W., XII, 247 : Schône Verse (1859), cf, supra
Sie ist der Feuerzone Kind, Wo jede Frucht von selber fällt.…..
Sie hat von dem Johannisstrauch Die karge Beere nie gepflückt, Die, ohne Kraft und ohne Hauch, Zur Abwehr gar den Dorn noch zückt 1.
Jusque-là, rien que de normal et d'harmonieux dans les métaphores ; mais voici que la poussée métaphysique force brusquement, jusqu'à la faire éclater, l'enveloppe poétique :
Doch ward sie oft vom Wein bespritzt, Weil himmelan die Rebe drang
Und dann vom Sonnenstral zerschlitzt, Die Traube in der Luft zersprang.
Ce « himmelan » peut paraître suspect et rappeler le jeune Hebbel que, depuis longtemps, nous avions perdu de vue ?. Mais ce n’est là que velléité de mysticisme, comparable à une de ces ennuyeuses mais inoffensives poussées d’herpès dont Hebbel nous confesse qu'il était affligé depuis sa seizième année. La netteté de l’expression se rétablit aussitôt et toutes les strophes suivantes sont de la meilleure venue. On a rapproché le rythme et même le motif ‘du Harmosan de Platen, le modèle contesté dans l’article même qui opposait un quatrain de l’Odaliske aux prétentieuses élucubrations des faiseurs de « beaux vers‘ ». Mais nul doute que la ballade de Hebbel ne soit supérieure, si emprunt il y eut, à la pièce de son devancier. Quelle sobriété vigoureuse dans la façon de camper face à face les personnages :
Drum sitzt sie auch nicht seufzend da, Nun ihre eig’ne Stunde naht,
Sie denkt der Rosen fern und nah’, Die sie schon selbst gebrochen hat.
Ünd sieh’, der Pascha tritt herein, Zwar ernst und düster, doch nicht alt.
Und vor ihm her den Becher Wein Trägt eines Mohren Nachtgestalt.
Ce pacha, nous le connaissons bien, et il faut voir ici une nouvelle confession personnelle plus ou moins consciente; quant au face-àmain ésotérique, nous ne voyons pas qu'il y ait lieu de l’employer : Er sieht das Mägdlein lange an, Misst Zug für Zug, und nickt nur still...
Ne serait-ce pas là le même regard qui fit rougir la jeune fille rencontrée au Louvre °?
Zum gold’nen Becher greift er dann Und fragt, ob sie nicht trinken will.
Ce surhomme, qui dispose ainsi des êtres, même des plus aimés, comme s'ils étaient des choses, ne serait-ce pas un nouvel avatar
1. Cf. supra, 336-337 et Scheunert, D. 7. H., 153 et notes. :
2. Scheunert, D. Te H., 154 et n. 1 et supra, 43 : Liebe; cf. aussi le rapprochement qu'indique Werner (Anmerkungen, 272): Moloch, W., V, 254, ligne 19 et suiv.; quant à l'interprétation ésotérique : cf. Bastier, 36 et suiv.
3. Cf. T., 5537. — 4. Cf, Fries, 50 et supra, 686, n. 3. — 5. CF. supra, 461.
d'Holopherne, d'Hérode, de Candaule? Quant à l'odalisque, on peut 7 dire qu’elle incarne l'héroïne surmontant l'épreuve par la plémitude de sa sensualité, de même que Genoveva avait triomphé du péril par la perfection de sa pureté :
Ihr aber schwillt schon jetzt das Blut Bis an der Adern letzten Rand,
Drum fürchtet sie des Weines Glut, :
Und stôsst ihn weg mit ihrer Hand.
Et n'est-ce point le « dévoreur d'hommes! » qui, sans un mot, d’un seul geste, envoie à la mort l’eunuque et s’empare de sa proie de volupté, comme un fauve s’accroupit, son quartier de viande entre les griffes, et le pourlèche avant de mordre?
Nun weis’t er stumm den Mohren fort, Dem wild das Auge glüht vor Lust, Und setzt sich an den weichsten Ort Und küsst ihr langsam Mund und Brust.
Et quand le cri d’agonie du Maure vient troubler la fête et fait que l’odalisque tremblante interroge son seigneur, de quel ton de justicier tranche-tl, coup sur coup, les deux destinées :
Und er versetzt : es starb der Mohr!
Er trank den Wein, den ich dir bot, Und wird der Sünde nimmer froh,
Denn beigemischt war ihm der Tod ! — Ich prüfe jede Sclavin so!
Tout l’autoritarisme de Hebbel tient dans ce dernier vers, toute l'âme de Hebbel dans ce poème.
La dernière en date des ballades du recueil de 1857 : Husaren- Werbung fut dédiée au prince de Schwarzenberg et reproduit une
anecdote racontéc par lui*. Le cadre et le ton rappellent la première scène de Wallensteins Lager :
Der Kaiserliche Offizier, Der wirbt im Dorf Husaren,
Und laut aus seinem Standquartier Ertônt’s, wie von Fanfaren.
Denn, bleibt der Vogel nur am Leim, Der Fisch am Wurm nur hangen,
So wird der Pusztensohn daheim Nur mit Musik gefangen.
Hebbel renforce ici, avec la plus grande virtuosité, la couleur locale :
Drum setzt man um den Werbetisch In Ungarn stets Zigeuner,
Die geigen oder blasen frisch Und werden stündlich bräuner.
Et, s’il n'est pas certain que ces tziganes-là n'aient pas emprunté
quelques traits aux drei Zigeuner de Lenau, c’est ici le souffle vivi-
fiant du Zager qui passe, et non pas le zéphyr déprimant qui fait . Cf. supra, 614 et n. 8. :
«+ VI, 191: dem Fürsten Friedrich von Schwarzenberg freundschaftlichst
sugeeignet; Vienne, 24 décembre 1856; cf. Anmerkungen, 272 et Bw., VI, 3.
courir sa mélodie endormeuse dans les cordes de la cithare suspendue à l’arbre sous lequel le musicien de Lenau est paresseusement allongé, le cœur plein de rêve. A côté des trois languissants et charmants disciples du farniente insouciant et de « la bohème pour la bohème », quelle virilité, d'abord, puis quelle allure endiablée chez les recrues de Hebbel!
Erst halten sich die Burschen fern Und fluchen den Verleitern,
Doch ihre Mädchen kommen gern Und tanzen mit den Reitern.
Ne sont-ils pas débordants de santé, ces gars chez qui se peuvent visiblement observer la montée de la jalousie, l'entraînement de la danse, de la boisson, la séduction des rudes attraits de la vie militaire? Ces types ont, comme ceux de Schiller, à la fois la généralité, la normalité classiques et une existence fortement individuelle, localisée et datée :
Und ist, was er erspart, verzecht, So denkt ein jeder eben :.
Des Kaisers Rock ist auch nicht schlecht!
Und lässt sich Handgeld geben.
Dans ce décor si heureusement combiné, la ballade va se dérouler à la facon d’un drame, toute en action et sous une forme où tout est en harmonie, milieu, ton, langage, rythme. Ce simple faitdivers : un domestique qui, après avoir fidèlement servi un paysan avare, se paie lui-même en emportant à son maitre son meilleur pur-sang et en s’enrôlant ensuite, ce simple fait-divers est élevé par l’art du narrateur à une hauteur symbolique telle que le terme mythologique de « centaure » ne choque pas et que Hebbel campe ici une sorte de statue équestre glorifiant, tout d'abord, la puszta, avec ses coursiers de race et ses enfants délurés, puis, en élargissant les lignes, la poésie et la beauté de la vie de hussard. En plus de ce groupe de belles ballades, Hebbel composa, de 1848 à 1857, une douzaine de poésies diverses que nous pouvons présenter dans l’ordre même où l’auteur les a rangées dans l'édition d'ensemble. Christine les inspira presque toutes. Tout d’abord, Liebesprobe, écrit, nous dit l’auteur, pour la fête de sa chère
femme ! :
Lass den Jüngling, der dich liebt, Eine Lilje pflücken, Eb’ dein Herz sich ihm ergiebt, Um ihn zu beglücken.
Wird kein Tropfen von dem Thau Dann durch ihn vergossen,
1. VI, 210; Marienbad, 24 juillet 1854; cf. T., 5310 : « Rosen- und Nelkenduft umstrômte mich dabeïi, denn drei mächtige Blumensträusse..… standen in frischem Wasser auf dem Tisch vor mir; es ist aber nicht ganz so ausgefallen, wie es der zarten Idee nach künnte und sollte »; cf. encore N. Hebbeldok., 99), la lettre à Kuh du 29 juillet 1854 et Æumorist hrg, von Saphir, 10 août 1854 : an ein Mädchen, Werner (Anmerkungen, 277) rapproche encore deux passages de Genoveva : W., I, p. 103, v. 370 et suiv., et p. 110, v. 532 et suiv.; cf. encore, Bw., VII, 257.
HEBBEL, [AA
Der sie tränkte auf der Au, Sei der Bund geschlossen.
Wer so zart die Blumen bricht, Das$ sie nicht entwallen,
Sorgt auch, dass die Thränen nicht Deinem Aug” entfallen.
Les commentateurs allemands ont choisi entre autres cette pièce pour illustrer la genèse du symbolisme inductif de Hebbel, partant le plus souvent de l’image et en dégageant par la méditation un sentiment et une idée!. Du même genre. et bien à leur place entre Sommerbild et Herbstgefühl, les deux beaux quatrains intitulés ein Bild aus Reichenau?, où se retrouvent, l'autonomie plastique et l'unité métaphorique assurées, tous les accessoires du symbolisme ésotérique du jeune Hebbel : la fleur, le papillon, le miel, la volupté, chaque terme ayant simultanément sa valeur objective et sa puissance de suggestion mystique, sa faculté d'évoquer les subtiles correspondances entre l'âme et les choses, entre le réel et l'idéal; le poète cucille la fleur rouge et brûlante avec son papillon ivre de miel :
Ich flocht sie der Geliebten in das Haar :
Er sog, wie aufgelôs't in Wonne, fort3!
Suivent, dans l'édition d'ensemble, les pièces : Herbsigefühl, Spatziersang am Herbstabend et Herbstbild* dont la succession-et les titres déjà révèlent l'unité. Nous avons présenté, dans le recueil de 1842, les deux premières; voici, non moins belle, celle qui vint, en 1852, couronner le groupe des tableaux :
Dies ist ein Herbsttag, wie ich keinen sah!
Die Luft ist still, als athmete man kaum, Und dennoch fallen raschelnd, fern und nah,
Die schônsten Früchte ab von jedem Baum.
O stôrt sie nicht, die Feier der Naturÿ!
Dies ist die Lese, die sie selber hält,
Denn heute lüs’t sich von den Zweigen nur, Was von dem milden Stral der Sonne fällt.
Certains critiques sont tentés de ne voir là que la belle description du paysage d'automne’; un autre s’est attaché au contraire à
1, Cf. Werner, Lyrik und Lyriker, 282-283 et Scheunert, D. 7. HS 166£eten es;
2, VI, 230; léditeur critique (cf. Anmerkungen, 284) retrouva la pièce sur une coupure de l’Humortst et la date du 8 ou 9 juillet 1848: cf. encore supra, 273, 490 et Kuh, IL, 411: « Gedichte wie Sorrmerbild und e'n Bild aus Reichenau sind einzig in unserer Poesie.
3. Cf. Scheunert, D, 7. H., 171-172 et notes : « Würdigang der Gedichte Zir Bild aus Reichenau und Sommerbild; cf. encore, 1bid., 185-186.
4. VI, 232; Vienne, octobre 1852; cf. Bw\ V, 73, la lettre du 8 novembre 182 de Hebbel à Gustav Kühne : « für die Æuropa ein kleines Gedicht, eine mir sehr liebe Frucht des Herbstes; bis jetzt die einzige ». Cf. supra, 273 et 311.
5. Cf. Uhland, die'sanften Tage, v. 20 : « dann ist die Feier der Natur... » et Môrike, die Herbstfeier, 1828-1837.
6. Cf. Engelhard, 31 : « das Herbs'bild ist so reif-gesättigt, wie die Herbstnatur selber »; et Müller, 16 : « so sind wir geneigt das wundervolle Herbst- Bild rein als Naturschilderung zu nehmen, und nur ganz leise klingt die Empfadung in uns an, dass ein tiefrer Sinn darin verborgen sein kônne ».
montrer que la forme n’y vient que mettre en valeur l'idée morale et rapproche, à cet égard, la pièce das Haus im Walde que nous . avons étudiée au groupe des Waldbilder dans le recueil des neue Gedichte!. Hebbel, si nous le consultions, répondrait sans doute par la Widmung de Mutter und Kind, qui pourrait servir de dédicace aussi bien aux poésies lyriques de la même époque :
Nicht dem Markte, und nicht dem Herrn und Fürsten der Erde :
Einem gebildeten Geist weih’ ich dies schlichte Gedicht.
Denn ein solcher erkennt, wie Recht und Pflicht sich verketten,
Und entziffert sich gern seinen bescheidenen Sinn.
Wem er sich aber verbirgt, der müge nur Eins nicht vergessen :
Auch ein Selam bleibt immer ein blühender Strauss!
Wär ihm sogar noch der Strauss zu bunt und zu ängstlich geflochten, Nun, so hait er sich doch still an die Blume allein 2.
Un certain nombre d'autres pièces sont à la fois moins mystérieuses et moins objectives et, bien que plus directement poésies de circonstance, revêtent un caractère plus explicitement spéculatif : ainsi par exemple les vers in das Album meiner Frau, répondant à un vœu ardent du poète, désireux depuis longtemps de « montrer au monde, combien sa femme lui était chère ? ». De fait, le morceau est, avant tout, un document biographique intéressant, attestant qu'au bout de six années de mariage Hebbel a pour la beauté et la noblesse de sa compagne la même admiration qu'aux premiers jours. C’est aussi, développée en un style soutenu, une nouvelle variation du thème à la fois esthétique et moral de la belle âme, thème qui avait précédemment inspiré les pièces dédiées à Elise. Sans doute, en considération de ce contenu édifiant, de l'élévation de la pensée et de la pureté de la langue, Môrike ne raya pas de sa liste d’éloges une pièce dont le centre est le quatrain que voici :
Will die Natur die Schônheit rein entfalten, So darf sie Nichts von ihrem Fein: ihr sagen,- Sie kann nur dann das Herrlichste gestalten, Doch muss sie seinen Untergang auch wagen 5.
Le long poème ein Geburtstag auf der Reise, que Hebbel composa pendant son séjour à Munich en 1852, est à la fois le type de la pièce de circonstance et une fort belle élégie, agrémentée avec assez de discrétion de considérations philosophiques 5. Les premières strophes évoquent l'émotion du voyageur salué à son