‹ Haydn, Mozart, Beethoven: étude sur le quatuorChapitre 9 sur 20 · DERNIER QUATUOR · texte numérisé non relu

DERNIER QUATUOR

And** grazioso.

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voix que l'on trouve dans une suite de morceaux de chant avec accompagnement de piano, gravés à Leipsig, chez Breitkopf et Hartel.

Si Ton en croit Carpani, ami et historien de Haydn, il aurait employé cette phrase dans un but moins scientifique mais plus touchant. « Ce sont, dit-il, ces quatre mesures que Haydn, vieux et faible, et ne pouvant plus sortir de son jardin de Gumpendorff, envoyait, comme billet de visite, à ses amis pour se rappeler à leur souvenir. » Prenons-les donc aussi comme un adieu affectueux du maître au monde qu'il avait charmé et un regret de ne pouvoir plus y réussir; aveu d'impuissance victorieusement démenti par les deux quatuors qui terminent la collection.

Ici finit l'œuvre des quatuors de Haydn.

CATALOGUE. 71

Si nous résumons ce qu'offre à la pensée cette suite de chefsd'œuvre, nous y trouvons à la fois, création du genre, simplicité dans la forme et les moyens, élévation de T&me jusqu'au sublime, inépuisable variété de style , et, par-dessus tout, cette inimitable faculté qui permet à Haydn de remplir l'immense horizon de son génie , tout en se renfermant dans les proportions les plus concises.

C'est de ce pouvoir de diriger son œuvre et de la mener à fin, sans jamais en être dominé, c'est de cette justesse et de ce charme de proportions, que naissent pour l'auditeur de la musique de Haydn ce bien-être , ce repos de l'esprit et du cœur que donne seule la contemplation du beau, et que nul n'a su mieux faire goûter que lui.

Nous avons , dans ce catalogue , signalé les rapports qui relient de nombreux adagios des quatuoi*s de Haydn à cette grande musique de Gluck , toute remplie de ce qu'on pourrait appeler le calme antique; mais chez Haydn , cette expression se traduirait mieux par sérénUi chrétienne. Car on sent partout à quelle source il allait puiser l'inspiration lorsqu'elle lui faisait défaut. C'est là qu'il a trouvé cette musique dans laquelle se mélangent à égal degré le suaviter et le fortiter, la douceur et la fermeté , cette musique qu'on peut dire saine à entendre, qui est toujours un bon conseil en

même temps qu'un agréable et noble plaisir, et à Fauteur de laquelle s'appliquerait bien cette parole de Béatrix au poète de Mantoue :

Venni

Fidandomi nel tuo |)arlare onesto

Ch' honora te e quei ch' udîto V banno.

Si l'œuvre de Haydn finit ici, Mozart commence, pour continuer et varier dans le même ordre d'idées les chefs-d'œuvre de notre bibliothèque instrumentale.

BIOGRAPHIE ABBEOEE.

MOZART (Wolfgang-Amédée) S né à Salzbourg, le 27 janvier 1756. La Providence ne se borna pas à donner à Mozart des facultés inouïes; elle semble avoir voulu entourer son enfance des conditions les plus propres à les développer.

Son père, habile musicien, sous-directeur de la chapelle du prince-archevêque de Salzbourg, et homme d'un grand sens, comprit parfaitement la valeur du trésor qui lui était confié et sacrifia tout pour se dévouer au développement de cette intelligence qu'il regardait comme un miracle.

* Nous devons la plupart des détails qui suivent aux lettres de Mozart lui-même et de son père, dont M. l'abbé Goscbler s'est fait Thabile traducteur, publication d*un si baut intérêt pour Tbistoire musicale. Un volume, cbcz Douniol, à Paris.

Il est vrai de dire que les premières années de Mozart tiennent du prodige : il était déjà célèbre à l'âge où les autres enfants bégayent encore. A quatre ans, il joue du piano ; à cinq ans , il compose; à six ans, son père le mène à Vienne où, à l'admiration de tous , il se fait entendre à la cour devant l'empereur François. Ce fut le premier des nombreux voyages de Mozart, et l'on verra quelle place ils tinrent dans sa vie.

Cependant il n'était pas le seul doué dans la famille ; sa sœur Marie-Anne , qu'on appelait Nanerl , plus âgée que lui de quatre ans , possédait aussi un grand talent et partageait les triomphes du jeune Wolfgang.

Tous ces succès engagèrent le père de Mozart à tenter la fortune au dehors , en faisant voyager ses enfants afin de les produire dans les cours étrangères.

La famille de Mozart (le père, la mère et les deux enfants), quitta donc Salzbourg le 9 juin 1763.

A Munich, ils donnèrent un premier concert, dans lequel le petit Wolfgang, alors âgé de sept ans, joua, en présence de l'Électeur, un concerto de violon, instrument qu'il n'avait jamais étudié et dont il avait deviné le mécanisme en s'exerçant sur un petit violon d'enfant, dont on lui avait fait cadeau.

Nous les retrouvons successivement à Augsbourg , Manheim, Coblentz, Bruxelles, où ils causèrent le plus grand étonnement, enfin, à Paris, où ils arrivèrent le 18 novembre 1763, et firent un séjour de cinq mois.

Après s'être fait entendre à Versailles, où Mozart toucha l'orgue devant le roi , ils donnèrent deux grands concerts (dans la salle de M. Félix, rue et porte Saint- Honoré) et reçurent le meilleur accueil dans la haute société de Paris. C'est pendant ce voyage que Mozart fit graver deux œuvres de sonates pour clavecin avec accompagnement de violon, ad libitum, dédiés : l'un à Madame Victoire de France, l'autre à madame la comtesse du Tessé, Avec cet œuvre se

vendait (pour 24 sous) une gravure d'après Garmontelle, qui représentait le petit maestro assis au clavecin , et près de lui son père et sa sœur.

En avril 1764, ils passèrent en Angleterre; ils y demeurèrent jusqu'au milieu de Tannée suivante. C'est là que furent gravées les sonates dédiées à la reine.

En juillet 1765, ils allèrent en Flandre, où Wolfgang toucha souvent l'orgue dans les cathédrales , retournèrent à Paris pour deux mois, et, passant par la Hollande , où les deux enfants tombèrent dangereusement malades, ils revinrent enfin à Salzbourg, après un voyage de plus de trois ans.

Après un séjour d'un an à Salzbourg, pendant lequel Wolfgang augmenta encore son talent par l'étude approfondie des grands maîtres Hœndel, Bach, etc., la famille repartit pour Vienne, où elle resta de septembre 1767 à décembre 1768. Les enfants jouent devant l'empereur Joseph II, à la demande duquel Mozart compose la musique d'un opéra buffa, la Finta semplice. Malgré l'approbation de Hasse et de Métastase , et au grand chagrin du père Mozart, cet opéra ne fut pas représenté par suite des intrigues de l'imprésario Affligio.

En 1769, nouveau retour et séjour d'un an à Salzbourg, où Mozart fut nommé maître des concerts du prince-arche véque. C'est là qu'il se prépara par l'étude de la langue italienne à se rendre avec son père en Italie dans l'espoir d'y réaliser plus facilement le désir qu'avait celui-ci de lui voir composer un opéra.

C'est en décembre 1769 qu'ils partirent, et ce voyage fut pour Wolfgang l'occasion de nouveaux triomphes.

Cet enfant, que l'on voyait excellera la fois sur le clavecin, l'orgue et le violon, improviser tout ce qu'il jouait, chanter sur toutes paroles proposées impromptu, produire, du jour au len-

demain , pour fournir à des concerts entièrement composés de sa musique, symphonies, concertos, etc.. mêlant à tout cela un inattendu d'habileté incomparable , cet enfant ne devait-il pas paraître , aux yeux de tous , un prodige jusqu'alors sans exemple ' !

Après trois mois de séjour à Milan, ils se rendirent à Rome par Bologne et Florence; c'est là, pendant la semaine sainte, que Wolfgang écrivit de mémoire, après une seule audition, le fameux Miserere d'Allegri , qu'il était défendu de communiquer.

Il fut aussi dans le môme temps nommé membre de rAcadémie philharmonique de Bologne et chevalier de Tordre de l'Éperon d'Or, qui venait d'être conféré à Gliick.

De retour à Milan , au mois d'octobre 1770, Mozart réussit enfin à donner son premier opéra, Mitridate, qui fut représenté le 26 décembre, et, comme l'écrit son père, porté'a/fe stelle, Wolfgang avait alors quatorze ans. On le nommait 11 cavalière Filarmonico.

De 1771 à 1775, il lit divers séjours à Milan, à Vienne et à Munich, pendant lesquels il écrivit, entre autres œuvres, plusieurs cantates : Ascanio in Alba, le Songe de Sciptorij 11 re pastore, et deux opéras : Lucio SU la, opéra séria, et la Finta Giardiniera, opéra buffa.

Cependant toutes ces preuves incontestables du génie de Mozart

^ Rien de plus curieux, à ce point de vue, que ce programme d*un concert donné à Mantoue, dans lequel figurent , entre autres morceaux ; — une sonate pour le clavecin, exécutée à première vue par le jeune Mozart, et répétée, avec des variations de sa composition, dans un ton différent de la première fois ; — un air improvisé et immédiatement chanté par le signor Amadeo, avec accompagnement de clavecin, sur des paroles faites exprès et non vues d'avance par Tauteur; — autre sonate pour le clavecin, composée et exécutée par le même sur un motif musical, proposé à rimproviste par le 1*' violon; — fugue composée et exécutée par le signor Amadeo sur le clavecin, et menée complètement selon les lois du contrepoint, sur un simple thème présenté à Timproviste, etc., etc..

ne suffisaient pas à lui faire trouver une position digne de lui , et, de retour à Salzbourg, il se vit aussi peu compris du prince-archevéque qu'il était admiré ailleurs. Son père se résolut donc, malgré le désir qu'il avait de le fixer près de lui, à tenter les chances d'un nouveau voyage, et, après avoir pesé les avantages que pourrait offrir chaque capitale, il se décida pour Paris, où Wolfgang avait fait un premier séjour à l'âge de sept ans.

Cette fois, Mozart, âgé alors de vingt et un ans , partit seul avec sa mère, en septembre 1777. Ils n'arrivèrent à Paris qu'au mois de mars 1778, s'étant arrêtés à Augsl30urg età Manheim. Non seulement aucune des espérances qui les avaient attirés à Paris rie se réalisa, mais Wolfgang eut la douleur d'y perdre sa mère. Il prit donc en dégoût le séjour de cette ville et revint, en 1779, à Salzbourg, près de son père , où il accepta la place d'organiste de la cour du prince-archevêque et de la cathédrale.

A partir de cette époque, hors le fait de son mariage en 1782 avec Constance Weber, mariage dont il eut deux enfants , et sa démission donnée à la suite de longues discussions avec le prince, qui se terminèrent par une rupture complète , la vie de Mozart peut se raconter par ses œuvres et particulièrement par ses œuvres dramatiques.

En ilSi y Jdoménée, représenté à Munich; en 1782, V Enlèvement au sérail; en 1782, 84 et 85, David pénitent et les beaux quatuors dédiés à Haydn; en 1786, les Noces de Figaro; en 1787, Don Juan, qu'il composa à Prague et qu'il écrivit en entier pendant le mois d'octobre. Il avait alors tretite et un ans. C'est vers cette époque qu'il entendit Beethoven et lui prédit son talent à venir.

Mozart revint encore à Vienne en 178&, et, quoique déjà souffrant de la poitrine et d'une maladie nerveuse, il se remit -au travail, particulièrement dans le genre instrumental, avec un entraînement et une puissance qui lui faisaient en quelque sorte

improviser tout ce qu'il écrivait et dont le catalogue donné par lui, depuis 1784, ofiTre la preuve la plus éloquente.

A cette période se rapporte aussi son opéra de Cosi fan tutte, donné en 1790,

L'année 1791 vit paraître la Flûte enchantée, dont il ne put entendre que les premières représentations, trop souffrant pour se rendre au théâtre, mais suivant en esprit , Tœil fixé sur sa montre, les diverses scènes de Topera , et la Clémence de Titus, qu'il acheva à Prague en dix-huit jours, pour le couronnement de Léopold, roi dd Bohème, et qui fut représentée le 5 septembre.

C'est cette môme année qu'il reçut d'un inconnu la demande de ce Requiem^ par lequel il devait terminer sa carrière. Le travail acharné auquel il se livra, de retour à Vienne, pour achever cette composition, ramena les accidents dont il avait déjà soufiTert et acheva de détruire ses forces. Il se mit au lit et expira le 5 décembre 1791, avant d'avoir accompli sa trente-sixième année, dans les sentiments religieux qu'il avait reçus de son père et qui, au milieu des agitations de sa vie, ne l'avaient jamais abandonné.

Quelques mots encore sur l'homme après l'artiste, mais qui ajouteront peu à ce qui précède , car toute la puissance de Mozart semble résumée dans le sens musical.

Sa constitution n'avait pas pris avec l'âge le développement ordinaire, peut-être par suite des fatigues musicales de son enfance, et il était resté petit, maigre et pâle. Sa physionomie et toute sa manière d'être avaient pour trait caractéristique une extrême mobilité.

Quant à son esprit, ses lettres le racontent assez. C'est un mélange de bon sens et de finesse , une sûreté et une promptitude toutes particulières de jugement sous la forme des saillies les plus originales. Cédant toujours à la passion du moment, il était aussi peu réglé dans son travail que dans les habitudes de sa vie. Insouciant des affaires en ce qui regardait son intérêt, il ne connut ce

Qoo^ç:

côté sérieux de l'existence que pour rendre service à ses amis et souvent même au premier venu.

Nous nous sommes donc trompés en ne croyant rien ajouter par le portrait de l'homme à celui de Tartiste, puisque nous trouvons à joindre au génie la bonté et la générosité.

€ATAIiO«UE.

L'ordre chronologique des œuvres de Mozart , dans le genre dont nous traitons ici, nous est, à quelques morceaux près, donné par lui-même dans son intéressant catalogue des ou-^ vrages composés de 1784 à 1791. C'est à la première de ces dates en effet que remonte son œuvre des quatuors dédiés à Haydn, où se montre la véritable touche du maître.

Quant aux œuvres qui ne sont pas indiqués sur ce catalogue , il est difficile , comme pour Haydn, de se prononcer sur leur

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authenticité , à cause des divergences et des irrégularités des autres catalogues et des nombreuses collections* qui ont été publiées *.

Ainsi , par exemple , la collection Peters , de Leipsig , la plus complète des éditions allemandes , arrive à un chiffre de 27 quatuors, en ajoutant aux 10 quatuors particulièrement connus chez nous, non seulement une sérénade et l'arrangement fait par Mozart lui-même de la fugue pour deux pianos en ut mineur, mais en outre & quatuors avec un instrument à vent et 11 quatuors pour deux violons, aMo et basse, dont 3 seulement avaient pris place dans Tédition française de Pleyel. — Mais que dire de ces nouveaux venus? Us sont inconnus ou contestés en France , et ne serait-il pas téméraire de les faire figurer ici à côté des autres?

En ce qui regarde les quintetti, outre les 6 beaux quintettes originaux (en y comprenant , malgré sa double combinaison , celui en la majeur) , outre la Ca^ssationnen en si bémol, celle intitulée Plaisanterie musicale, et les arrangements pour instruments à cordes du quatuor de piano en sol mineur et du quintette avec cor dont on verra plus loin les thèmes; — on trouve encore deux autres quintetti en mi bémol et si bémol, dans Tédition Peters, et un en ré dans l'édition Pleyel, sur l'origine desquels nous ne sommes pas suffisamment édifiés. Quelques catalogues enfin mentionnent des trios pour violon au nombre de 10.

^.Les principales collections de Mozart, sont ;

A Paris, Pleyel (13 quat., 10 quint., 1 trio); Marescot, Pacini (fondue) ; Janet et Cotelle (10 quat, 8 quint., 1 trio). — A Leipsig, Peters (2? quat., 10 quint.); Breitkopf (12 quat.). On peut citer, comme postérieure à la première édition de cet ouvrage la belle édition en partition de Breitkopf et Hârtel.

C'est SOUS le bénéfice de ces observations que nous nous bornerons à réunir dans le catalogue qui va suivre les thèmes des œuvres depuis longtemps admirées chez nous et consacrées par l'exécution .

Ainsi restreinte , notre liste pourra se placer presque tout entière sous l'autorité de celle de Mozart.

Nous commencerons donc à l'année 1783, par une œuvre doublement intéressante , au point de vue musical et comme témoignage de la bonté de cœur de Mozart.

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