LA TRISTESSE
L'âme triste est pareille Au doux ciel de la nuit, Quand l'astre qui sommeille De la voûte vermeille A fait tomber le bruit.
Plus pure et plus sonore, On y voit sur ses pas Mille étoiles éclore, Qu'à l'éclatante aurore On n'y soupçonnait pas ,
Des îles de lumière Plus brillante qu'ici, Et des mondes derrière, Et des Ilots de lumière Qui sont mondes aussi.
On entend dans l'espace Les chœurs mystérieux
Ou du ciel qui rend grâce , Ou de l'ange qui passe , Ou de l'homme pieux ;
Et , pures étincelles De nos âmes de feu , Les prières mortelles Sur leurs brûlantes ailes Nous soulèvent un peu.
Tristesse qui m'inonde, Goule donc de mes yeux ; Coule comme cette onde Où la terre féconde Voit un présent des cieux !
Et n'accuse point l'heure Qui te ramène à Dieu! Soit qu'il naisse ou qu'il meure , Il faut que l'homme pleure Ou l'exil, ou l'adieu.