SCENE IV POLYXENE, POLYMESTOR
POLYXÈNE
mort, me voilà prête; Les seuls bras maternels me liaient aux vivants; J'ai rompu cette amarre et m'abandonne aux vents. Quel tourbillon m'entraîne et quels sont ces rivages? Je vous revois, ô jours d'enfance, et vous, bocages De rida, pleins d'oiseaux, de chevreuils et de lis I Cygnes du Xanthe! et vous, sables du Simoïs, Où je mêlais mes pas au chœur de mes comp.'ignes, Où les chevaux d'Hector bondissaient! montagne Sacrée, ô Bérécynthe, ô rituelles nuits; Etoiles, clair troupeau par la lune conduit; Crépuscules d'été tout vibrants d'hirondelles
Sinueuses; soleil; lumière qui ruisselles
Des feuilles sur la mousse; aurores sur la mer
Ecumante; moissons; et toi, fleur de Thiver,
Neige silencieuse et pure, hélas! sourire
Et plaisir de mes yeux, ces yeux qui vous admirent
Ne verront plus, demain, au bord des fleuves noirs.
Que des Ombres sans chair, sans joie et sans espoir.
Je te salue, ô Troie, œuvre des mains divines;
Tes temples sont brûlés; tes murs sont en ruine;
L'autel ne fume plus de myrrhe ni d'encens;
Ils ne sont plus les jeux où tes adolescents
Rivalisaient de grâce et de savante force:
Bras musculeux noués autour des larges torses.
Disque de fer jeté d'une tournante main,
Aérienne flèche et javelot d'airain
Volant au but, fracas des armures guerrières
Au choc du glaive, chars fuyant dans la poussière
Comme un feu dans la nue, ô spectacles charmants,
O fêtes où parmi mes sœurs et mes parents,
Je marchais vers nos dieux, les mains pleines de roses. Quel fragile bouquet vos images composent!
Certes, je vous regrette et vous donne des pleurs, Passe-temps délicats, saints plaisirs, fier s honn eurs. Mais je me plains surtout qu'une vie éphémère Me refuse la joie et l'orgueil d'être mère.
POLYMESTOR
Vierge! n'en doute pas: je comprends tes regrets
Et combien la jeunesse a de tendres attraits;
Mais je connais aussi que malgré nos vains blâmeaj.
A la nécessité se doit soumettre l'âme;
Le sort veut qu'on t'enferme au sonîbre monument:
Evite la contrainte et péris noblement
Aux yeuK de tous les Grecs sur la royale tombe,
POLYXÈNE
Ce matin, sur mon doigt, une pure colombe S'est posée. Et j'ai vu quel amour ennemi
Par l'oiseau de Vénus me fut ainsi promis.
Cette libre colombe est là, parmi les branches
De ce figuier: vois-tu ses ailes toutes blanches?
Laisse-moi l'emporter vers le funèbre autel,
O prince, qu'à défaut du baiser maternel.
Sentant ce cœur aussi palpiter d'épouvante,
Je caresse ma joue à sa chaleur vivante
Et qu'au choc du couteau pénétrant dans ma chain.
Mes mains ne pressent pas que le vide de l'àir.
La voix d'Hécube Hélas!
POLYMESTOR
vierge, entends: c'est la voix de la reine.
POLYXÈNE
Ma mère!.... encor si proche et déjà si lointaine!
POLYMESTOR
Ah! si tu Taimes, viens: fuyons loin de ses yeux.
POLYXÈNE
Ne me tiens pas: suis-moi; je m'abandonne aux dieux !