‹ Harmonies poétiques et religieuses (volume 2)Chapitre 32 sur 96 · LÀ PERTE DE L'ANIO · texte numérisé non relu

LÀ PERTE DE L'ANIO

Vient braver, grâce à lui, le temps quUl a franchi ?

Toi, qui vis sur tes bords les oppresseurs du monde

Errer et demander du sommeil à ton onde *,

TibuUe soupirer les délires du cœur ,

Scipion dédaigner les faisceaux du licteur,

César fuir son triomphe au fond de tes retraites.

Mécène y mendier de la gloire aux poètes,

Brutus rêver le crime, et Caton la vertu.

Dans tes cent mille voix. Fleuve, que me dis-tu?

ITapportes-tu des sons de la lyre d^Horace ?

Ou la voix de César qui flatte et qui menace ?

Ou Torageux forum d*un peuple de héros

Dont la voix des tribuns précipitait les flots.

Et qui, dans sa fureur montant comme ton onde.

Trop vaste pour son lit, débordait sur le monde ?

Hélas ! ces bruits divers ont passé sans retour i Plus d^armes, de forum, de lyre, ni d^amour ! Ce n^est qu^une eau qui pleut sur le rocher sonore. Ce n^est que toi qui tombe, et qui murmure encore ! Que dis-je ? il murmurait; il ne murmure plus ! De leur lit desséché ses flots sont disparus ! Et ces rochers pendans, et ces cavernes vides. Et ces arbres privés de leurs perles liquides, Et la génisse errante, et la biche, et Toiseau Qui vient sur le rocher chercher sa goutte d^eau. Attendent vainement que Ponde évanouie Rende au vallon muet le murmure et la vie,

* Mëcèae , dans les derniers temps de sa vie, ne pouTidt dorialr qn'k Tlbur an bniic des cascatelles. (Hùtmri^.)

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Et, dan» leur solitude et dans leur nudité, Semblent prendre une voix, et dire : Vanité !...

Ah ! faut-il s^étonner que les empires tombent? Que de nos faibles mains les ouvrages succombent ? Quand ce que la nature avait fait étemel, S^altère par degrés, et meurt comme uo mortel! Quand un fleuve écumant qu*ont vu couler les âges. Disparu tout-à-coup laisse à nu ses rivages ! Un fleuve a disparu ! mais ces trônes du jour. Ces gigantesques monts crouleront à leur tour ; Mais dans ces cieux semés de leur sable splendide. Tous ces astres éteints laisseront la nuit vide; Mais cet espace même à la fin périra, Et de tout ce qui fîit, un jour, rien ne sera. Rien ne sera, Seigneur ! Mais toi, source des mondes, Qui fais briller les feux, qui fais couler les ondes, Qui, sur Taxe des temps, fais circuler les jours. Tu seras ! tu seras, ce que tu fus toujours ! Tous ces astres éteints, ces fleuves qui tarissent, Ces sommets écroulés, ces mondes qui périssent. Dans Pabîme des temps ces siècle» engloutis, Ce temps et cet espace eux-même anéantis, Ce pouvoir qui se rit de ses propres ouvrages, A celui qui survit ce sont autant d'hommages. Et chaque être mortel, par le temps emporté, Est un hymne de plus à ton Éternité !

Italie ! Italie ! ah ! pleure tes collines,

Où Phistoire du monde est écrite en ruines !

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C^est une nuit d^été; nuit dont les vastes aile» Font jaillir dans Tazur des milliers d^étincelles^ Qui, ravivant le ciel comme un miroir terni, Permet à Tœil charmé d^en sonder IHnfini ; Nuit où le firmament, dépouillé de nuages , De ce livre de feu rouvre toutes les pages î Sur le dernier sommet des monts, d^oû le regard Dans un double horizon se répand au hasard, Je m^assieds en silence, et laisse ma pensée Flotter comme une mer où la lune est bercée.

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