‹ Harmonies poétiques et religieusesChapitre 30 sur 104 · SUITE DE JÉHOVAH · texte numérisé non relu

SUITE DE JÉHOVAH

Heureux l'œil éclairé de ce jour sans nuage, Qui partout ici-bas le contemple et le lit ! Heureux le cœur épris de cette grande image, Toujours vide et trompé si Dieu ne le remplit !

Ah ! pour celui-là seul la nature est sans ombre , En vain le temps se voile et recule les cieux : Le ciel n'a point d'abîme et le temps point de nombre Qui le cache à ses yeux.

Pour qui ne l'y voit pas tout est nuit et mystères : Cet alphabet de feu dans le ciel répandu Est semblable pour eux à ces vains caractères Dont le sens, s'ils en ont, dans les temps s'est perdu.

Le savant sous ses mains les retourne et les brise , Et dit : « Ce n'est qu'un jeu d'un art capricieux. »

Et cent fois, en tombant, ces lettres qu'il méprise D'elles-même ont écrit le nom mystérieux !

Mais cette langue, en vain par les temps égarée, Se lit hier comme aujourd'hui;

Car elle n'a qu'un nom sous sa lettre sacrée : Lui seul! Lui partout! toujours Lui !

Qu'il est doux, pour l'âme qui pense Et flotte dans l'immensité Entre le doute et l'espérance, La lumière et l'obscurité, De voir cette idée éternelle Luire sans cesse au-dessus d'elle Comme une étoile aux feux constants , La consoler sous ses nuages , Et lui montrer les deux rivages Blanchis de l'écume du temps !

En vain les vagues des années

Roulent dans leur flux et reflux

Les croyances abandonnées

Et les empires révolus;

En vain l'opinion qui lutte

Dans son triomphe ou dans sa chute

Entraine un monde à son déclin;

Elle brille sur sa ruine,

Et l'histoire qu'elle illumine

Ravit son mystère au destin!

Elle est la science du sage , Elle est la foi de la vertu, Le soutien du faible , et le gage Pour qui le juste a combattu ! En elle la vie a son juge Et l'infortune son refuge, Et la douleur se réjouit.

Unique clef du grand mystère, Otez cette idée à la terre , Et la raison s'évanouit !

Cependant le monde, qu'oublie

L'âme absorbée en son auteur,

Accuse sa foi de folie

Et lui reproche son bonheur :

Pareil à l'oiseau des ténèbres

Qui, charmé des lueurs funèbres,

Reproche à l'oiseau du matin

De croire au jour qui vient d'éclore ,

Et de planer devant l'aurore,

Enivré du rayon divin.

Mais qu'importe à l'âme qu'inonde Ce jour que rien ne peut voiler?

Elle laisse rouler le monde Sans l'entendre et sans s'y mêler.

Telle une perle de rosée, Que fait jaillir l'onde brisée Sur des rochers retentissants, Y sèche pure et virginale,

Et seule dans les cieux s'exhale Avec la lumière et F encens.

Écrites à la même date et au même lieu : Florence, 1826-

Page 1