VI INTRODUCTION
Ronsard et Chénier, qu'elle commence à étendre à Victor Hugo et à Lamartine ^. A plus forte raison était-il nécessaire de procéder de la sorte pour un poème dont l'action se déroule dans un pays lointain, où Vigny n'a jamais voyagé qu'en imagination, et qu'il ne connaissait que parles livres. Auprès de qui s'est-il, comme on dit, « documenté » ? Qui lui a suggéré les épisodes de son poème ? A qui a-t-il demandé le fond et parfois les termes de ses descriptions, les images dont il orne son récit, les traits de pittoresque exotique dont il le relève ? Et ce qu'il a emprunté, quel usage en a-t-il fait ? Comment l'a-t-il, avec plus ou moins de bonheur, fondu dans sa poésie ? Les rapprochements qu'on trouvera presque au bas de chaque page permettront d'en juger. Je ne me flatte pas d'avoir épuisé tous ceux qu'il était possible ou seulement légitime de faire. J'espère toutefois avoir apporté une contribution utile au critique qui entreprendra quelque jour, pour l'œuvre entière d'Alfred de Vigny, cette confrontation du texte avec ses sources, assise nécessaire d'un jugement circonstancié sur l'originalité du poète. J'ai moi-même contracté pareille obligation envers M. Ernest Dupuy. Nous avions fait sur Héléna, à l'insu l'un de l'autre, une enquête du même genre. Il a publié avant moi les résultats de la sienne -, et j'en ai profité. Je tiens d'autant plus à le reconnaître que je me trouverai, pour ce qui regarde l'histoire du poème, en désaccord avec lui.
Cette histoire, Vigny l'a racontée dans le Journal diin Poète : « Héléna, dit-il, est un essai fait à dix-neuf ans. Il a un vice fondamental, c'est l'action du poème.