‹ Hei Hsiang =Chapitre 2 sur 18 · GÉNUFLEXIONS DEVANT KOUAN YIN · texte numérisé non relu

GÉNUFLEXIONS DEVANT KOUAN YIN

Kouan Yin, lumière sur le lotus sacré,

Kouan Yin, sourire ineffable !

Kouan Yin, qui d'une main porte l'Enfant Dieu,

Et qui contient ainsi l'espoir dans le silence...

Kouan Yin, dont le front a la fraîcheur d'un baiser.

D'un premier baiser...

Kouan Yin, ô déesse

Dix mille fois saupoudrée d'or!

Kouan Yin, ô déesse.

Qui m'apparais dans la fumée sainte

Au bord du lac des longévités,

Koua Yin, apprends moi l'amour!

Jamais plus qu'à présent, au milieu des massacres,

Je n'ai eu le désir de me soumettre à toi :

Kouan Yin, apprends moi l'amour!...

Apprends moi l'amour immense, résigné d'avance

Aux déceptions, aux calomnies.

Apprends moi l'amour, comme ÇakyaMouni apprit l'amour,

Amer des larmes...

Apprends moi l'amour piétiné par les bêtes

Mais qui verdoie en chaque cœur...

Je baisse en sanglotant, la tête...

Dis moi comment je dois aimer

Mes frères, mes ennemis : les hommes...

Kouan Yin, qui trône, suprême en ton bonheur,

Accorde moi le bonheur d'aimer...

Chante par ma voix, agis par mes gestes.

Pacifie par ta douceur.

Kouan Yin, lumière sur le lotus sacré.

Ecoute, du fond de tes temples séculaires,

O lumière.

Ecoute rugir la haine et frissonner la Terre!

Ils se torturent par orgueil ;

Ils se tuent au nom de la vie ;

Ils s'enchaînent au nom de la liberté ;

Et l'œuvre admirable du Seigneur de tous les Dieux N'est plus que corruption et boue sanglante!

Kouan Yin, sourire ineffable, Source jamais tarie de pitié, Efface des visages ces marques d'agonie Ces masques de torture infinie...

Fais la nuit sur la révolte, Souffle en eux la fumée d'extase :

Fais couler du mystère des vases L'opium, le magnifique oubli d'opium !

Kouan Yin dont une main porte l'enfant Dieu

Et dont L'autre contient l'espoir dans le silence,

Tu verras le meurtrier maudire son crime,

Et reprendre l'espérance...

Le voleur pleurera ses larcins;

Le soldat cachera ses mains d'assassin ;

Des remords angoissés surgiront des abymes...

Et l'homme, baptisé par ses larmes.

Te saluera, symbole à son faible bonheur !

Kouan Yin dont le front a la fraîcheur d'un baiser D'un premier baiser.

Miraculeuse, chaste et pensive, pense

A tous les parias de l'agonie.

Aux mourants gris de souffrance,

Aux clameurs jamais finies.

Aux pauvres petits sans connaissance...

Quelle était donc la Loi qui voulait tant de morts?

Et tant de misère?

Qui donc osa chanter la gloire des plus forts

Ou bien la Guerre?

Kouan Yin, tu nous entends sur ton trône de jade,

Dame de pardon et dame de merci...

Dis nous qu'il faut vivre pour ceci

Pour s'entraider en camarades

Et pour jouir de la joie étonnante de vivre !

Verse dans les âmes d'occident

En place du poison qui les ronge

De la colère du mensonge

Et de l'envie.

Verses, lénifiant, qui des pavots découle, Verses le baume aux sombres foules, Endors ces millions d'assassins :

Fais en des Saints.

14 liEIHSIANG

Après un long sommeil trop tourmenté de rêves, Dis leur: Lève toi! Vraiment, qu'ils se lèvent! Tes paroles d'Amour réveilleront, plus tard, Chez eux d'autres pensées et puis d'autres regards!

Kouan Yin, o Déesse!

Quoique seul et tremblant de sa propre faiblesse

Ainsi t'aura prié le pauvre homme à genoux :

Kouan Yin !

Kouan Yin !

Kouan Yin !

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