un abaissement considérable.

Page 1