‹ Hélène Peyron; drame en cinq actes, en versChapitre 11 sur 48 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

HÉLÈNE, seule, dans un charmant négligé.

Elle est occupée à broder près d'une petite table à ouvrage,

à la droite du spectateur.

HÉLÈNE, tout en brodant.

Il va venir ! C'est fête, on le verra ce soir.

(Avec conviction.)

Mon père lui doit tout. Et c'est presque un devoir, Dans cette élection, pour lui seul onéreuse, D'être doublement fière et doublement heureuse ! Faut-il me mettre en vert ? en rose ? en violet? Si je pouvais savoir la couleur qui lui plaît !...

(Jetant son ouvragr^ sur la table.)

Mais, folle, que veux-tu que ta robe lui fasse ?

L'a-t-on vu seulement te regarder en face ?

Jeune, railleur, charmant, et sans doute, ô mon Dieu,

Adoré dans ce monde où j'ai vécu si peu.

Ce serait fou, vraiment, qu'il eût l'âme occupée

D'une petite fille à sa classe échappée !...

Et pourtant s'il voyait jusqu'au fond de mon cœur!

lU HÉLÈNE PEYRON

Oh ! c'est lui, l'idéal, et c'est lui le vainqueur. Le héros qui passait, dans mes rêves étranges, Froid comme les démons et beau comme les anges Un exilé superbe, un de ceux-li, Seigneur, Que l'en ramène au ciel à force de bonheur, Quand on peut, ici-bas, femme trois fois bénie, Faire, sous un baiser, fondre leur ironie !...

(Avec cnlhousiasnip.)

Il est pauvre... 0 douceur !... il tiendra tout de moi ! Ma fortune m'est chère en un pareil emploi.

(Avec douleur.) Mais, que dis-je? ii faudrait, car mu tête s'égare, Etre, comme lui, pauvre, et cet or nous sépare ! Mon père a trop d'orgueil pour s'oublier un jour... Que la richesse est lourde à porter sans amour !

(Elle se remet au travail.)

Si j'osais!... mais, soudain, je tremble, je frissonne...

Ma mère me fait peur, elle pourtant si bonne !

Bien souvent elle est sombre et, je ne sais pourquoi,

Son doux regard se trouble en se tournant vers moi,

Et je n'ai pas connu, dans mes heures amères,

La tendre liberté des filles et des mères!...

(Ole se lève.)

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