CHAPITRE XXXV 52 BEAUTÉ
Le soleil est un foyer inextinguible de lumière, de chaleur, le plus bel ornement des cieux; c’est lui qui donne le jour par son éclat, c’est lui qui fait épanouir le bouton de rose au printemps et fait naître le feuilage »5y, il suffit d’un seul de ses rayons pour colorer le plumage des oiseaux et l’écaille des poissons, 155 c’est le soleil enfin qui engendre la beauté ’». Les noms d’Apollon, d’Adonis, prouvent qu’il était le type de la beauté, et c’est sous les traits de ce dieu qu’on représentait la beauté mâle, comme sous ceux de Vénus la beauté féminine. La tête du Taureau est surmontée de l'étoile la plus brillante de Vénus. Le Taureau était le symbole du soleil, il est représenté regardant cet astre à son lever ; dans le Zend-Avesta, on lui donne l'épithète de taureau pur, lumineux. Les cornes que portait Bacchus étaient l’emblème des rayons solaires, d'où elles farent appelées aurea par Sidonius Apollinaris ; une ancienne épigramme appelle Bacchus l’éclatant, le resplendissant, le dieu aux cornes d’or, ypvsoxépux ; on lui donnait aussi les noms de Ignigène Lamptor, Phanès, Eubule.
Vénus est la même que Cérès, dont la beauté a son éclat au printemps dans les fleurs, dans le feuillage. ornement des arbres. La Terre ou Cybèle comme Cérès se couvre de fleurs, et comme Vénus elle est sortie 155b des eaux et de la boue de l'hiver pour redevenir claire, lumineuse : pa elle brille ainsi que le grand jour; Nà elle.orne, embellit, et donne la couleur ou le fard, le teint qui fait la beauté du visage; Vénus ainsi que Cérès la Terre tire son éclat des rayons du Soleil, et quand le Soleil ou Adonis perd ses rayons ou que sa lumière s’affaiblit, il meurt tué par le sanglier ou le porc, Typhon, l’obscurité, l’hiver. Les Latins disaient que Vénus était ainsi nommée du verbe venire (1), ainsi que ver, le printemps,
(1) Cette étymologie paraît peu vraisemblable, et Cicéron qui la rapporte (De natur@ Deorum, liv. II, 69, « quæ dea ad
de vireo verdir, ou n°3 viror. Vénus vient avec la fleur au mois d’avril et de mai, et elle amène ou produit le fruit au mois d'août ; Vénus au mois de mai est virgo, virago, la vierge belle, couronnée de fleurs pour son union sous les Gémeaux, et la Vénus du mois d'août est celle qui porte les épis et donne les fruits; elle est comme Ilithya, celle qui vient, qui donne la moisson, le fils, le sauveur de l’année. La principale fête de Vénus, à Rome, avait lieu au mois d'avril; et aux Vinalées des champs, le 21 août, les jardiniers sacrifiaient à Vénus protectrice des jardins.
« Les Égyptiens donnaient à l’harmonie le nom de beauté, Iophi. C’est de là que les premiers Grecs ont pris le nom de Sophia, Sovix, qu’ils ont donné à la sagesse, La beauté, suivant les sages de l'Égypte, était l'image de l’ordre, de cet ensemble heureux, de cet accord parfait, de cette réunion de rapports et de proportions qui constitue l’ordre, l'harmonie, le vrai beau (1). »
Vénus était originairement une déesse chaste et pudique, et elle conserve quelquefois ce caractère : « c'était la chaste Vénus de Sestos, la Vénus pudique de Phénicie, ou Astarté, la Vénus Uranie des Perses ; enfin, c'était l’'Isis des Égyptiens, ou la Sagesse divine (2).» Vénus Céleste ou Uranie marquait l'amour pur et dégagé des désirs corporels; Vénus Préservatrice ou Apostrophia détournait les cœurs de toute pensée impure. Ce n’est que plus tard que la corruption des mœurs fit de la chaste déesse de la beauté la déesse de la licence la plus monstrueuse.
153 #9 chald. N° être beau; resplendir, orner, parer. bo, n0 séparer, distinguer, choisir, consacrer; Noa »àt beauté, splendeur, éclat; chald, nv. être admirable, extraordinaire ; Nbpn faire des pro- “912; être très-beau, le plus beau. diges ; NÜ9 miracle, a, Nb5 admirable (5, no;
ex séparer, fendre; wxkds, g&lwos blanc, brillant; .
Irl, beal soleil; CHENE resplendir.
455 b ya resplendir, éclairer, briller, paraître, ñyb* eclat, splendeur (pavo paon, AI. fau. pv briller, luire; dos lumière, éclat : gloire ; œil : tù des les yeux ; vw lumière, AT briller, apparaître; paraître, être en vue ; {T lumière, éclat, beauté.
ñn3ÿ rac. Inus. Las fleurir, Lës pousser avec abondance (l'herbe; xôx herbe, gazon, herbage. »5y pl. 2hÿ sommet des arbres; L9as branche, sommet d’arbre, Las branche.
res omnes veniret, Venerem nostri nominaverunt, » et liv. LIL, 62, « quia venmit ad omnia » ), semble lui-même la rejeter, ainsi que celles des noms des autres dieux ou déesses adoptées par les Latins. Il est probable que le nom de Vénus vient d’une racine ven qui renfermait l’idée de beauté, de grâce, et que l’on retrouve dans venustas, venustus, etc. Selon Latour d'Auvergne (Origines gauloises, p. 154 et 174), le mot ven en celto-breton signifie blanc, et la blancheur étant le symbole de la beauté, ce mot a servi à désigner la déesse de la beauté, Vénus, et a formé les dérivés venustas, venustus, etc. En breton on trouve encore gwen blanc, gwener la planète de Vénus; en gallois vennvéch veut dire la plus blanche, la plus belle; en islandais wen beau, agréable. On retrouve les mêmes ana-
logies en chinois : É pé (6483), blanc, ve É tai pé, planète de Vénus, En sanscrit Yi être pur, clair, briller d'un vif éclat, EE | pur, blanc, planète de Vénus, HE blanc, couleur blanche, Th Frais de Vénus.
Dans un autre ordre d'idées, en considérant Vénus comme la déesse du plaisir, du l'amour, on trouve en sanscrit la racine AU aimer, désirer. |
(1) Boulage, Des mystères d'Isis, p. 59.
(2) Boulage, Des mystères d’Isis, p. 58.