INTRODUCTION XIX
tes enfants épars ? qui brisera leur esclavage qu'un long temps a consacré ?... Ce n'est pas à trente tyrans qu'est asservie aujourd'hui la Grèce ; à chaque pas on y rencontre un brutal oppresseur. Ses fils ne se révoltent point ; ils se bornent à de vaines railleries, tremblant sous la main musulmane qui les châtie, naissant, mourant esclaves... Ils soupirent après les armes de l'étranger, et ils n'ont pas le courage de combattre leurs féroces ennemis et d'effacer leur nom déshonoré du livre funèbre de l'esclavage... Esclaves héréditaires ! ne savez-vous donc pas que ceux qui veulent être libres doivent s'affranchir de leurs propres mains?... Grèce, tuas beau changer de maîtres, ta destinée reste toujours la même ; c'en est fait de tes jours de gloire, mais non de tes jours de honte. La ville enlevée au Giaour par les sectateurs d'Allah, le Giaour peut encore l'arracher à la race d'Othman... Mais jamais la liberté ne visitera ce sol maudit, et à travers des siècles d'un labeur sans repos l'esclave y succédera à l'esclave^. » En 1813 il est encore plus dur pour les Grecs : « Sourds à la voix de l'honneur et à celle du crime, souillés de toutes les infamies qui abaissent l'homme au-dessous de la brute, ils n'ont pas même le mérite d'une vertu farouche ; ils n'ont aucun instinct de liberté ni de courage... Ce serait vainement que la liberté ferait un appel à leur valeur et les inviterait à briser le joug sous lequel ils gémissent : je cesse de les plaindre '-. » En 1821, on pouvait lire, au troisième chant de Don Jiian, l'hymne où son poète grec exprimait à la fois son enthousiasme pour
1. Childe Ilarold, chant ii, st. 73-77. Je cite d'après la traduction Pichot, 1820.