‹ Héléna, poème en trois chants;Chapitre 16 sur 50 · Les Lundis d'un chercheur, p · texte numérisé non relu

Les Lundis d'un chercheur, p

XXXIV INTRODUCTION

celle des Etudes françaises et étrangères d'Emile Deschamps, publiées en 1828, — avaient encouragé le futur auteur des Destinées à prendre conscience de son génie. Or c'est justement entre l'apparition des Etudes de Deschamps et la réimpression des Poèmes que se place la lettre à Paul Foucher où Vigny semble faire assez bon marché d'/Ze/ez/a. Mais il y avait parmi ses œuvres un autre poème d'ordre politique, et inspiré par les circonstances, le Trappiste, que non seulement l'auteur n'a point éliminé, mais dont il a pris soin de souligner, en l'annotant d'un extrait du Moniteur de 1822, le caractère d'actualité. Comment se fait-il que, retranchant l'un, il ait maintenu l'autre ? L'explication n'est pas décisive.

On pourra dire encore que l'exclusion d'Héléna a été motivée par l'infériorité du poème au point de vue littéraire ^. Il est vrai que le style en est par endroits faible.

1. L'infériorité n est certainement pas choquante par rapport aux autres pièces de Vigny qui sont contenues dans le même recueil. Pris en lui-même, le poème d'IIcléna n'est pas sans valeur. Sainte-Beuve en faisait assez peu de cas ; mais d'autres critiques ou lecteurs ont regretté qu'Alfred de Vigny eût sacrifié une œuvre inégale sans doute, mais intéressante. « M. de Vigny avait un tel goût pour la perfection de l'art qu'il s'est jugé très sévèrement, trop peut-être ; il n'a point réimprimé de son vivant un poème fait sur la Grèce, appelé Héléna, quoiqu'il y eût de beaux passages. » (Auguste Barbier, Souvenirs personnels, Paris, 1883, p 365.) — « Ilcléna méritait mieux que cet ostracisme, justifié peut-être aux yeux d'Alfred de Vigny par une certaine obscurité répandue dans le plan et dans les détails... Cette sévérité est regrettable, car il s'y trouve des parties bien traitées et tout à fait réussies. » (Vie de Lovenjoul, les Lundis d'un chercheur, p. 118.) — « En relisant aujourd'hui Héléna, on est disposé à être moins sévère pour elle que ne le fut son auteur. On ne peut s'empêcher de trouver qu'il juge son (euvre trop en Brutus littéraire, et que dans son Journal il a plutôt refait Héléna en parodie et en charge qu'il ne

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pénible, même incorrect. La composition, au dire de Vigny, en était « vicieuse ^ ». Elle est tout au moins obscure, et le récit traîne. Même dans le camp romantique, et parmi les écrivains sympathiques à Vigny, on le lui fit remarquer. « La contexture de ce poème, écrivait Ancelot dans les Annales de la littérature et des arts, offre de graves délauts qui nuisent souvent à l'intérêt, car le cœur ne peut être ému quand la raison est blessée. La marche en est languissante, et, chose plus condamnable, les personnages ne disent i)as toujours ce qu'ils doivent dire dans la position où les a placés l'auteur. Le troisième chant nous a paru le plus délectueux, et nous pensons que dans une seconde édition, qui ne peut manquer d'avoir lieu bientôt, M. de Vigny ferait sagement de resserrer l'action de son poème et de le réduire à deux chants -. » Vigny, qui supporta patiemment, non sans en faire son profit à l'occasion, les critiques autrement mordantes des tenants du classicisme , Thiessé ou

l'a jugée. » (Eugène Asse, Alfred de Vigny et les éditions originales de ses poésies, p. 10.1 — « L ambitieuse composition, manquée dans son ensemble, présente par fragments et à travers tous ses défauts des qualités de grâce ou d'harmonie. )) (E. Dupuy, art. cité, p. 375.) — Rappelons pour finir l'éloge écrit vers 1860 par Gaspard de Pons de ce poème d'fJéléna « qu'en père dénaturé il (Vigny) a fait disparaître plus tard des nouvelles éditions de ses ouvrages, et que moi sans doute je compte bien me permettre de faire réimprimer un jour, soit que je survive ou non à son auteur ; cette opposition des mœurs helléniques et ottomanes produisait sous sa plume des effets délicieux, bien qu'il prétende (à tort selon m oi) que la composition, à laquelle il a toujours attaché le plus grand prix, était vicieuse dans ce poème, auquel, plus indulgent que lui, je ne reprocherais pour ma part que quelques incorrections de style. » {Essais dramatiques, Paris, 1861,t.I,p 118.)

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