‹ Héléna, poème en trois chants;Chapitre 44 sur 50 · LE CHOEUR · texte numérisé non relu

LE CHOEUR

L'aube desang viendra, vous verrezquinoussommes; Vos chants n'oseront plus redemander des hommes.

Vers 391-392. Allusion au chant v de Ylliude : Diomède, dans la bataille, blesse d'un coup de lance Vénus d'abord, puis Mars luimême.

395 Compagnon mutilé de la mort de Riga Et pirate sans fers, fugitif de Parga,

Le marin, rude enfant de l'ile, Jjoin de ses bords chéris flotte sans l'oublier ; Il sait combattre comme Achille, 400 Et son bras est sans bouclier.

Vers 395. Sur Riga, voir plus haut, chant i^r, v. 92 et la note.

Vers 396. Il est question des pirates de Parga dans la strophe 5 de la chanson de guerre albanaise insérée par Byron, à la suite de la stance 72, au ne chant de Childe Harold. Mais l'imagination de Vigny et de ses contemporains avait été surtout frappée par l'héroïque résolution des habitants de la petite ville épirote. Elle avait été occupée en 1815 par les Anglais, puis cédée par eux à Ali-Pacha Les Parganiotes, plutôt que de tomber sous la domination du despote de Tébélen, abandonnèrent leur ville, et émigrèrent dans les îles Ioniennes, après avoir exhumé et bi'ûlé les ossements de leurs ancêtres (10 mai 1819). Les journaux du temps rapportèrent le fait (voir les Débais du 4 juillet 1819) ; de dramatiques récits en furent publiés, en Angleterre, dans VEdinbiirgh Review (October 1819); en France, dans la Bibliothèque historique {Notice sur Ali- Vizir, pacha de Janina, t. IX, 1819, p. 5), dans le Voyage en Grèce de Pouqueville, Paris, 1820-1821 (t. I, pp. 494 et suiv. , t. III, pp. 409 et suiv.) et dans une brochure spéciale : Exposé des faits qui ont précédé et suivi la prise de Parga, ouvrage écrit originairement par un Parganiotc, et traduit en français par un de ses compatriotes, publié par Amaurg Duval, membre deV Institut royal de France, in-8o, Paris, 1820. « La cession de Parga aux Turcs par la puissance qui avait pris sous sa protection la ville et son territoire, dit Amaury Duval dans l'Avertissement, est un de ces événements que l'histoire doit consigner dans ses fastes. Ce sera un éternel monument de honte pour le gouvernement anglais. » (P. 5.) J.-P. Abel Rémusat, rendant compte dans les Annales de la littérature et des arts du Voyage de Pouqueville, signale parmi les chapitres les plus intéressants celui qui termine le le volume et où l'auteur raconte la chute de Parga. « Cette petite catastrophe, qu'on eût à peine remarquée en d'autres temps, a fait une gi'ande sensation dans le nôtre. » (vn^' livraison, 1820, 1. 1, p. 273.) Elle fut chantée la même aunée par Viennet, dans un poème intitulé Parf/a. (Paris, in-8'', 1820 ; 2« éd. en 1821, à la suite des Epitres et Poésies.)

O nous pourrions déjà les entendre crier ! Ces filles, ces enfants, innocentes victimes; Vos ennemis rians les foulent sous leurs pas, Et leur dernier soupir s'étonne de ces crimes 405 Que leur âge ne savait pas.

Vous avez évité ces horribles trépas, Vous, sœurs de mon destin, plus heureuses compagnes Votre pudeur tremblante a fui dans les montagnes; Appelant de leurs mains et plaignant Héléna, 410 Leur troupe poursuivie arrive à Colona ;

Puis sur le cap vengeur, l'une à l'autre enlacée Chanta d'une voix ferme, exempte de sanglots, Et leur hymne de mort, sur le mont commencée. S'éteignit dans les flots.

Vers 406-41 i. Vigny transpose ici un des faits les plus célèbres de la lutte des Souliotes contre Ali-Pacha (1803). Voir Y Introduction, II. Je rappelle ici celui des récits de l'événement qui se rapproche le plus du passage de Vigny et qui l'a vraisemblablement inspiré. « Ali, forcé de lever le blocus de Parga, ordonne à ses troupes de se porter vers Zalongos afin d'égorger les Souliotes qui venaientà peine de s'y établir. Résistance héroïque de Kitzo Bochari et de Kontzonicas. Courage héroïque de soixante femmes, menacées d'être réduites en esclavage par les Turcs. Elles lancent leurs enfants en guise de pierres sur les assaillants, du haut des rochers où elles se trouvaient ; puis, entonnant leur hymne funèbre, et se donnant la main Tune à l'autre, elles se précipitent au fond delabyme, où les cadavres amoncelés de leurs enfants en empêchèrent quelques-unes de trouver la mort, objet de leurs vœux. » (Pouqueville, Voyage dans la Grèce, 1" éd., Paris, 1820- 1821, t. V, p. 185 : Fragments pour servir à l'histoire de Souli.)

Page 1