‹ Harmonies poétiques et religieuses (volume 2)Chapitre 34 sur 96 · LINTINI DANS LES CIEUX · texte numérisé non relu

LINTINI DANS LES CIEUX

Mesure de ces feux les grandeurs et les poids, Leur assigne leur place et leur route et leurs lois. Gomme si, dans ses mains que le compas accable, Il roulait ces soleils comme des grains de sable ! . Chaque atome de feu que dans Pimmense éther Dans Pabîme des nuits Pœil distrait voit flotter. Chaque étincelle errante aux bords de Tempyrée, Dont scintille en mourant la lueur azurée ; Chaque tache de lait qui blanchit Thorizon, Chaque teinte du ciel qui n^a pas même un nom. Sont autant de soleils, rois d^autant de systèmes. Qui, de seconds soleils, se couronnant eux-mêmes. Guident, en gravitant dans ces immensités.

Cent planètes brûlant de leurs feux empruntés. Et tiennent dans Téther chacune autant de place Que le soleil de Thomme en tournant en embrasse. Lui, sa lune et sa terre, et Pastre du matin, £t Saturne obscurci de son anneau lointain !

Oh! que tes cieux sont grands ! et que Tesprit de Thomme

Plie et tombe de haut, mon Dieu ! quand il te nomme !

Quand, descendant du dôme où s^égar aient êes yeux,

Atome, il se mesure à Finfîni des cieux.

Et que, de' ta grandeur soupçonnant le prodige,

Son regard s^éblouit, et qu'il se dit : Que suis-je ?

Oh ! que suis-je. Seigneur ! devant les cieux et toi ?

De ton immensité le poids pèse sur moi.

Il m^égale an néant, il m^efface, il m'accable,

Et je m^estime moms qu^un de ces grains de sable ;

Car ce sable roulé par les flots inconstans,

110 riNFINI DANS LES CDSUl.

S^il a moins d'étendoe, bêlas ! a plus de temps ; II remplira toujours son vide dans Tespace, Lorsque je n^aurai plus ni nom, ni temps, ni place; Son sort est devant toi moins triste que le mien, L^insensible néant ne sent pas quMl n^est rien, Il ne se ronge pas pour agrandir son élre, Il ne veut ni monter, ni juger, ni connaître, D^un immense désir il n^est point agite; Mort, il ne rêve pas une immortalité !

Il n^a pas cette horreur de mon âme oppressée , Car il ne porte pas le poids de ta pensée !

Hélas ! pourquoi si haut mes yeux ont-ils monté ?

Pétais heureux en bas dans mon obscurité.

Mon coin dans retendue et mon éclair de vie

Me paraissaient un sort presque digne d^envie ;

Je regardais d*en-haut cette herbe ; en comparant,

Je méprisais Tinsecte et je me trouvais grand;

Et maintenant , noyé dans Fabîme de Tétre ,

Je doute qu^un regard du Dieu qui nous fit naître

Puisse me démêler d^avec lui, vil, rampant.

Si bas, si loin de lui , si voisin du néant !

Et je me laisse aller à ma douleur profonde.

Gomme une pierre au fond des abîmes de Fonde ;

Et mon propre regard, comme honteux de soi,

Avec un vil dédain se détourne de moi,

Et je dis en moi-même à mon âme qui doute :

Va, ton sort ne vaut pas le coup-d^œil qu'il te coûte !

Et mes yeux desséchés retombent ici-bas ,

Et je vois le gazon qui fleurit sous mes pas,

L*INFINI DANS LES CIEUX. i11

Et jVntends bourdonner, sous Pherbe que je foule,

Ces flots d^êtres vivans que chaque sîUod roule :

Atomes animés par le sou£Qe divin,

Chaque rayon du jour en élève sans fin,

La minute su£St pour compléter leur être,

Leurs tourbillons flottans retombent pour renaître,

Le sable en est vivant, Félher en est semé.

Et Pair que je respire est lui-même animé ;

Et dVû vient cette vie, et d*oû peut-elle éclore ,

Si ce n^est du regard où s^allume Paurore?

Qui ferait germer Therbe et fleurir le gazon.

Si ce regard divin n^y portait son rayon ?

Cet œil s^abaisse donc sur toute la nature !

Il n*a donc ni mépris, ni faveur, ni mesure.

Et devant Tinfini, pour qui tout est pareil.

Il est donc aussi grand d^étre homme que soleil !

Et je sens ce rayon m^échauffer de sa flamme,

Et mon cœur se console, et je dis à mon âme :

Homme ou monde à ses pieds, tout est indiffèrent,

Mais réjouissons -nous, car notre maître est grand!

Flottez, soleils des nuits, illuminez les sphères; Bourdonnez sous votre herbe, insectes éphémères; Rendons gloire là-haut, et dans nos profondeurs. Vous par votre néant, et vous par vos grandeurs. Et toi par ta pensée , homme ! grandeur suprême. Miroir quUl a créé pour s^admirer lui-même, Echo que dans son œuvre il a si loin jeté.

Afin que son saint nom fût partout répété.

Que cette humilité qui devant lui m*abaisse

1 19 riNFINI DANS LES CIEUX.

Soit un sublime hommage, et non une tristesse ; Et que sa Tolonté, trop haute pour nos yeux, Soit faite sur la terre, ainsi que dans les cieux !

aNQUUÈHE

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Source limpide et murmurante Qui de la fente du rocher Jaillis en nappe transparente Sur rherbe. que tu vas coucher ;

Le marbre arrondi de Carrare , Où tu bouillonnais autrefois , Laisse fuir ton flot qui s^égare Sur rhnmide tapis des bois.

lO.

Ton dauphin verdi par le lierre Ne lance plus de ses naseaux , En jets ondoyans de lumière , L'orgueilleuse écume des eaux.

Tu n'as plus pour temple et pour ombre Que ces hêtres majestueux Qui penchent leur tronc vaste et sombre Sur tes flots dépouillés comme eux.

La feuille que jaunit Tautomne S'en détache et ride ton sein , Et la mousse verte couronne liCS bords usés de ton bassin.

Mais tu n'es pas lasse d'éclore -y Semblable à ces cœurs généreux Qui , méconnus , s'ouvrent encore Pour se répandre aux malheureux.

Penché sur ta coupe brisée , Je vois tes flots ensevelis Filtrer comme une humble rosée Sous les cailloux que tu polis.

Pentends ta goutte harmonieuse Tomber, tomber, et retentir Comme une voix mélodieuse Qu'entrecoupe un tendre soupir.

Les images de ma jeunesse S^élèveDt avec cette voix ; Elles mUnoDclent de tristesse , Et je me souviens d^autrefois.

Dans combien dé soucis et d^âges , toi que j^entend's murmurer !

ITai-je pas cLerché tes rivages Ou pour jouir ou pour pleurer?

A combien des scènes passées Ton bruit rêveur s^est-il mêlé?

Quelle de mes tristes pensées Avec tes flots n^a pas coulé?

Oui, c^est moi que tu vis naguères, Mes blonds cheveux livrés au vent , Irriter tes vagues légères Faites pour la main d^un enfant.

GVst moi qui , couché sous les voûtes Que ces arbres courbent sur toi , Voyais , plus nombreux que tes gouttes , Mes songes flotter devant moi.

L^horizon trompeur de cet âge Brillait, comme on voit, le matin, L^aurore dorer le nuage Qui doit Fobscurcir en chemin.

Plus tard , battu par la tempête , Déplorant Tabsence ou la mort ,

Que de fois j^appuyai ma tête Sur le rocher d^oû ton flot sort.

Dans mes mains cachant mon visage , Je te regardais sans te Toir, Et, comme des gouttes d^orage, Mes larmes troublaient ton miroir.

Mon cœur, pour exhaler sa peine, Ne s^en fiait qu^à tes échos , Car tes sanglots , chère fontaine , Semblaient répondre à mes sanglots.

Et maintenant je viens encore.

Mené par Finstinct d^autrefois , Écouter ta chute sonore Bruire à Tombre des grands bois.

Mais les fugitives pensées Ne suivent plus tes flots errans , Gomme ces feuilles dispersées Que ton onde emporte aux torrens ;

D^un monde qui les importune Elles reviennent à ta voix.

Aux rayons muets de la lune , Se recueillir au fond des bois.

Oubliant le fleuve où t^entraîne Ta course que rien ne suspend ;

Je remonte , de veine en veine , Jusqu'à la main qui te répand.

Je te vois , 6lle des nuages', Flottant en vagues de vapeurs , Ruisseler avec les orages Ou distiller au sein des fleurs.

Le roc altéré te dévore Dans Tabîme où grondent tes eaux , Ou le gazon , par chaque pore, Boit goutte à goutte tes cristaux.

Tu filtres , perle virginale Dans des creusets mystérieux , Jusqu^à ce que ton onde égale L^azur étincelant des cieux.

Tu parais ! le désert s*anime ; Une haleine sort de tes eaux , Le vieux chêne élargit sa cime Pour t^ombrager de ses rameaux.

Le jour flotte de feuille en feuille , L*oisean chante sur ton chemin ; Et rhomme k genoux te recueille Dans Tor , ou le creux de sa main.

Et la feuille aux feuilles s'entasse , Et fidèle au doigt qui t*a dit :

SUMitÊE

3myre00ton0 hi matin et H 90xx.

HTBRI.

L^Orîent jaillit comme un fleuTe ;

La lumière coule à long flot, La terre lui sourit et le ciel s^en abreuve, Et de ces cieux vieillis Taube sort aussi lienve Que Taurore du jour qui sortit du Très-Haut.

Soleil, voile de feu dont ton maître se couvre, Quand tu reviens frapper les voûtes de la nuit, Le firmament résonne et Tespace s^entr^ouvre, Et Jébova se montre à Tombre qui te fuit.

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