HAMBOURG
Le 28 avril 1843, Hebbel se retrouve auprès d’Elise et de Max. Pendant les mois qui suivent, la correspondance cesse, le journal ne contient que très peu de renseignements biographiques et parfois de bien futiles'. Il semble que Hebbel ait traversé une nouvelle crise sentimentale et que sa nature sensuelle l'ait porté à des débordements. Qu'àa Copenhague il ait eu besoin de se faire à luimême la morale sur la nécessité d'éviter les excès, cela déjà est significatif; à Hambourg, il consacre quelques heures et même des réflexions aux endroits mal famés et aux filles publiques $. L'image idéale qu'il s'était faite d’Elise absente s’efface devant la réalité, ses intentions matrimoniales s’évanouissent et il confesse dans son journal le dégoût que les « natures artistes » éprouvent pour les liens prosaïques et conventionnels du mariage; mais vive la liaison même passagère, si l'amour la sanctifie°®! Il revoit Emma Schrüder « non sans mélancolie », déplore les intrigues et les calomnies qui lui ont fait manquer le bonheur suprême auprès d’elle et compare cette apparition charmante à la vue du ciel plein d'étoiles d’une nuit embaumée !. Une autre passion anonyme lui fait écrire : « Passé cette quinzaine dans des états d'âme vraiment fous. Amoureux | trente ans! » L'existence tout entière lui paraît une série de tentatives vaines de notre individualité pour prendre forme !!. Il est pro-
1. Cf. Morgenblatt, 1843, n° 21 et 22. — 2. L’un et l’autre de 1837 : cf. W.,
VIII, 69 et 262. — 3. Bw., II, 246. — 4. Bw., IT, 176, 195. — 5. Bw., IT, 196. — 6, Bw., IE, 186-189, 202-204, 212-214. — 7. Cf. T., 2709, 2719, 2763, etc. — SP eo ol 02772, 02719010 Tr e27 69150 T.",2756,22757
et 2975, ligne 15,
bable qu'il cherche des consolations faciles; à cette époque, le
motif sexuel revient à chaque instant sous sa plume!, et dans la première lettre qu'il écrit à Elise après son départ il lui demande de ne plus songerà ces jours-là, d'oublier ses « extravagances » de Hambourg ?.
Au moins n’a-t-il plus à se plaindre de la noire misère, à supplier la divinité de ne pas attendre, pour le combler de dons, qu'il ne soit plus à même d'en profiter, à hésiter le matin à se réveiller tout à fait *. Son plan de voyage arrêté, sa résolution prise d’aller d'abord à Paris, il se met à l'étude du français, mais sans méthode ni succès, ayant dépassé l’âge où l’on apprend *. En revanche, il termine le premier acte de Maria Magdalene, réplique dans Mein Wort über das Dramaÿ à la polémique engagée par le professeur Heiberg de Copenhague à propos de son article du Morgenblatt et compose quelques poésies. Il se console facilement qu'avant son départ pour Copenhague, Campe n'ait pas donné suite à la proposition qu'il lui avait faite de prendre la direction du 7elegraph à la
place de Gutzkow avec lequel il désirait rompre et, maintenant.
comme alors, il attend du changement de milieu et des voyages une sorte de transformation miraculeuse de sa destinée‘. Il se prépare donc à partir. Sa bourse devant suffire pour ‘lui, Elise et Max, il décide de descendre à Saint-Germain-en-Laye pour y vivre plus économiquement qu'à Paris dont il pensait que Saint- Germain était un faubourg. Le 8 septembre 1843, Elise l’accompagne au bateau.