XVI INTRODUCTION
étaient maîtres au mois de juin 1821, comme nous l'avons dit plus haut. La garnison turque, il est vrai, tenait toujours dans l'Acropole. Mais elle y était étroitement bloquée, et en assez fâcheuse posture pour qu'on pût s'attendre à la voir se rendre. Une réoccupation passagère de la ville par les Turcs, suivie d'une reprise par les Grecs, retarda sans doute la capitulation. Mais, vers la fin de 1821, on l'espérait de jour en jour ; au début de février 1822, le bruit courait dans les journaux que c'était chose faite ^. Il est incontestable que Vigny a anticipé de quelques mois sur les événements. S'y croyait-il autorisé parles progrès de l'insurrection, si considérables pendant la première année de la guerre ? ou prenait-il ses espérances pour des réalités ? professait-il, en sa qualité de militaire, cette maxime qu'une place assiégée est en général une place prise ? ou bien, en sa qualité de poète, était-il doué de cet instinct divinateur que les anciens attribuaient au vates ? Par une coïncidence assez curieuse, vers le même temps un autre poète prophétisait, lui aussi, les victoires de la Grèce. C'est Shelley, dans son drame dHellas. La pièce a été écrite, nous le savons de source certaine, au mois d'octobre 1821 . Au vers 546, un messager vient annoncer au sultan Mahmoud que « Nauplie, Tripolizza, Mothon, Athènes, Navarin, Artas, Monembasia, Corintheet Thèbes sont prises d'assaut». La nouvelle, à celte date, était exacte pour Tripolizza, Navarin et Monembasia ; pour les autres, elle était prématurée. Ces places ne tombèrent au pouvoir des Grecs qu'en 1822 -. Si nous ne connaissions pas l'époque