‹ Hélène de SparteChapitre 18 sur 66 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

MÉNÉLAS

(au milieu de la scène du fond)

J'oublie en cet instant la vie et tous ses maux Et la guerre féroce et les trépas funestes Et l'orage planant sur l'orgueil des vaisseaux Puisque Sparte m'accueille et qu'Hélène me reste ! J'ai confiance en tous et m'abandonne aux Dieux.

(à Pollux)

Pollux, que Zeus choisit pour occuper ma place Le jour que je partis sur les flots hasardeux, Je te sais gré d'avoir avec tes mains tenaces. Pendant vingt ans, maintenu Sparte en mon pouvoir. Grâce à toi, mes troupeaux sont nombreux et prospères ; J'ai vu passer, là-bas, mes boeufs vers l'abreuvoir Et mes chèvres grimper aux berges des rivières ; J'ai regardé aussi mes champs, mes prés, mes bois. Et j'ai surpris partout ta vigilance sûre Et ta main attentive et ton travail adroit. Merci. — Tu sus régner avec force et mesure Dans la paix nécessaire et le calme profond.

(à la foule des citoyens)

Et VOUS les vignerons, les semeurs et les pâtres

Dont les gestes sont clairs et les labeurs féconds

Au long des eaux, au pied des monts, autour des âtres

Vous avez répandu l'abondance, partout.

Et tandis que là-bas, la terre était sanglante

Et que le meurtre noir nous sollicitait tous.

Vous n'occupiez vos mains qu'aux laines et qu'aux plantes^

Qu'aux grappes de vos ceps, qu'aux herbes de vos clos.

Chacun de vous, en ne peinant que pour soi-même

A travaillé pour tous, d'un bras ferme et dispos.

Il a rendu meilleur le sol que chacun aime

Et Sparte plus fertile, et le pays plus doux.

Vous avez lentement apaisé les querelles

Qui vous dressaient, jadis, comme un troupeau de loups.

Je vous crois donc heureux et je vous sais fidèles

Et mon cœur se détend et s'en revient ici.

Sauvé enfin des carnages et des tempêtes

Se reposer sans plus d'émois ni de soucis

Dans ma maison en joie et ma patrie en fête.

(Ménélas prenant la main d'Hélène,

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