E. DENTU, ÉDITEUR
LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ DES GENS DE LETTRES PALAIS-ROYAL, 17 1.T 19, GALERIE d'ORLÉANS.
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A Monsieur Eugène NUS
Maisons-Laffitte, 12 mai 1874.
Mon cher ami, ,
Si f obéis, en vous dédiant ce livre, au désir d'attester publiquement la grande amitié qui nous lie, je remplis en même temps un devoir. L'idée c/'Hélène et de Mathilcle ne vous appartie^ht-elle pas comme à moi? Quelqu'un nous ayant fait, cet hiver.
le récit d'événements dont il avait été témoin, en véritables auteurs dramatiques que nous sommes, nous nous écriâme aussitôt: « // y a là un sujet de pièce. »
Bientôt nous arrêtions le scénario détaillé d'un petit drame en trois actes. Mais à peine fut-il terminé, que mille timidités, mille craintes, bien légitimes^ lorsqu'on songe auxécueils du théâtre, s'emparèrent de nous. Lidée première de notre pièce ne blesserai t-ellb pas quelques susceptibilités ? Avions-nous des chances de succès?
C'est alors que je vous proposai d'écrire un roman sur la donnée qui nous avait sédmts. Le livre permet certaines analyses, certains développements di faciles sur la scène. Le romancier a ses coudées franches pour adoucir les angles, amener les situations, préciser et poétiser
les caractères. Tel personnage odieux dans une comédie où il doit agir, souvent à riniproviste, semble naturel au lecteur qui a connu ses précédents, la vu grandir, a deviné ses desseins, a partagé ses passions, a vécu de sa vie. En même temps, le roman prépare à écouter plus tard la pièce. Elle n étonne plus^ elle soulève moins d'objections et elle se fait plus facilement accepter du public.
Vous vous êtes trouvé de mon avis. Je
me suis mis au travail, et aujourd'hui je vous envoie ce livre. C'est un enlant qui vous revient; il avait deux pères qui font d'abord élevé; puis l'un d'eux l'a amené courir le n^onde pour le développer et le compléter. Il a bien .grandi, il est bien changé, mais le père resté au foyer sait le reconnaître. Il le regarde et retrouve
ses premiers traits, ses premières lignes, puis il s'écrie: a Comme il a gagné, comme il est embelli ! » Parfois aussi! il lui échappe cette autre exclamation : « Il était bien mieux ayant son départ ! »
Lequel de ces deux cris allez-vous pousser, mon cher ami, en revoyant Hélène et Mathilde? ^e donnerais beaucoup pour entendre le premier, car je fais grand cas de votre jugement, et s il m'est favorable, la grande famille des lecteurs pourrait bien adopter nos enfants.
Votre meiileur ami,
Adolphe Belot.