AUX ENFANTS
DE MADAME LEOINTINE DE GE1NOUDE.
Pauvres petits enfants, qui demandez sans cesse A votre père en deuil ce que c'est que la mort, Et pourquoi vos berceaux s'éveillent sans caresse, Et quand donc finira le sommeil qu'on y dort;
Taisez-vous, grandissez : vous n'aurez plusqu'en songe Ces baisers sur le front , ces doigts dans vos cheveux , Ce nid sur deux genoux où votre cou se plonge , Ce cœur contre vos cœurs et ces yeux dans vos yeux.
L'amour qui vous sevra vous fait la vie amère : Votre lait s'est tari, comme à ce pauvre agneau Qu'un pasteur vigilant éloigne de sa mère Pour lui faire brouter l'herbe avec le troupeau.
Vous n'aurez qu'une vague et lointaine mémoire De tout ce qu'au matin la vie a de plus doux, Et l'amour maternel ne sera qu'une histoire Qu'un père vous dira, seul et pleurant sur vous!
Quand vous voudrez, enfants, retrouverdansvotreâme Ces souvenirs scellés sous le marbre étouffant, Ces sons de voix , ces mots, ces sourires de femme Où l'âme d'une mère est visible à l'enfant;