Cf. Bornstein, I
des prêtrises. Pour le vrai poète, l'art et la vie agissent et réa-
gissent en un rythme puissant, l'inspiration vitale animant l'art du grand souffle cosmique, l’art ennoblissant et élevant l'existence jusqu'à l'intuition du divin !. Quant à la fantasmagorie romantique de Hoffmann, le jeune Hebbel s’y laissait prendre sérieusement et eut vite fait de transformer le jeux de lhumour macabre en une peinture naïvement pathétique et complaisamment détaillée de sujets terrifiants?. Mais c'est dans le texte même de certaines. poésies lyriques que nous allons étudier les ressemblances et les différences de technique. :
C'en est d’abord une de 1830, parue en même temps que le Holion, et que nous n'avons pas mentionnée plus tôt afin de la
replacer ici, en tête du groupe de pièces révélant la même influence.
Il s’agit de Rezept* für einen Dichter, der unlängst ein Lied an den Schlaf geschrieben *, leicht in Schlaf zu kommen. On devine aisément quelle peut être cette recette. L’épigramme s'ajoute donc, par le contenu, aux #locken et aux Einfälle dirigés contre les mauvais poètes.
Faut-il rattacher également à Hoffmann le Zied der Geister°? Peu de pièces ont provoqué plus de controverses et laissé subsister moins de certitude. L'éditeur critique lui-même ne prend pas nettement position : il se contente de demander si ce « Lied » ne. serait pas la mystérieuse pièce Naturalismus à laquelle Hebbel fait plus tard allusion dans son journal”, mais il pose la même question à propos de deux autres et la laisse en suspens. D’autres auteurs, au contraire, s'accordent pour répondre à cette question par la négative*, mais diffèrent sensiblement dans leur interprétation de la pièce. Mêmes divergences au sujet des sources : l'inspiration que Neumann ! y reconnaît n'est « pas précisément celle de Hoffmann, mais certainement celle du romantisme » et après avoir établi un ingénieux rapprochement entre la quatrième strophe du Zied der Geister et un « Lied » de Heine ‘1, il fait complètement fausse route
1. Cf. T., 412, 1806; Tibal, 66-69, 116, 291-292 et notes et supra 10-11 et 78.
2. Au sujet des différences de technique dans la nouvelle, cf. Tibal, 118 et 119. — 3. VII, 37. Bote, 23 décembre 1830, d’après Bornstein (I, 350), le 25 décembre. — 4. Le 11'novembre avait paru dans le Bote une pièce intitulée : | an den Schlaf, d’un certain E. R., cf. Bornstein, I, 350-351, — 5, VII, 63. Bote, 23 février 1832; cf. Bornstein, I, 357. — 6, Anmerkungen, 410.
7. T., 14 (Hamburg, 11 avril 1835). Cf. W., VIII, 856 : « Furchtbar wäre es, wenn das Elixier der Unsterblichkeit noch einmal in künftigen Zeiten erfunden würde. Das wäre zugleich ein Beweis dafür, dass die Todten nie aufstehen künnen, sie die Armen, für ewig, ewig todt! 1!!! »
« Wenn der Mensch eine Mischung aus allen Naturstoffen wäte (siehe mein Gedicht Naturalismus), so wäre jenes Elixier vielleicht ein Gebräu aus allen animalischen und vegetabilischen Säften, »
« Novelle » : Ein Mensch, der es erfindet, nachdem seine Geliebte todt ist; vielleicht Romanze : in einer dunklen Nacht geht er, erzählt, wie er’s gebraut und giesst es aus ». ’
8. Anmerkungen, 291 et 413. Il s'agit des pièces Proteus (VI, 253) et, der Mensch (VIT, 107) que nous étudierons plus tard. 3
9. Scheunert, D. 7. Æ., 223; Zincke, 53 nous nous rangeons sur°ce point au même avis. -— 10. Op. cit., 7 et 8.
11. Buch der Lieder : « Wenn junge Herzen brechen » (2° et 3° strophes).
en indiquant comme influence essentielle la philosophie de Schelling ‘. On lui a opposé, non seulement une déclaration formelle de Hebbel?, qui peut être discutée, mais encore une réfutation en règle, établissant des erreurs véritables et de fausses interprétations. De ce côté, le réquisitoire de Zincke* peut être considéré comme définitif. Ce dernier auteur le pousse toutefois trop loin en Contestant toute action de Schelling, même indirecte { et en attribuant exclusivement à Schiller le parrainage de tout le lyrisme philosophique du jeune Hebbel’. Neumann et Zincke sont donc aux «antipodes. Sur un point cependant ils se rencontrent : notamment pour reconnaitre que les esprits élémentaires représentent la vie de la nature non individualisée en contraste avec l'homme, chez qui cette individualisation s’est produitef. Et sur ce point, Scheunert lui-même, qui est, sur beaucoup d’autres, d'accord avec Neumann et en opposition avec Zincke, se rallie? à l'opinion que ce dernier résume ainsi : « Der Gehalt des Gedichtes ist nicht pantheistisch, sondern materialistischf... ». Mais, lorsqu'à un autre endroit de sa thèse il développe”, c’est en réfutant à l'avance du même coup deux hypothèses d’autres auteurs qu'étayent cependant les plus solides arguments. L'un ‘ s'appuie eu effet précisément sur ce que conteste Zincke, compare les « Elementargeister » de Hebbel aux Sylphes, Ondines, Salamandres et Gnomes de Matthisson et établit même des rapprochements de détail'!. L’au-
1. Il se réfère du reste non pas directement au philosophe mais à l'ouvrage de Kuno Fischer : Schellings Leben, Werke und Lehre (Dritte Auflage, Heïidelberg, 1902) et indique encore lui-même une autre de ses sources : l’article de Collin dans les Grenzboten, 1894 : « Die Weltanschauung der Romantik und Friedrich Hebbel. » Neumann a entraîné dans son erreur Waetzoldt, op. cit., cf. Zincke, 37-40. :
2. Bw., V, 42 (19 septembre 1852) « so machte ich zu einer Zeit, wo ich Schellings Namen noch nicht kannte, ein Gedicht, betitelt : Naturalismus worin das Schellingische Princip steckt; ich habe den Philosophen schon getroffen, der einen Beweis meiner tiefen Durchdringung des ersten Stadiums der Schellingschen Philosophie darin erblickte ». Cf. encore Bw., Il, 278 (8 juillet 1843). ! É
3. Op. cit., 2, 3, 21-47, 53, 117 et 118. k. Ibid., 20, contentons-nous provisoirement d'indiquer la thèse plus modérée de Tibal (98 et 99). — 5. Zincke, 2. — 6. Neumann, 7. Zincke, 43. 1
7. D. j. H., 158 et 222; cf. dans Zincke (Zinleitung) la critique du Pantragismus als System der Weltanschauung (1903) et dans Scheunert le Vorwort de son ouvrage suivant der junge Hebbel (1908).