MESSIEURS LES ELECTEURS
Il y a trois ans le pays entier, toutes nos belles paroisses étaient sur le chemin de la ruine. Et non seulement le pays, mais j'oscrais dire la plupart des familles qu'abritent les toits rustiques de nc, magnifiques campagnes,
Un ennemi de la prospérité nationale s'était glissé furtivement parmi nous; il avait insensiblemert pris possession de toutes les forces vives de la nation, qu’il minait sourdement pour la ruiner,
La fortune publique;
le bonheur domestique ;
le bien-être des citoyens ;
l'intelligence, le cœur, le corps et la santé de nos compatriotes,
Sur toutes ces forces vives et sur toutes nos richesses, cet ennemi avait fortement établi sa révoltante domination,
Vous subissiez cette tyrannie sans pouvoir et parfois sans même songer à la briser,
Vous étiez malheureux et vos femmes et vos enfants n'a- “aient aucun bonheur,
Cet ennemi, c'était LA BOISSON, L'INTEMPÉRANCE, Tous n'étiez pas intempérants, mais tous vous souffriez des maux innombrables engendrés par l'intempérance,
Or, il y a trois ans à peine que ce lamentable état de choses S'étalait au grand jour sur les rives de notre beau Saint-Laurent et jusque dans les régions les plus reculées du nord, et voilA qu'après trois ans tout a changé de face,
Le pays, qui allait à la ruine, marche vers la prospérité ; la nation inaugure une ère nouvelle de fortune et de grandeur.
Sur maintes familles le bonheur est de nouveau venu luire.
Les épouses ont séché leurs larmes et les enfants ne portent plus les marques des mauvais traitements de leurs pères.
Les intelligences, les cœurs et les santés d'un grand nombre se sont raffermis.
Car les ivrognes en masse se sont convertis à une vie sobre et du même coup à une vie honnête et heureuse ;
Et ceux qui couraient à l'ivrognerie par la pente de l’usage habituel de la boisson ont rebroussé chemin et rendent grâces au Ciel qui les a arrêtés sur la voie fatale.
Oui, l'ennemi, le terrible ennemi a lâché prise, a perdu empire, après une lutte gigantesque soutenue par les apôtres de la tempérance, les vrais amis du peuple, puissamment secondés dans cette lutte par la bonne volonté de tous le: citoyens,
Ils ont armé vos bras, les apôtres de la tempérance, de la croix; ils ont reçu aux pieds des autels et en face de Jésus- Cfrist, vos solennels engagements de ne plus toucher cette malheureuse boisson, Et cet apostolat joint à votre sacrifice généreux a triomphé de l'ennemi.
Oh! elle a été terrible cette bataille contre le redoutable ennemi...
Vous le savez pour avoir peut-être hésité À vous rendre aux pressants appels des missionnaires, ..,
Mais enfin,vous avez triomphé de vous-mêmes et de l'ennemi, et vous vous êtes ensuite trouvés heureux de vous être rangés sous les bras libérateurs de la Croix de tempérance,
Tout cela, n'est-ce pas la vérité ?
Or voudriez-vous que l'ennemi régnât de nouveau sur votre paroisse, sur votre foyer, sur vous-mêmes ?
Si l'on vous disait: Une fée, par un coup de baguette magique va remettre en un instant toutes choses en le triste ttat où elles étaient avant l'établissement de la tempérance :
le pays, sur le chemin de ‘a ruine:
les familles, dans la misère ; les citoyens, dans l'intempérance et le male heur ; les corps et les âmes sous l'empire de la boisson —
Tous, d'une seule voix qui retentirait ju qu'au ciel, vous vous écririez :
Non, mille fois non! l'intempérance faisa: otre malheur, la tempérance assure notre bonheur,
Vive la tempérance!
Vive la Croix de tempérance!
Très bien, mes compatriotes. Je vous félicite, la fée peut casser sa baguette enchantée. Toutefois, écoutez. Ce que “ous ne voulez pas peut arriver sans que vous vous en doutiez.
Oui, la fée tient sa baguette enchantée au-dessus de vos têtes, et s'apprête à vous en frapper d'un grand coup.
C'est la fée des élections.
Vous la connaissez cette fée redoutable? Elle suit les can. didats et accompagne les cabaleurs: elle s’installe dans les salles des comités, trône dans les cabarets; elle circule partout, va de maison en maison, se cache jusque dans les granges et vous guette à votre travail.