‹ HebbelChapitre 220 sur 425 · PR AL · texte numérisé non relu

PR AL

lasse point de lui faire de la réclame et il publie à Hambourg son ouvrage : Ucber den Einfluss der Weltzustände auf die Richtungen der Kunst und über die Werke Friedrich Hebbels'. En Allemagne, l'hostilité de Gutzkow et de ses partisans ne se lassait point et Hebbel eut le tort d'engager une polémique stérile avec l'A{lgemeine Zeitung d'Augsbourg et de relever les moindres attaques du Morgenblait de Stuttgart?. Mais d’autres organes étaient pour lui : la Leipziger Modezeitung, l'Europa de Gustay Kühne et surtout les Annalen de Rôtscher?, C’est l’époque où, dans les Grenzboten, Julian Schmidt commence ses attaques‘, mais c’est aussi celle où Hebbel entretient avec Willibald Alexis les meilleurs rapports, où Emil Palleske se fait son champion, ou Menzel loue chaudement Judith dans son Ziteraturblatt et où un esthéticien comme F. Vischer, au jugement duquel Hebbel attachait beaucoup de prix, est loin de lui être défavorable et prédit que Maria Magdalene fera époque, tandis qu'Arnold Ruge publie son parallèle intitulé : Maria Magdalene, eine Tragüdie, Uriel Acosta, keine Tragüdieÿ. Ce drame en particulier a un succès considérable; il est représenté à Gotha, Oldenburg, Kôünigsberg et sa non-acceptation à l'opéra de Berlin provoque une manifestation des acteurs de ce théâtre qui, de leur propre initiative, jouent la pièce sur une scène privée et émettent d'énergiques protestations dans la Külnische Zeitung, le Frankfurter Unterhaltungsblatt, l'Europa et les Blätter für Literaturlicbhaber$. Hebbel prend, en fin de compte, le sage parti d'ignorer ses adversaires et de s’en rapporter à l'estime de bons juges faisant autorité : « Je n'ai pas besoin de plus que Vischer et Rôtscher, mais ceux-là me sont nécessaires ? ».

Peu à peu, l'ordre se fait en lui et autour de lui. Il a payé ses dettes au pays dithmarse et son œuvre y a été traduite en dialecte holste ; il a désintéressé le vieux Rousseau qui meurt peu après et il est entré enfin en possession de son diplôme de docteur*. Après les chaleurs torrides de fin de mai 1846, il accompagne sa femme en tournée à Graz, puis fait avec elle le voyage de Berlin, depuis si

1. Hambourg, 1846 (voir bibliographie); pour un article de la Revue nouvelle; cf. T., 3877; un autre de la Revue indépendante, cf. T., 4292; consulter enfin et surtout la correspondance échangée entre Hebbel et Bamberg de 1844 à 1848 (Bamberg, I, 249-304), cf. en particulier la lettre de Bamberg à Hebbel du 9 février 1846 (Bamberg, I, 263). C’est encore Bamberg qui fut le premier intermédiaire entre Hebbel et Saint-René-Taillandier (cf. Bamberg, I, 300-302),

2..Bw., II, 307, 315, 316; IV, 1, 2, 15-17: T., 3875, 3896, 4000, 4015, 4016, 4193; 4199, 4992; N. Hebbeldok., 35, 37, 196.

3. Pour la correspondance avec Kühne, cf. Bamberg, I, 421 et suiv., et Bw., IV, 15 (T., 4123) et N. Hebbeldok., 36; pour la correspondance avec Rôtscher, cf. Bamberg, Il, 295-299 et Bw., IV, 37, 90; pour les périodiques, cf. Bw., II, 350: IV, 2, 3, 13; T., 3888, 3897, 3922, 3928, 3034, 3958, 3963, 3966, 3080, 3984, 4002, 4192.

4, Bw., IN, 57: T., 4222; W., XI, 39%, 398 ; Kub, II, 206 et suiv.

5. Bamberg, II, 353-355; Bw., LIL, 259, 302, 349; IV, 36, 38, 43, 53, 55, 66, 75, 77: T., 4199, 4198. — 6. Bw., III, 297-298, 320, 324; T., 3938.

7. T., 41992, cf. encore T., 3921, 3931, 3984, 4002, 4192; Bw., III, 259; IV, 34, 37, A1, 53, 62, 66, 70 et Kuh, II, 201-206.

8. Bw., III, 317, 321, 396, 398, 331-334, 344; T., 3957, 3963.

longtemps projeté. La Silésie, âpre, austère, lui rappelle sa petite patrie et à son arrivée dans la capitale prussienne, il retrouve, au spectacle de la foule grouillante et de la grande ville animée, cette impression de masse, de flot irrésistible qui lui était déjà familière et, prétendait-il, indispensable. « Partout de la vie, de la vie, berge et courant; de quelle nature sont les poissons qui y prennent leurs ébats et y nagent, cela est pour moi secondaire’. » «Je ne suis pas, écrit-il encore, comme la plupart de mes amis qui aiment à s enfermer dans leur solitude comme en un cocon; pour moi, un seul arbre, pourvu qu'il offre assez d'ombre pour me protéger contre les rayons les plus impertinents du soleil, a vite fait de remplacer une forêt, mais jamais un seul homme ne remplacera l'humanité ou même un peuple, avec ses vertus etses travers; rarement où jamais le rossignol ne m’apprit quelque chose de nouveau, car je n'ai pas besoin de lui pour savoir que le printemps est de retour, mais un fou sur mon chemin m’apprit toujours quelque chose?. » Il retrouve à Berlin Cornelius et fait la connaissance personnelle de Rôtscher. A Leipzig, il passe de longues heures en tête à tête avec Arnold Ruge, rencontre Heinrich Laube chez Gustav Kühne et entre en relations avec Weber. Seul, le compositeur Schumann lui fait, à Dresde, un accueil plus que réservé. Mais après un court séjour à Prague, gâté par la pluie, à sa rentrée à Vienne, la visite du professeur Dahlmann et l'intérêt que prend pour lui à Paris Saint- René-Taillandier le dédommagent amplement?

Par contre, l'attitude des Viennois à son égard ne se modifie point : Deinhardtstein retombe dans son apathie, Grillparzer, pour lequel, bien que Laube ne l’eût pas encore réhabilité, Hebbel professait une véritable vénération, y répond par de mordantes épigrammes, Bauernfeld ne lui accorde guère qu'une sympathie très raisonnée, Friedrich Halm ne se rapproche point de lui, parce que son amie Julie Rettich est la rivale de Christine. Et que pouvait Engländer contre Saphir“?

Christine, voilà le nom qui désormais est inséparable de l’histoire des progrès et des luttes de Hebbel; sous son influence il s'apaise jusqu'à l’indulgence : c’est ainsi qu'il renoue avec Janinski et même se souvient sans amertume d'Amalie Schoppe et prend de ses nouvelles®. Le bonheur le réconcilie avec son passé. N'écrit-il pas à un ami de Wesselburen « mettez seulement Vienne sur vos lettres, il n'y a pas besoin d'autre adresse ». N'’est-il pas l'époux de celle qu'il ne se lasse point d'admirer et comme femme et comme artiste6? La naissance d'une fille, le 25 décembre 1847, le console de ses deuils récents. [Il se réjouit que son être ait été « complété par une femme aimée » et dit oui à une vie qu'il considère comme triplée‘.

1. T., 4177, 4178, 4921, 4298; Bw., III, 258; IV, 37, 41, 45.6. — 9, 'L., 4993. — 3. Bw., IV, 48-51, 58-60.

&. Kuh, IN, 174-190, 200-201; Bw., IV, 76-77. — 5. Bw., IV, 64-67, 102: T. 4171. — 6. Bw., IV, 13, 49, 66; T., 4107, 4110, 4191, 4124, 4144, 4145.

7. Bw., IV, 42-43, 59, 59; VIII, 22; T., 3609, 3952, 4008, 4335-1338; Kuh, IE,

CT

Son œuvre aussi s'est enrichie : non seulement de plans et de fragments dramatiques, épiques, autobiographiques!; non seulement des retouches qu'il apporte à plusieurs de ses nouvelles?, non seulement d'une autre nouvelle : Herr Haidvogel und seine Familie? et de traités ou d’aphorismes dont nous allons avoir à nous occuper", mais il fait paraître sa comédie en cinq actes : der Diamant qu'il considère — bien à tort! — comme son chef-d'œuvre’, il commence à s'occuper de son Molochf et travaille activement au 7rauerspiel in Sizilien et à deux grandes tragédies : Julia et Herodes und Mariamne”. Enfin, c'est le 28 novembre 1847 que parut le volume des Neue Gedichte$. Hebbel n'avait-il pas le droit d'écrire, en établissant dans son journal le bilan de l’année 1847 : « J'ai fait des progrès extérieurement et intérieurement » et « mes espérances littéraires se sont un peu accrues ° »? Nous nous sommes attaché dans ce chapitre à mettre en lumière les progrès que Hebbel nomme «extérieurs », et à indiquer, en même temps, dans ses grandes lignes leur répercussion sur sa vie «intérieure ». La distinction est d’ailleurs superficielle etapparente : en réalité, la rupture avec Elise et le mariage avec Christine marquent bien évidemment, en même temps que le coup de barre le plus décisif pour la marche du navire auquel il a confié sa destinée, le point le plus intéressant de ce qu’on pourrait appeler la courbe de l’évolution psychique du poète. En rompant les liens du passé, Hebbel a conquis plus de stabilité et plus -de santé, ce qui ne veut nullement dire que le déchirement ait été négligeable et la cicatrisation, rapide. Et après s'être ainsi « opéré », (car rien n'autorise à admettre qu'au tréfond de son cœur Elise ne fût point une partie de lui-même et qu'il ne la considérât pas comme telle) — après avoir appliqué chirurgicalement ce qui était à ses yeux la meilleure règle vitale (« Wirfweg, damit du nicht verlierst! »), il s'adresse au médecin, et c'est Christine. Les liens d'avenir sont comme l'appareil, d'abord douloureux, mais enfin

1. W., V, 125, 129, 133-143; VIII, 80 : Aufzeichnungen, aus meinem Leben, commencées en 1846; W., VIII, 372-374. C’est aussi à cette époque que nous trouvons dans le Tagebuch la première trace de l’épopée Mutter und Kind, CR 0 020: 0e

2. Die beiden Vagabunden, ein lfrragment (1837) retouché en 1847 (W., VIII, 116; Bw., IV, 54), Anna (1836) retouché en 1847 (W., VIIS, 229; Bw., IV, 35), Pauls merkwürdigste Nacht (1837) retouché en 1847 (W.. VIIT, 237), der Schneidermeister Nepomuk Schlegel auf der Freudenjagd (1837) retouché en 1847 (W., VIII, 250). De plus Hebbel remanie Schnock (1837), qui ne sera parfait qu’en 1850 (W., VIII, 143 et T., 4338).

Page 1