ACTE PREMIER
Vous avez déjà dû vous marier, je crois,
Et vous avez rompu ; j'eus vent de cette affaire.
PAUL
Et je le referais si c'était à refaire.
La famille était louche et prêtait au soupçon ;
Le scandale plus tard m'a donné trop raison.
Or, pour durer, l'amour veut qu'on estime môme
Celle qu'on doit aimer jusque dans ceux qu'elle aime.
Si généreux d'ailleurs et si libfe qu'on soil.
On ne peut engager ce qui n'est pas à soi :
Le nom... qui doit passer sans que rien le déflore,
De ceux qui l'ont à ceux qui ne l'ont pas encore.
JEAN
C'est parler comme il faut, Paul, et de ce côté, Nous n'aurons, croyez-moi, nulle diflB culte. Vous connaissez ma femme et presque sa famille. Sa tante, dont elle est et la nièce et la fille, Et, de ses deux cousins, Tun. au moins, c'est René. . Dans cette maison-là, cher comte, on est bien né. Reste Blanche, qu'il est inutile qu'on loue.
Et moi... qui suis vilain, très-vilain, je l'avoue, Mais dont la vie est simple et se résume ainsi : J^ai beaucoup travaillé, j'ai beaucoup réussi. Vivre! élever ma sœur I réussir 1 triple tâche! Et j'étais pauvre! mais le moyen d'ôtre lâche? Puis, rien ne nous grandit autant qu'un grand devoir. Aussi, moi je luttais d'un cœur... il fallait voir ! Ah 1 j'en ai traversé, dans ce temps cellulaire, Des déserts de pain sec et des fleuves d'eau claire Et j'ai fait des métiers!... j'ai môme été soldat!
Mais quand je faiblissais dans ce rude combat, J'allais voir au couvent ma Blanche et, sans rien dire. Comme un vin réchauffant je buvais son sourire Et me sentais repris des rages de Teffort...
Je ne me plains de rien : lutter m'a rendu fort, Souffrir m'a rendu bon, et mon âme, gardienne De cette autre pudeur, a conservé la sienne... Tout cela n'était pas pour prêter au roman, Je n^en eus jamais qu'un. Voilà bientôt un an. On me Gt appeler pour ce mal que j'ignore, Dont Hélène souffrait, dont elle souffre encore, Je la vis, je l'aimai, le mal semblait guéri. Et de son médecin je devins son mari.
Voila ! l'on vit ensemble, on est aimé. Ton aime. C'est niais et charmant comme le bonheur môme, Cher comte, et vous voyez qu'avec sécurité Votre honneur peut s'unir à notre honnêteté.
PAUL
Oh I monsieur, qui jamais l'offenserait d'un doute ?
JEAN
Et maintenant, ^je sais ce que le temps vous coûte. Allez, allez ! Ce soir, je descends à Paris, Voir un gros financier qui, tous les samedis, Fait un dîner si long qu'il crève le dimanche. Restez ici, bien mieux, couchez-y, vous et Blanche Gagnerez à cela deux heures d'entretiens.
PAUL
Comme vous êtes bon, monsieur !
JEAN, souriant.
Je me souviens.