INTRODUCTION XXXIX
n'a pas été poussée à rcxtrême rigueur chez l'auteur cVHéléna par la conscience d'avoir franchi les limites au delà desquelles l'imitation devient, je ne dirai pas un plagiat, mais un pastiche dont un esprit amhitieux d'originalité, et croyant avoir fait preuve de maîtrise, s'efforce d'effacer jusqu'au souvenir.
Les critiques contemporains avaient trouvé dès la première heure au style du poème une parenté évidente, — ressemblance voulue ou air de famille, — avec la manière d'André Chénier. Je m'étonne qu'ils n'aient pas relevé dans la composition de Vigny maintes réminiscences et imitations textuelles de Chateaubriand et de Byron, dont les œuvres étaient alors dans toutes les mémoires. C'est là pourtant qu'il faut voir, sans aucun doute, la cause déterminante du retranchement d'Héléna. Vigny fit de son poème néo-grec, et pour la même raison, ce qu'il avait fait des tragédies classiques qu'il « griffonnait » en 1816: il le mit au rebut. On objectera que bien des fois, et dans ses meilleurs ouvrages, il lui est arrivé de copier trop exactement ses modèles. Sans aller chercher bien loin des exemples qu'on pourrait facilement multiplier, on rappellera qu'un des morceaux de bravoure intercalés dans Eloa, la comparaison du colibri, est un élégant travail de marqueterie exécuté avec les fragments d'une page d'Atala *. Mais ici il ne s'agit pas d'une période ou d'un couplet poétique. L'ouvrage tout entier, dans son développement général et dans les détails de sa forme, porte une marque étrangère. On peut dire qu'il
1. Sainte-Beuve a fait le rapprochement dans son article de 1864. — Voyez encore, sur les procédés d'imitation de Vigny, E. I^upuy, article cité, et mon étude sur Bijron et le romantisme français, cli. ix.