SCÈNE XII
Une chambre chez Polonius.
Laërte, Ophélie.
Laërte.
Mes effets sont à bord ; ma chère sœur adieu ! Quand les vents seront bons donnez-moi de ce lieu, Des nôtres et de vous, bien souvent des nouvelles.
Ophélie.
Comme un petit oiseau pour vous j'aurai des ailes, Frère, — n'en doutez pas.
Laërte.
• Pour Hamlet, chère sœur, Ne prenez trop à cœur le jet de sa faveur. Il n'est, vous le savez, libre de sa personne, Car de son choix dépend le sort de la couronne. Ne soyez donc pas trop crédule à ses chansons, Et tenez votre cœur toujours sur les arçons. La plus prudente fille est trop prodigue encore Si sa beauté se laisse adorer par l'aurore : Soyez donc avisée, et rappelez-vous, sœur. Que sûreté s'abrite aux plis de la pudeur !
Ophélie.
Je garderai l'effet de cette leçon, frère, Pour servir à mon cœur de veilleur salutaire : Mais n'agissez pas, vous, comme certains pasteurs Qui tout en nous montrant dans leurs propos menteurs Pour arriver au ciel les chemins pleins d'épines. Suivent en libertins les impures sentines De la lascivité. ^
Laërte.
Ne le craignez pas, sœur !
Je ne suis à ce point mauvais prédicateur. Je reste trop longtemps .... Mais j'apperçois mon père !