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XVI INTRODUCTION

licence destructive de toute forme et de tout équilibre. La préoccupation toute germanique de dépasser le réel entraîne constamment Wagner; c'est ainsi que, dans l'instrumentation, il a tiré un grand parti de traits impraticables, ne pouvant s'exécuter que par à peu près, h' Incantation du feu de la Walkyrie est le triomphe de ce procédé. Le résultat est fort beau, mais n'est-il pas dangereux d'habituer les exécutants à ce genre de travail ? L'a peu près devient facilement une habitude. Dans certains théâtres où on joue souvent le répertoire de Wagner, l'orchestre joue faux, les chanteurs chantent faux, et personne ne s'en aperçoit : exécutants et auditeurs ont l'oreille faussée.

D'après tout cela, on peut voir s'il est facile de se faire une opinion arrêtée sur des

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œuvres si complexes, si inégales, embrassant, depuis Rienzijusqu'k Parsifal, tant de styles différents. Les wagnériens ont pour cela un moyen bien simple : ils admirent tout. L'un vous dit sans rire que, lorsqu'on assiste à la z^eprésentation d'une œuvre du maître, il faut mettre de côté tout sens critique; l'autre que tel passage destiné à être chanté est beau, abstraction faite de l'effet vocal. Tandis que, sans connaître à fond les théories des autres musiciens, on les accuse à chaque instant de manquer de conviction, Wagner peut écrire les choses les plus disparates, sa conviction ne sera jamais mise en doute.

Il peut ressasser à satiété des formules comme dans Tannhaïiser et Lohengrin, ou s'en affranchir comme dans les ouvrages suivants :

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Qu'importe ! il l'a voulu ainsi.

Il peut rester soixante mesures d'un mouvement modéré sur le même accord , ou moduler à chaque note :

Qu'importe! il l'a voulu ainsi.

Il peut se livrer à une polyphonie exagérée, ou écrire des duos et chœurs h l'unisson :

Qu'importe! il l'a voulu ainsi.

Il peut essayer des effets de scènes réalistes, comme l'arrivée du cygne dans Lohengrin, le chœur des fileuses dans le Vaisseau fantôme, ou sortir de toute vraisemblance et faire rester ses personnages immobiles comme des figures de cire pendant des scènes, des actes entiers :

Qu'importe! il l'a voulu ainsi.

Et je répéterai volontiers avec les wag-

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nériens : ce Qu'importe! il Fa voulu ainsi! )) étant avant tout pour la liberté de l'art et des génies.

Mais je demande, moi aussi, à conserver ma liberté, à admirer ce qui me plaît, à ne pas admirer le reste ; à trouver long ce qui est long, discordant ce qui est discordant, absurde ce qui est absurde. Voilà justement ce que les wagnériens ne veulent pas admettre. Ils vous prennent à la gorge; il faut admirer toujours et quand même. Des gens incapables déjouer sur le piano les choses les plus faciles, et qui ne savent pas un mot d'allemand, passent des soirées entières à déchiffrer les partitions les plus difficiles qui soient au monde, à chanter cette musique dont chaque note n'a de sens que jointe au mot sur lequel elle est écrite, et se pâment d'admiration. Wagner a tout inventé ; il n'existait

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