STROPHES A CHANTER
« Le chaume et la mousse Verdissent le toit; La colombe y glousse, L'hirondelle y boit; Le bras d'un platane Et le lierre épais Couvrent la cabane D'une ombre de paix.
« Ma sœur, que de charmes!
Et devant cela Tu n'as que des larmes?
— Ah! s'il était là!... »
« Une verte pente Trace les sentiers
Du Ilot qui serpente Sous les noisetiers; L'écluse champêtre L'arrête au niveau , Et de la fenêtre La main touche à l'eau.
« Ma sœur, que de charmes!
Et devant cela
Tu n'as que des larmes ?
— Ah! s'il était là! »
« Le soir, qui s'épanche D'en haut sur les prés, Du coteau qui penche Descend par degrés ; Sur le vert plus sombre , Chaque arbre à son tour Couche sa grande ombre A la fin du jour.
« Ma sœur, que de charmes ! .
Et devant cela
Tu n'as que des larmes?
— Ah ! s'il était là ! »
« De sa sombre base , Le blanc peuplier Élève son vase Au ciel sans plier;
De sa flèche il plonge Dans réther bruni, Comme un divin songe Monte à l'Infini.
« Ma sœur, que de charmes!.
Et devant cela
Tu n'as que des larmes?
— Ah ! s'il était là ! »
« La rosée en pluie Brille à tout rameau ; Le rayon essuie La poussière d'eau ; Le vent , qui secoue Les vergers flottants , Fait sur notre joue Neiger le printemps.
« Ma sœur, que de charmes ! .
Et devant cela
Tu n'as que des larmes?
— Ah! s'il était là! »
« Sous la feuille morte , Le brun rossignol Niche vers la porte,' Au niveau du sol ; L'enfant qui se penche Voit dans le jasmin
Ses œufs sur la branche, Et retient sa main.
« Ma sœur, que de charmes'
Et devant cela
Tu n'as que des larmes?
— Ah! s'il était là! »
« L'onde qui s'élance Égale et sans fin , Fait battre en cadence Le pont du moulin; A chaque mesure, On croit écouter Sous cette nature Un cœur palpiter.
« Ma sœur, que de charmes!
Et devant cela
Tu n'as que des larmes?
— Ah ! s'il était là ! »
Monceau, Ier juin 1845.