‹ Haydn; sa vie et ses œuvresChapitre 10 sur 14 · A L'ETOILE · texte numérisé non relu

A L'ETOILE

Quelle étoile es-tu, toi qui brilles de tous côtés,

Dans l'hémisphère éclatant de la nouveauté ?

Quel signe distingue ton rayon

Au milieu de tant de millions d'astres errants ?

Es-tu quelque ama3 confus d'atomes jeté3 en désordre.

Lancés au hasard par la main du sort,

Jusqu'à ce que tu trouves une région

Dans laquelle tu puisses te fixer ta courbe.

Ou bien un génie t'a-t-il déjà fixé en t'imprimant

Un mouvement de rotation autour d'un centre,

En circonscrivant. Ta courbe, en te couronnant do rayons

Sans cesse croissants, dont tu éclaires l'air du soir (evening air

Quelles que soient tes phases et ta force, N'espère pas trouver un ciel toujours serein; Le3 tempêtes peuvent obscurcir ta course radieuse. Tu pourras te heurter contre d'autres planètes.

Néanmoins, ne tombe pas comme le téméraire Phaôton Dans les flots du Pô. Mais, comme son divin père, Sois ferme dans ta course, et éclaire de ta splendeur Les mortels reconnaissants... !

Windsor, 1 mai. herschbll.

kùnstler (artiste). — Qu'est-ce que c'est que cela, un potier sans doute (Thon-kiïnstler)1? — C'est bien cela, parfaitement, répond Haydn, et cette personne (en montrant son domestique) est mon compagnon. »

A Wiesbaden, les officiers prussiens faisaient jouer par la musique militaire une de ses symphonies; il dit qu'il en était l'auteur. — « Il n'est pas possible que vous soyez Haydn ; un homme si âgé ne peut pas avoir fait une musique si jeune et si pleine de feu!» — Il convainquit les officiers incrédules en montrant un autographe de leur roi et passala soirée avec eux.

Le compositeur arriva à Londres le 1 février 1794, et se logea non loin de sa digne amie Mme Schroeter. Salomon avait déjà organisé 12 concerts. Le prix de la souscription était de 5 guinées.

L'auteur suit Haydn dans tous les concerts qu'il donne ou auxquels il assiste ; il en retrace le programme et jusqu'au prix. Il suit également son héros dans les excursions qu'il fait dans les environs de Londres, aux ruines de l'abbaye de Wawerley, aux bains de Bath, près de Bristol, dans le comté de Sommerset, où il fait la connaissance du chanteur Rauzzini. Haydn vit, dans le jardin de celui-ci, un beau monument élevé « à la mémoire de son meilleur ami. » — Cet ami n'était pas un homme, mais un chien. Haydn, en partant, laissa à Rauzzini un curieux canon destiné à servir d'épitaphe au fidèle « Turk (1). »

A la fin de l'année, arriva à Haydn une aventure qu'il se plaisait à raconter dans ses derniers moments de bonne humeur. Il se rencontrait souvent à Londres dans la maison d'une dame, pianiste habile, avec un amateur allemand qui, pour montrer sa facilité sur le violon, avait l'habitude de jouer toujours dans les tons élevés et les positions les plus difficiles. Pour le corriger de ce défaut, Haydn écrit, sous le nom de Y Échelle de Jacob, une

(1) En voici le texte anglais : « Turk was a failt fui dog, and not a man. » — (Turk était un chien fidèle et pas un homme.)

sonate pour piano et violon, facile au début, mais qui, peu à peu, nécessite des positions presque impraticables. Il l'apporte à la clame comme étant l'œuvre d'un auteur inconnu. La dame prie l'amateur de lui accompagner, on commence. Çà et là, il faut employer le 3e position, l'amateur est ravi : « Très bien écrit, murmure-t-il, on voit que l'auteur connaît les ressources des instruments. » Peu à peu, les difficultés s'accumulent; voici venir la 5e, la 6e, même la 7 e position ; Parchet bondit de la cave au grenier, des profondeurs de la terre aux étoiles, et réciproquement. L'amateur souffle, sue; il n'en peut plus, il demande grâce, il ne veut plus barbotter ainsi. — « Cet homme évidemment, s'écrïe-t-il, n'entend rien à la manière de jouer du violon! » — Et Haydn de rire .

Nous sommes en 1795. Relevons une note curieuse sur le journal d'Haydn. La scène se passe à York-House, Haydn étant au piano ; elle pourrait s'intituler : un chanteur de 74 ans.

Le roi. — Docteur Haydn, vous avez beaucoup écrit?

Haydn. — Oui, sire! plus qu'il n'est bon.

Le roi. — Le monde entier dit le contraire.

a Le roi prie Haydn de chanter un lied allemand. »

Haydn. — Serais-je donc devenu un bon chanteur ? Mais, sire, ma voix n'est pas plus grosse que cela. — Il montre le bout de son doigt. — Le roi rit beaucoup. Haydn se met au piano et chante le lied : « Je suis le bien-aimé. »

Notons au passage une curieuse figure, celle du contre-bassiste Dragonetti. Ce Vénitien extraordinaire avait les doigts tout déformés par d'énormes calus, ce qui, en enlaidissant considérablement son physique, lui permettait de jouer de la contrebasse avec une aisance merveilleuse. Collectionneur acharné de tableaux, gravures, instruments, manuscrits, il légua au British Muséum un trésor, 182 volumes de manuscrits classiques des plus rares ; il avait la passion des poupées; il en avait une collection nombreuse et choisie, « un vrai sérail de poupées, » des blanches, des brunes, des noires ; il désignait une des dernières comme étant « sa femme. »

Il les emmenait avec lui dans ses voyages. En 1845, il joua à l'inauguration de la statue de Beethoven à Bonn. Il avait 82 ans.

Lors de son séjour à Londres, Haydn avait composé un choeur « Sturm » sur des paroles anglaises qui lui avaient beaucoup plu. Il regrettait souvent de ne pas avoir l'occasion de composer autre chose de semblable, un oratorio, par exemple. Une dilettante connu , le comte d'Abington, lui proposa une traduction anglaise par Nedham, dupoëme de Selden : «Mare Clausum. » Haydn commença ce travail, mais il s'arrêta devant sa connaissance insuffisante de la langue anglaise. Il composa seulement un air de basse (83 mesures), et un choeur à 4 voix (199 mesures). Le chœur est très beau et complètement écrit pour l'orchestre. Le comte d'Abingdon le donna au célèbre flûtiste Monzani, qui le légua au British Muséum. Cette œuvre admirable n'a jamais été exécutée.

Avis aux fervents de l'art musical !

Haydn partit de Londres le 15 août 1795, comblé de cadeaux honorifiques, plats d'argent, coupes d'or avec dédicaces, tabatières, etc.

Le livre de M. Pohl contient encore des détails sur la première représentation de la Création, à Londres, le 17 mars 1799; des détails biographiques sur Billington , Charles Burney, Guillaume Cramer, Fischer, Gallini, Greatorex, Incledon, Lindley, la Mara, Schrœter, les Storace (Samuel, Anna, Stephen); des lettres d'Haydn à son éditeur Forster, enfin une liste très curieuse de tous les artistes qui donnèrent concert à Londres de de 1750 à 1795.

En résumé, le livre de M. Pohl est un manuel très utile à connaître et plein de faits qui, présentés dans un ordre meilleur, offriraient une lecture aussi utile qu'intéressante.

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