‹ HebbelChapitre 259 sur 425 · VI, 280; Naples, 9 août 1845. s · texte numérisé non relu

VI, 280; Naples, 9 août 1845. s

8. T., 3340; cf. T., 3162, 3377 et supra, 500 et das Opfer des Frühlings, v. 89-92, supra, 506.

solution!, La poésie supprimera le qualificatif « coquette » du journal, qui pourrait faire croire que le frisson de terreur est la juste punition d’un défaut; la jeune fille qui nous est présentée est entièrement sympathique : belle et le cœur plein d'espoir; et pour que le tragique de sa destinée nous émeuve encore davantage, elle ne sera pour rien dans la brusque extinction de la lumière; le complément circonstantiel « par mégarde » disparaîtra ; à la touchante question de la jeune fille :

Wann werd’ ich Braut? — c'est le Destin lui-même qui répondra :

Auf einmal erlischt da die Kerze: ‘

Le poète n’a plus alors qu’à exprimer la répercussion lyrique de ce drame, bref, à nous rendre en quelque sorte sensible le frisson :.la belle enfant, enveloppée tout à coup par l'obscurité, a comme un pressentiment de la lugubre étreinte de la mort.

Une jeune fille que Hebbel avait observée à Paris se déshabillant dans une mansarde lui avait donc fourni le motif de deux poésies ?. À Naples, les deux sœurs messiniennes vont à leur tour l’inspirer*. C’est d’abord, le 12 juillet 1845 le Venerabile in der Nacht (tableau napolitain que l’auteur nommait avec ses chefs-d'œuvre “). Tous les soirs, Angiolina et Emilia apparaissent au balcon de la maison voisine Ÿ; pendant le jour, le poète n’aperçoit que le grenadier avec sa couronne de flamme ‘ :

Heute auch sind sie erschienen,

Ihre Kleider, ihre weissen,

Schimmern durch die Nacht, wie Licht; Und die Düfte zieh'n von ihnen

Her zu mir, die sich befleissen,

Zu erfrischen ihr Gesicht.

Nur die süssen Mädchenmienen,

Die den Himmel uns verheissen,

Nur ihr Antlitz, seh’ ich nicht.

Mais voici une procession, tout un peuple en prière parcourt les rues, des cantiques montent vers le ciel, chacun se prosterne au. passage du Christ pâle que portent des enfants de chœur, et au son

1. Cf. T., 1395 : « Stoff ist Aufgabe, Form ist Lôsung », et Müller, 34 — 2. T.,3162.

3. Cf. supra, 410; T., 3489, 3490, 3492, 3497-3498; Bw., III, 247-250, 271: Kuh, II, 144-146; Tibal, 690-691.

h. 15; VI, 286; Naples, 12 juillet 1845, Morgenblatt für gebildete Leser du 31 mars 1846 (W., XII, 393); cf. T., 3943; Bw., IL, 295: IV, 7, 86; VII, 257, note.

5. Cf. v. 1 : « auf benachbartem Balkone » et Uhland : Liebesklagen, 1, der Student, v. 17. En réalité, Hebbel observait de sa fenêtre trois de ces balcons garnis de voisines ravissantes : cf. Bw., III, 261, 271, ligne 29 et supra, 410.

6. C’est le décor de Roméo et Juliette. La notice du journal T., 3490 qui suit immédiatement les noms des deux sœurs nous montre bien quelles influences flottaient aux yeux de Hebbel autour des images de ses inspiratrices vivantes et auréolaient encore de poésie une réalité déjà charmante :

il cite des vers de Shakespeare (Tout est bien qui finit bien, acte I, scène 1) et des vers de Gœthe : Trost in Thränen.

des cloches, c'est Dieu lui-même qui approche. Tous les voisins accourent aux fenêtres avec leurs lampes et le poète peut voir s agenouiller ses belles voisines tandis que leur mère place la lampe

entre elles et que le grenadier les couvre doucement d’une pluie de fleurs !.

C’est encore Emilia et Angiolina que Hebbel chante dans les :

Stanzcen auf ein Sicilianisches Schwesternpaar?. Le poète s'adresse d'abord à la cadette, Emilia, qui pleure de le voir partir *; mais c’est l’aînée qu'il aime et ce sont ses traits qu'il cherche encore en contemplant sa sœur :

Mir war’s ein eig’nes schauriges Vergnügen, Mich halb noch frei von ihrem Bann zu fühlen, Und doch an diesen mystisch-tiefen Zügen,

Die auch in dir schon dämmern, mich zu kühlen, Dich aber musste solch ein Blick betrügen,

Er musste dir das weiche Herz zerwühlen,

Es that sich auf, mein Bild hineinzulassen,

UÜnd statt zu jauchzen, sahst du mich erblassen.

Il semble au poète que les gracieuses figures du passé ‘ reviennent planer autour de lui et l'implorer pour elle, comme s’il pouvait, en essayant de guérir sa douleur, donner à ses aînées une preuve nouvelle de fidélité. Mais la passion rompt avec le passé et se ferme à lavenir si le présent ne la satisfait point. La mélancolie reparaît, envahissante : |

Ich ward in einen fremden Kreis verschlagen, Wie sollte ich in ihm nicht untergehen?

Le « Kreiïs » dont parle ici Hebbel n'est nullement le pays étranger; au contraire, sa correspondance témoigne que repartir de Naples signifiait pour lui une sorte d’exil volontaire, et le quatrain suivant nous montre qu'il ne s’agit point ici de la plainte d’un « déraciné » : le poète se sent seulement dépaysé «dans le monde du Conte » car,

1. Cf. v. 34-36 et des Opfer des Frühlings (dernière strophe, supra, 508). — 2. 17; VI, 215; Naples, 18 août 1845; cf. Bw., VI, 2 et VII, 257. ”

3. Cf. v. 1 : « mit deiném Auge, deinem seelenvollen » et T., 3492 : « Emilia’s Augen — Augenknospen » et Bw., III, 264 : « Nicht ohne tiefe Wehmut blicke ich zurück, nicht ohne einiges Grauen vorwärts. Schon hôre ich die wohllautendste Sprache der Welt nicht mehr von dem lieblichsten Munde, bald werde ich sie gar nicht mehr hôren », etc. et encore Bw.., I, 271-272 : « Lebe wohl, Neapel... Alles ist vorbei, wie ein Schauspiel, wir ziehen die bunten Kleider wieder aus; wann werden wir zu Bett gehen? »

k. Cf. v. 24 : « Mirist, als ob erblichne Huldgestalten ».., et la Zueignung de Faust : « Ihr nah’t euch wieder, schwankende Gestalten ». Cf. encore supra, 239-240.

5. Cf. Môrike (Bamberg, II, 379). Str. 5 : Und mag darob auch mancher Busen pochen — blieb es nicht schôner ungesagt? — Das Folgende hat Schwierigkeit : Wäre diese mir nicht zugesprochen, versteht man notwendig zuerst von der oben angeredeten Schwester; man corrigiert sich am Ende der Strophe und supponiert die andere; allein auch dann erhellt nicht mehr, inwiefern von éinem Ersatze die Rede seyn kann. »

6. Cf. Bw., III, 264 : « Dennoch verbanne ich mich selbst, denn Nichts hindert mich, noch hier zu bleiben, aber mir däucht, der Silberblick ist vorüber. Auch den hätte ich festhalten kônnen, doch das erlaubten meine Verhältnisse nicht, und ich glaube, eine schwere Probe nicht gar zu schlecht bestanden zu haben. »

tandis que jadis il aimait ce que son rêve avait depuis longtemps

embrassé!, à présent il lui semble qu'il est condamné à aimer

l'objet de sa haine : les yeux noirs de la bien-aimée n'ont-ils pas la profondeur ténébreuse et perfide d’une nuit d'incendie *? Mais l'amour finit par triompher des pensées douloureuses, accepter le renoncement total et trouver en la suprême épreuve l’occasion du don le plus magnifique :

Gleichviel! Und soll ich Nichts von ihr erwerben,

Und ist sie in des Todesengels Händen, Ein Dolch 3,

So schmück’ich sie doch kôstlich noch im Sterben Und will den ganzen Dichterschatz verschwenden, Ihr für die That, dem Tode mich zu weihen, Den hôchsten Glanz im Leben zu verleihen #!

Déjà dans le cycle dem Schmerz sein Recht, Hebbel avait reconnu que l’homme estun apprenti et que la douleur est son maître; en Italie, il approfondit encore cette vérité consolante et affirme que la dissonance peut se résoudre en harmonie, la souffrance, devenir source de poésie et de beauté. C’est encore ce qu'exprime la pièce in ôder Zeitf, par laquelle nous terminons l'examen des poésies napolitaines : > Nicht fühlt die Harfe Schmerz, Wenn sie kein Wind bewesgt,

Doch wohl des Dichters Herz, Wenn’s ihm kein Gott erregt.

et, comme la harpe dont les cordes casseraient, sa mort même ne serait que le prix d’un chant. C’est, on le voit, généralisé, le finale des Stanzen. -

Hebbel appelle les mois passés à Naples « une des périodes les plus heureuses de sa vie’ ». Son séjour en Italie, plus encore que l’année de Heidelberg, lui révèle un monde tout différent de celui qui avait inspiré la plupart de ses essais de Wesselburen et, s'il ne nous confessait pas encore dans sa correspondance que « le

1. Le vers 47 : « Einst liebt ich, was ich längst im Traum umfasste » exprime une sorte de contre-partie du célèbre : « ich besass es doch einmal, was so kôstlich ist ». (Gœthe, ar den Mond.) Là le poète finit par posséder en réalité ce que son rêve avait depuis longtemps pressenti; l’avenir devient présent; ici la bienheureuse réalité n’existe plus qu'à l’état de souvenir et la songerie doit, pour la ressaisir, faire un retour en arrière,

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