‹ HamletChapitre 75 sur 84 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Les mêmes. Osrick.

OSRICK.

Votre Seigneurie est la bienvenue à son retour en Danemarck.

Je vous remercie humblement Messire. (« Horace) Connais-tu cette mouche d'eau ?

Horace.

Non, mon bon Seigneur.

Tu n'en vaux que mieux, car c'est un vice que de la connaître.

OSRICK.

Mon doux Seigneur, si votre Seigneurie en a le loisir, je lui dirai quelque chose de la part du roi.

Je le recevrai, Messire, avec toute la diligence de mon esprit. Employez donc votre barrette à son usage normal, c'est pour garantir la tête qu'une barrette est faite et non pour entraver la main.

OSRICK.

Je remercie votre Seigneurie, il fait très chaud.

Non, croyez-moi, il fait très froid ; le vent souffle du nord.

OSRICK.

n fait en effet assez froid, Monseigneur.

Et cependant il me semble qu'il fait étouffant, et chaud surtout pour mon tempérament.

OSRICK.

Excessivement, Monseigneur, c'est étouffant, comme qui dirait. Je ne sais comment cela se fait. Mais Monseigneur le roi m'a chargé de vous faire connaître qu'il a parié gros sur votre tête. Messire, voici le sujet.

Je vous supplie, rappelez-vous

{Lui faisant signe de remettre sa barrette sur la tête.)

OSRICK.

Non pas, en bonne conscience, c'est pour ma propre commodité, de bonne foi.(*) Messire voici maintenant arrivé à la cour Laërte ;

(I) Une question, k l'adresse des " Notes and Querics." Est-ce que Shake- Hpeare aurait eu vent dès son temps que dans la famille du Duc de Levis (ces

croyez-moi, c'est un gentilhomme accompli, un épitorae de qualités diverses, il est d'un commerce fort agréable, et de grand éclat ; yraiment pour parler de lui comme il convient, c'est la carte et le calendrier de la gentilhommerie, car vous trouverez en lui tout ce qu'on aime à trouver dans les vrais gentilhommes, il en est la fleur des pois.

Messire vous dessinez de main de maître, son portrait ne peut rien perdre entre vos mains. Mais dans quel but la mention du nom de ce gentilhomme ?

De Laërte?

OSRICK.

Haîhlet.

De lui-même, Messire.

OSRICK.

Je sais que vous n'êtes pas ignorant

Je voudrais que vous le sussiez, Messire ; cependant en bonne

gens là ont la prétention de descendre de la tribu de Levi) il existait dans le vieux manoir du chef de la famille, un tableau, représentant la Vierge Marie disant à un individu de la mégnie Levis, qui est devant elle, la tête nue: " Mon Cousin ! couvrez- vous ! " Ce à quoi celui-ci répond — par des mots qui lui sortent de la bouche, en style légendaire, sur une espèce de papyrus :

'• Ma Cousine, c'est pour ma commodité ! " Ou dans la langue de Shakespeare :

"Nay, in goodfaith; for mine ease, in goodfaiih." Quel bon brevet d'ancienneté pour la famille du feu Duc de Levis non«! lui révélons! .... Du Duc de Levis

" Qui ne fut jamais rien Sinon Académicien I " . . .

Académicien! parce qu'il était Duc, comme feu le Duc Pasquicr, Académicien comme le sera, s'il lui plaît le Duc Persigny de nouvelle fabrique! Ce corps savant, l'académie françîUse, aimant î\ se recruter parmi les nullités titrées! — Note du Traducteur.

conscience, quand même vous le sauriez, ce ne serait guère un bon point pour moi. Eh bien ! Messire ....

OSRICK. Vous n'ignorez pas l'excellence de Laërte.

Je n'ose avouer cela, de peur que je ne me compare avec lui en fait d'excellence ; mais connaître bien un homme serait se connaître soi-même.

OSRICK.

Je veux dire, Messire, en fait de maniement d'armes.

Quelles sont ses armes ?

OSRICK.

Rapière et poignard.

Ce sont deux de ses armes. Eh bien ! quoi encore ?

OSRICK.

Le roi, Messire, a parié avec lui six chevaux barbes, contre lesquels lui, a mis en enjeu six rapières et poignards français avec leurs appartenances, tels que ceinturons, pendants et ainsi de suite. Trois des affûts sont, à vrai dire, magnifiques, et répondent bien aux poignées ; ce sont des affûts de très belle venue.

Qu'appelez-vous affûts?

OSRICK.

Les affûts, Messire, sont les pendants.

La phrase serait plus analogue au sujet si nous pouvions porter des canons à nos cotés. Alors je pourrais consentir à ce que

ce fussent des pendants. Mais allez toujours. Six chevaux de barbarie contre six épées françaises, leurs dépendances, et trois affûts de belle venue, voilà la gageure française contre les Danois. Pourquoi a-t-on fait cet enjeu comme vous l'appelez ?

OSEICK.

Le roi, Messire, a parié que dans une douzaine de passes entre vous et lui, il n'aura pas l'avantage sur vous de trois coups de plus; il a parié pour douze ou poui* neuf; et l'épreuve sera faite immédiatement, si votre Seigneurie daigne donner une réponse.

Mais si j'allais répondre non?

OSRICK.

Je veux dire. Monseigneur, si vous voulez bien exposer votre personne à l'épreuve.

Messire, s'il plaît à son Altesse, qu'on apporte les fleurets, et le gentilhomme disposé à tenter l'épreuve, et le roi aura ce qu'il demande. Je gagnerai pour lui si je le puis ; sinon je ne gagnerai rien excepté ma courte honte et les coups impairs.

OSRICK.

Donnerai -je réponse dans ce sens ?

A cet effet, Messire, à grand renfort de fleurs de rhétorique que votre nature vous porte à semer.

OSRICK.

Je rends mes devoirs à votre Seigneurie.

(// sort.)

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